III. VENTE DES BIENS DU MONASTÈRE
Cependant, la fureur révolutionnaire allait grandissant et l’exaspération des conventionnels était d'autant plus redoutable qu'elle se retranchait derrière la détresse financière où s'agitait la nation. Il fallait à tout prix battre monnaie, comme on disait alors. La Savoie allait servir à souhait les mon-
1 Arch. de Mélan.
nayeurs. Le farouche Albitte venait de succéder à l’apostat Simond.
Un des premiers actes du nouveau représentant fut le fameux arrêté du 7 pluviose an II, (26 janvier 1794). On y lisait entre autres dispositions : Tous les costumes, linges, vases, ustensiles et métaux œuvrés ou monnayés de prix que les bâtiments religieux renferment seront, dans le délai de quinze jours, par les soins de chaque municipalité, transportés au dépôt qui sera indiqué par l'administration de chaque district. Toutes les cloches encore existantes dans les départements de l'Ain et du Mont-Blanc, sauf les timbres des horloges publiques qui seront jugés indispensablement nécessaires par les directoires des districts respectifs des lieux, seront incontinent descendues, brisées et envoyées par chaque municipalité au chef-lieu du district. Les clochers seront démolis !.
Le 20 février suivant (2 ventose an IT.) l'Administration de district de Cluses enjoignait à toutes les municipalités de son ressort « de satisfaire de suite et sans relâche à l’arrèté du représentant du peuple relativement à la démolition des clochers, sous peine d’être déclarées suspectes, faute par elles de faire conster dans les trois jours qu’elles ont pris tous les moyens convenables pour parvenir à la démolition de ces clochers *. »
Taninge n'avait pas attendu l’arrèté d’Albitte pour procéder à la vente des linges, vases et métaux de Mélan. Déjà, le 6 mai 1793, un décret du 24 avril précédent, concernant la dite vente lui avait été notifié, et il s'était aussitôt mis à l’œuvre. Sous la présidence du citoyen Andrier, à ce délégué par l'Administration du district, il avait mis en vente, les meubles et les effets les plus précieux du couvent. Le 16 décembre 1793, Andrier s'était retiré en verbalisant sur le registre d'expédition que « vû la modicité des meubles et effets qui se trouvaient encore à cette date à Mélan, la municipalité devait en continuer la vente sans son assistance ». Ce qui fut
1 Imprimé. Archives Mélan.
2 Copie archives Mélan.
fait. On ne conserva que les meubles en fer et en cuivre de quelque valeur, qu'il était défendu de vendre !.
Pendant qu'on livrait aux enchères, les biens meubles de notre chartreuse, plusieurs personnes réclamèrent des objets qu'elles avaient prêtés aux religieuses. Le citoyen Claude Hugard de Cluses, par exemple, exigea la restitution d’une Histoire Ecclésiastique en 30 volumes qui lui appartenait. On fit droit à toutes ces demandes.
Quant à la clause relative à l’abattis des clochers, elle fut aussitôt exécutée à Mélan. Notre église possédait deux clochers, l’un dit Tour de l’Horloge, sur la porte de la sacristie actuelle, l’autre, le clocher proprement dit, sur l'angle sud de la façade. Leur flèche fut abattue. Les constructions inférieures de la Tour de l’horloge subsistent encore. Celles du clocher furent détruites vers 1804 sous M. Ducrey qui céda à M. Passerat les pièces du beffroi à condition que cet ouvrier réparerait la partie du toit de la chapelle qui se trouvait ainsi à découvert. Le monastère possédait deux cloches. Elles furent transportées à Taninge. Nous ignorons ce qu'est devenue la plus petite. La grande, celle que Thérèse de Menthon avait fait refondre et dont elle était marraine, se trouve actuellement au clocher de la Muraz (diocèse d'Annecy). Quant à l'horloge, elle fut mise aux enchères comme nous le dirons bientôt.
La vente des biens quoique faite sur « l'estimation des personnes les plus connaisseuses * » fut à Mélan, comme ailleurs une véritable dilapidation.
