LA DAME AUX PORTRAITS
On remarque, cette année, trois portraits de Lady C***, deux aux Champs-Elysées et un au Chaorpde-Mars,les peintres de Lady G*** sont, ce printemps, MM. Bouguereaii, Carolus Duran et Humbert.
Les cheveux visiblement teints, les chairs travaillées par l'émailleuse et badigeonnées à neuf, les lèvres carminées et jusqu'aux mains hideusement amaigries, poncées et veloutées par je ne sais quelle poudre, tout, en dépit de l'habileté et des tricheries mensongères des peintres, proclamait épouvantablement la décrépitude et la ruine ; mais dans cette Jézabel accablée de bijoux et d'années, dans cette espèce de reine de drame ou de féerie aux fastueux ajustements d'idole, un détail, toujours le même, épouvantait et soulignait, comme d'un trait macabre le mystère inquiétant de la
femme : un hausse-col de perles, de perles énormes, d'un invraisemblable Orient, montées sur drap d'argent et qui, gainant de métalliques pâleurs un cou invisible, avait Tair d'être là pour maintenir, sur ce corps de parade, une tête chancelante sous son fard.
A rOpéra, où l'étrange original de ces portraits avait sa loge, au mardi des Français oij la dame était assidue, comme aux premières où la badauderie et la vanité parisienne s'étouffent, celles où il faut être vue, parce que sur la scène Réjane ou Brandès, j'avais toujours retrouvé le mystérieux hausse-col enserrant d'un carcan l'exsangue et contracté visag^e de vieille reine. Que les épaules fussent découvertes ou voilées, le hausse-col de perles était toujours là, séparant d'un trait lumineux le corps, attifé de soies et de broderies, de la pauvre tête vernissée et raidie, vraie tête de morte galvanisée et comme ressuscitée de force avec ses prunelles figées et son sourire hagard.
Autour de la dame, chuchotées sous l'éventail ou contre la soie du chapeau-claque, des calomnies, des niaiseries et des invraisem-