VIII PREFACE
splendide goule nommée la Pompe funèbre^ quel merveilleux Rops pour lui à reprendre, à triturer, à « pousser » en épouvante et en cruauté. Sur les pages du livre, soyons certains qu'il écrira des « marginalia » funèbres, et, comme il dit quelque part, ce sera alors cet étonnant exemplaire : peste dessus^ peste dessous^ peste partout.
Ensor, Lorrain, ces deux amoureux des masques ! Vous allez lire les contes du second ; vous souvenez-vous des planches en couleurs qu'exposa le premier, il y a des mois, à la galerie de la Plume ?
Ahl l'amer contempteur de l'effigie humaine ! ce qu'il la ravale, celui-là, l'orgueilleuse face 1 C'est partout de l'horreur, de l'atmosphère de peste, des somptuosités de descentes de Gourtille, de magnifiques et éloquentes processions de chienlits.
Son Entrée du Christ à Bruxelles^ en i889, le mardi gras^ et son Hop-Frog^ surtout.
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U Entrée du Christ ! Ah ! que ceux qui n'ont pas vu cette merveilleuse eau-forte, rehaussée d'aquarelle, imaginent une grande descente de masques du fond d'un faubourg, qu'éclaire un ciel jaune ; qu'ils imaginent la plus folle et la plus hilarante variété qui soit de hideuses têtes, juchées sur des défroques lamentables d'arsouilles ; qu'ils imaginent une débandade de bonnes, de juges, de cochers, de portefaix et le Christ sur un âne, derrière les rigides rangs de miliciens grotesques et empanachés de bonnets à poils ; qu'ils se disent que tous ces masques n'ont eu garde d'oublier leurs bannières aux inscriptions comiques; qu'ils conçoivent, s'ils le peuvent, ce qu'une réelle verve peut donner en étonnement et en admiration ; qu'ils croient à une gravure échafaudée de façon un peu naïve et lavée de tons transparents très clairs, comme il s'en fît quelques-unes autrefois dans la maison Pellerin, à Epinal ; — et ils auront, en marche, une
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foule qu'allogrent de fracassantes musiques, une foule qui se gonfle et qui rougeoie, qui beugle et qui exulte, dans la joie du postulat enfin réalisé des dimanches de liesse et des jours fous I
Mais la planche intitulée Hop-Frog n'est pas moins admirable. La foule est, cette fois, au repos. C'est une superbe symphonie en jaune, en rouge et en bleu, qui se déploie sous une nef qui monte jusqu'aux astres. Il est vain par exemple de rêver plus splendide et plus folle représentation du drame de Poë. La foule bariolée regarde, les yeux béats, brûleries orangs. L'un d'eux est déjà tombé à terre, et ses pieds se recro- «juevillent et amusent le rang de face des spectateurs costumés en Turcs, en magistrats, en princes de l'Orient ; tandis que le leste et subtil Hop-Frog, grimpé sur le lustre humain qui arde, songe à Tripetta vengée et s'éjouit. Du parquet au faîte chargé de foule de la haute nef, les masques consi-
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dèrent frénétiquement le spectacle. Il est, en vérité, jovial et funèbre, tragique et comique, d'une variété amusante de pifs et de trognes, de gras et de maigres, de géants et de courtes bottes ! Mais ce qu'il faut voir et retenir, c'est l'intense vie dispensée à tous ces personnages, c'est la bouffonnerie aiguë qui tord toutes les bouches épanouies en croissants de lune ! Et combien Ensor est à l'aise dans le gro^ipement, dans les hiérarchies ! Il connaît, ce clairvoyant, toutes les ressources des masques, ce qu'ils ajoutent de hideux ou de grotesque à la face humaine, et il figure, sans chopper, les majestés de lions tombés dans la débine et le simple groin.
Et c'était comme cela, en cette galerie intime de l'autre côté de l'eau, toute une série prestigieuse de planches, telles que les Masques scandalisés^ \q^ Masques intrigués, le Christ aux Enfers^ les bons Juges ^ la Multiplication des poissons et encore une terrible