Les assignats, du reste, avaient déjà perdu de leur valeur. La détresse financière était extrême. On en était venu à appliquer la loi du maximum, c’est-à-dire du prix au-dessus duquel il n'était plus permis de vendre les marchandises et les denrées. Les marchés étaient déserts. Le citoyen Charvet
1 (Arch. Tan., 29 prair. an IL.) Il est à observer que les registres des délibérations de la municipalité de Taninge pour les temps compris entre 1792 et 1800, manquent en grande partie; on ne trouve que les délibérations de deux ans de la période révolutionnaire.
2 Arch Tan., 26 floréal an II.
3 Ibid., 29 prairial an II.
4 Abbé Lavorel, op. rit., II, 40.
chargé de veiller à l’exécution de la loi du maximum, dans le canton de Cluses, avait envoyé à Taninge des commissaires pour prier cette commune de venir en aide à leurs concitoyens du canton de Cluses, par les fournitures de denrées!. Bonneville de son côté, réclamait sa part d'approvisionnement.
Notre monastère avait été durant son existence le grenier des pauvres. Après sa fermeture, le malheur des temps lui conserva son rôle de charité pendant six mois encore, sous l'administration du Conseil général de Taninge. Mais les religieux n'étaient plus là pour alimenter le trésor. Il s’épuisa bientôt. Au mois de mai, il ne se trouvait plus à Mélan que 84 quintaux de froment. L’Administration de Cluses ordonna de les faire transporter à Bonneville. Le 15 du mème mois, Taninge prit l’arrèté suivant”: « Le Conseil général en permanence, considérant que la pénurie des marchés de son chef-lieu de canton continue à se manifester toujours plus fort, en ce qu'il ne s’y transporte aucune espèce de bled, et que, cependant, quantité de particuliers et notamment des cabaretiers et boulangers en manquent absolument pour ne savoir où s’en procurer pour le besoin des particuliers et des étrangers qui se rendent à Taninge pour leur commerce, observent qu'il ne reste plus dans le ci-devant couvent qu’environ 34 quintaux de froment que l'Administration lui enjoint de faire traduire à Bonneville,
« Arrête que eu égard à l’urgence et aux pressants besoins de cette commune, il sera faite une invitation à l’administration du District de Cluses pour qu’elle daigne accorder audt Conseil général de Taninge la liberté de prendre environ 25 quintaux de froment de celui qui existe encore au cidevant couvent de Mélan, pour les distribuer aux plus nécessiteux de cette commune au prix du maximum *. »
Cet arrêté ne fut pas pris en considération. Taninge dut mème en venir à d’odieuses visites domiciliaires dont son Conseil rend compte quelques jours après, en ces termes :
1 Abbé Lavorel, op, cit., II, 40. 2 Arch. Tan., 26 floréal an II.
3 Ibid., 26 floréal an II.
« Le Conseil général en permanence observe que ensuite de visite domiciliaire, il a été trouvé chez les particuliers : 180 quintaux de foin ; — 315 coupes de menu blé, moitié orge, moitié avoine ; — 14 coupes d'orge ; — 84 coupes de seigle, soit messel ; — 162 coupes de froment, dont la majeure partie est entre les mains des aubergistes et boulangers qui se le sont procuré.
« Il observe que plusieurs particuliers n'ont pu semer faute de semences, que d’autres auraient semé davantage s'ils avaient su où pouvoir s’en procurer, ajoutant que tous les bleds que récoltait la ci-devant Chartreuse de Mélan se consumaient dans la commune tant par les domestiques et ouvriers qu'il y avait, qui étaient presque tous de ladtt commune, que pour ensemencer les biens qu'elle faisait cultiver elle-mème, ce qui n’est pas arrivé cette année pour avoir le dit blé été envoyé! »
La tristesse perce à travers ces dernières lignes qui offrent d’ailleurs un précieux témoignage à la charité de la ci-devant Chartreuse de Mélan.
Mais l'été s’avançait et les vastes jardins du monastère étaient à la merci du public. La municipalité se hâta de mettre fin à cette situation. Le 19 juin 1794, on mit aux enchères « l’acensement des jardins intérieurs et vergers à charge par les acensataires d'empêcher la dégradation desdits jardins de la part des personnes étrangères et de garder les caves. Les enchères furent obtenues par Pierre Gaillard, ci-devant domestique dudit Mélan pour la somme de 100 livres *.»
Le 2 juillet, l'administration du District prenait l’arrèté suivant :
Cluses, 14 messidor an IT de la République une el indtvistble.
« La municipalité de Mont-Mole, ci-devant Bonneville, estimant qu'une horloge est nécessaire dans une commune telle que la sienne, que celle qu’elle a est hors d’usage de-
1 Arch. de Taninge, 11 prairial an II.
2 Arch. Tan., 1 messidor an Il.
puis plus d’un an, provoque la vente de celle nationale existant à la ci-devant Chartreuse de Mélan, dont elle est dans le cas de faire l'acquisition. La matière mise en délibération, l'administration considérant que l'horloge de Mélan dont s’agit étant un effet national que la municipalité de Taninge avait déjà dû exposer en vente, arrête, oui l’agent national et le rapport du second bureau que la dîte horloge sera exposée en vente et vendue par enchères publiques en conformité de la loi le 21 de ce mois, à 10 heures du matin, à la diligence de la municipalité de la commune de Taninge et dans le lieu où elle tient ses séances, que le prix en provenant sera versé dans la caisse du receveur de ce District de cet arrondissement et que le présent décret sera transmis circulairement à toutes les municipalités de ce District auquel il est facultatif d’en faire l'acquisition dans le cas où elle serait autorisée de garder une cloche pour timbre, en conformité de l’arrèté du représentant du peuple Albitte, concernant l’abatis des clochers.
Salut et fraternité, Les administrateurs du District de Cluses, »
Signé : GAvaARD, agent national, Muffat St-Amour Se !.
Mais l'horloge de Mélan devait rester à Taninge. En effet, conformément à cet arrêté, le 9 juillet 1794 (21 messidor) « les miseurs se réunissent à Taninge au son de la caisse » l'horloge de Mélan est exposée, mise aux enchères par les citoyens Jean-Pierre Laurat, Joseph Turban et Jean-Marie Gay, maîtres horlogers, et vendue à François-Joseph Jacquier, délégué à cet effet par la présente commune, pour la somme de 1280 livres”. Cette horloge fut placée sur la maison de commune. (Cette maison de commune s'élevait au centre de la ville près de l’ancien pont.) On fixa auprès d’elle un autre objet provenant d'un monastère, le fameux Jacquemard que Taninge avait acheté à Sixt pour deux quarts d’avoine?.
1 Copie aux archives de Mélan.
2 Arch. Tan., 21 messidor an II.
$ Note Constantin.
Ce que la morale appelle vol officiel, ce qu'on nomme aujourd’hui désaffectation, on l’appelait en 1793 réintégration des biens nationaux, mais de quel nom qu'on affuble la violation de la propriété, l’exemple qui en est donné d’en haut ne laisse pas d'exercer son influence sur les masses populaires. Par toute la France, les municipalités responsables eurent, à cette époque, à sévir contre de malheureux citoyens qui ne voyaient pas de mal à s'enrichir de biens déjà usurpés. En ce qui nous concerne, ce n'est pas seulement à Châtillon que l'agent municipal doit sévir contre les vols pratiqués au grand jour dans le bois de la Vuarda appartenant au ci-devant monastère de Mélan!. Il n'en va pas autrement à Taninge. Le 14 août, le Conseil de cette ville constatait que « malgré la garde qu'on y tient, il lui est impossible d'empêcher la dévastation de ce qui existe à Mélan, où l’on peut entrer de plusieurs côtés sans être aperçu et y arracher plusieurs machines en fer qui y existent encore ; le dit Conseil observe qu'il serait très à propos que l’administration y envoyât un commissaire pour enlever le reste des vins et fromages, vendre le peu qui y existe encore, et y faire arracher tout ce qui est susceptible de l'être, tant en barraux, éparres qu'autres ferrures*. »
Une première suite fut donnée à cette délibération le 6 octobre. Il y avait alors environ 48 chevalées de vin dans les caves de Mélan. On arrêta que 16 chevalées seraient données à la municipalité de Samoëns, eu égard à la troupe qui s’y trouvait, 4 chevalées au citoyen d'Hermineur de Clèves, 4 chevalées au général D'Ours, 1 chevalée aux grangers dudit Mélan, et le restant aux particuliers de la dite Commune.
Signé : BEL, agent national *.
Mais il restait encore d’autres objets, des ferrures surtout, qui excitaient les convoitises. Le 16 décembre, comme six fenêtres avaient été « débaronnées » on décida qu’une pa-
1 Extrait du Registre des délibérations de la commune de Châtillon, du 2 thermidor an III de la R. F. N°29 de l'Invent. de 1861, p. 12.
2 Archiv. de Tan., 27 therm. an II.
3 Arch. de Tan., 15 vendémiaire an III.
trouille de dix volontaires garderait Mélan pour empècher les dégats et « commencerait la d'e patrouille sur onze heures et minuit!. » Malgré cette mesure, les déprédations continuaient. Le 18 janvier 1795, « le sieur Pierre Gaillard, résidant à Mélan, se plaint que dans la nuit dernière on avait enlevé quatre barraux aux fenètres de l’une des caves et l’un des grands crochets qui ferment la grande porte de la cour qui tend aux caves. — Invitation est faite au citoyen François Messy, Juge de Paix, pour en aller dresser procès-verbal et agir ainsi que de justice *. »
Pour plus de sécurité à l'avenir, le Conseil se décide le 15 février, à placer chez le gros Pierre, à Mélan, une garde de douze hommes. Hélas! les gardiens ne méritaient guère ce nom! De nouveaux dégats avaient bientôt lieu et le citoyen Moënne en dressait procès-verbal le 22 février. Tout était inutile. Un mois après, le 22 mars, Claudine Baron, veuve de François Baudet, de résidence à Mélan, accourt au Conseil et déclare « qu'aujourd'hui mème elle a vu cinq volontaires, qu'elle croit être du nombre de ceux qui sont en détachement à Mélan, arracher des barres de fer attenantes aux cheminées. » De tels faits indiquent jusqu à quel point était descendue la moralité publique.
Cependant la liquidation des biens meubles s’opérait peu à peu. Une partie de la bibliothèque et des Archives existaient encore. Dans une délibération du & février 1795, le Conseil déclare que, « ensuite de lettres qu'il a reçues du citoyen Décret de Bonneville, commis pour recueillir la Bibliothèque nationale, portant invitation à cette municipalité de lui faire parvenir incessament le restant des livres qui peuvent encore exister à Mélan et généralement tous ceux provenant tant des émigrés que des mis à mort de notre commune, ledit Conseil les aurait exacteinent tous réunis et renfermés dans deux grandes caisses et un sac, le tout bien conditionné pour les lui faire parvenir, ayant commis à cet effet le citoyen Jean-Dominique Duclod, un de ses membres,
1 Arch. de Tan., 26 frim. an III.
2 Arch. de Tan., 29 nivôse an III.
qui va en commission audit Bonneville pour d’autres objets
et est en même temps chargé d'en tirer reçu !. »
Six jours après, « le citoyen Moine, l’un des administrateurs, se présente, comme commis par l’Administration le 8 courant, pour faire mettre en sûreté tous les objets qui peuvent encore exister à Mélan et qui courroient risque d'être enlevés par des dilapidateurs. Sur quoi il aurait requis cette municipalité qu’elle eût à lui remettre toutes les clefs, notamment celle des Archives, et qu’elle eût à nommer un de ses membres pour l'assister. La de Municipalité nomme à cet effet Claude-François Jacquier*. »
Le 22 février, la municipalité affirme « qu’elle n’a jamais été nantie des clefs des Archives. Celles-ci étant toujours restées aux mains des Régisseurs de ladt* maison de Mélan*.»
Qu'étaient devenues les archives ? Cluses, Bonneville, Chambéry, Lyon, Paris nous ont répondu qu'ils n’en avaient nulle connaissance. Espérons qu’un jour une main plus heureuse les découvrira.
Avant d’en venir à la vente des propriétés immeubles de Mélan, nous devons rapporter un fait qui intéresse tout le Faucigny.
M. l'abbé Lavorel a raconté en détail“ la lutte acharnée qui de 1793 à 1795 opposa Cluses à Bonneville au sujet du chef-lieu du district. Cette lutte avait mis en émoi toute la Province. |
Le Bas-Faucigny optait pour Bonneville, six municipalités du Haut-Faucigny pour Sallanches, les autres communes pour Cluses.
Cette dernière ville l'emporta. La lutte semblait apaisée lorsqu’en 1795, elle se réveilla plus ardente que jamais. Voici un détail ignoré jusqu'à ce jour et qui démontre jusqu’à quel point les esprits étaient partagés. Taninge qui avait d’abord opté pour Cluses, déclara, le 29 janvier 1795, que « ensuite des représentations de plusieurs particuliers, la municipalité
1 Arch. de Tan., 20 pluv. an III.
2 Arch. de Tan., 26 pluv. an II.
3 Arch. de Tan., 4 ventôse an III.
4 Cluses et Faucigny, t. IL, p. 142.
revenait sur son vœu quant au lieu du chef-lieu du District et proposait Mélan pour devenir ce chef-lieu !. »
Cette proposition était plausible. Les vastes bâtiments du monastère, regardés comme propriété nationale, pouvaient loger à l'aise le tribunal du District et le directoire ; Mélan, pour un grand nombre de communes, était aussi central que Cluses, et l’animosité soulevée entre Cluses et Bonneville se calmait devant le choix d’un lieu indépendant. Mais les offres du Conseil de Taninge ne furent pas acceptées. On sait que le 22 septembre 1795, Bonneville fut définitivement substitué à Cluses comme chef-lieu du District.
Nous arrivons à la vente des propriétés de Mélan, déclarées domaines nationaux. Au moment où éclata la Révolution, notre couvent possédait environ 1700 journaux de terrains comprenant le monastère, une dizaine de maisons de fermes, et leurs dépendances. Nous avons pu retrouver les actes de vente d’environ 1100 journaux. Les voici par ordre de date avec le nom des acquéreurs, le prix d’achat et la nature des biens vendus.
Dates. Lieux, nature, acquéreurs. Étendue. Prix en assign. Prix réels d’après le Î Card. Billiet 2.
Livres. Livres.
21 prairial an II. Châtillon (Les Fontaines). 20j.181t. » 10.000 3.800 »
(10 mai 1794.) Biens consistant en vignes, maison, granges, etc. avec les pressoirs, cuves et futailles en e dépendant. Le tout dans une belle position (adjugé au citoyen Joseph Deplace de la commune de Vallon).
21 prairial an II. Thiez (Vigny). Biens consis- 16j. » » 6.000 2.280 » (0 mai1794.) tant en maison, vignes, champs, etc. (adj. au cit. Joseph Deplace de la commune de Vallon).
13 messidor anll. Taninge (Loex). Une monta- 93j. 13t. » 13.100 4.912 50 (1“ juillet 1794.) gne, etc... (adj. au cit. Josephfe 5; n°2057. Francois Renaud aubergiste demeurant à Bonneville).
4 Arch. de Tan., 10 pluv. an III.
2 Mémoires pour servir à l'histoire, etc.
8 Imprimé aux Arch. de Mélan.
& Les 31 ventes qui suivent sont extraites du Sommaire des Ventes des domaines nationaux du district de Cluses, qui se trouve au bureau d'enregistrement de cette ville, Tous les actes contiennent la mention : provenant de Ia ci-devant chartreuse de Mélan.
Dates. Licux, nature, acquéreurs.
24 messidor anll. Thiez, maison, vignes, etc. (12 juillet 1794.) (adj. au cit. François-Joachim f° 6; n° 2067. Jjacquier demeurant à Taninge).
24 messidor ani. Châtillon. Maison, jardins, (12 juillet 1794.) vergers, vignes, bois, etc. (adj. f° 6; n° 2066. au cit. François Rannard, de-
meurant à Arâches).
23thermidoranil. Taninge (Buchilles). Maison, (10 août 1794.) etc... (adj. à Pierre Millieret, f°10; n°2080. notaine à Samoëns).
23thermidoraniIl. Taninge. Une pièce de terre
(10 août 1794.) en pré, etc... (adj. au cit. Jo-
f°10; n°2079. seph-Victor Moënne, Juge de paix, demeurant à Cluses).
23thermidoranll. Taninge. Une piéce de terre (10 août 1794.) en champs. etc... avec une granf°10; n°2081. ge sise dessus (adj. au cit. Joseph Bozonnet, cultivateur, de-
meurant à Taninge).
7 fructidor an II. Taninge. Une pièce de terre (24 août 1794.) en champs, etc... (adj. au cit. f-16; n°2087. François-Joachim Jacquier, no-
taire à Taninge).
Étendue. Prix en assign. Prix réels.
Livres. Livres.
» 17èt.6Gp. 600 207 »
19 fructidor an II. Châtillon (Brédillon ). Une 19j.154t. 6p. 17.400 5.568 »
(5 septemb. 1794.) ferme consistant en maison,
f- 170; n°2109. champs, bois, etc... (adj. au cit. Nicolas Lavanchy, cultivateur, demeurant à Châtillon).
97 vendém.anlII. Châtillon (Claiset). Une ferme
(18 octobre 1794.) consistant en maison, champs,
f-55; n°2210. etc. (adj. au cit. Louis Bréchet, horloger, demeurant à Cluses).
%frimaire an III. Thiez. Une pièce de terre, (16 décemb.1794.) etc... (adj. au cit. Humbert Raf° 64; n° 3746. phet, cultivateur à Thiez).
Dates. Lieux, nalure, acquéreurs.
%frimaire an Ill. Thiez. Grange, pré, verger, (16 décemb. 1794.) etc... (adj. au cit. Humbert Raf- 65; n° 3747. phet, cultivateur à Thiez).
26 frimaire anIIl. Thiez. Pré, verger, masure, (16 décemb.1794.) etc. (adj. au cit. Humbert Raf° 65; n° 3745. phet, cultivateur à Thiez).
%6frimaire anIII. Cluses. Vignes, etc. (adj.
(16 décemb.1794.) au cit. Claude-Joseph Hugard,
f° 66; n° 2263. homme de loi, demeurant à Cluses).
26 frimaire anIIl. Thiez. Des pièces de terre. (16 décemb.1794.) (adj. au cit. Michel Andrier, f- 75; n° 2278. rentier, demeurant à Samoëns).
26 frimaire an HI. Thiez. Une pièce de terre,
(16 décemb. 17934.) masure, etc... (adj. au cit. Jo-
f-91; n°2172. seph Simond, aubergiste à Cluses).
26 frimaire an III. Thiez. Une pièce de terre, (16 décemb. 1794.) etc... (adj. au cit. Joseph Sif°91; n°2273. mond, aubergiste à Cluses).
26 frimaire an IT. ‘Thiez. Une portion d’une
(16 décemb.1794.) pièce de terre en pré. (adj.
f°148; n°2277. au cit. Philibert Chabord, boulanger à Cluses).
5 nivôse an III Thiez. Une grange, un pré, (25 décemb.1794.) verger, etc... (adj. au cit. Burf° 168; n° 2313. nod Puthon, cultivateur à Saint- Sigismond).
11 nivôse an IT. Marignier. Une grange, etc.
(31 décemb.1794.) (adj. au cit. Joseph Périllat,
f- 77; n°2330. maréchal-ferrant, demeurant à Marignier).
Étendue. Prix en assign.
Livres.
Prix réels.
Livres.
Dates. Lieux, nature, acquéreurs.
22 nivôse an III. Marignier. Pièce en pré,etc… (11 janvier 1795.) (adj. au cit. Jacques Rubin, fs 70; n° 2382. cultivateur à Marignier).
2 pluviôse an III. Taninge. Une pièce de terre
(21 janvier 1795.) en bois, broussailles, etc... (adj.
f° 97; n°2418. au cit.Jean-Baptiste Amoudruz, tanneur à Taninge).
2 pluviôse an III. Taninge. Une pièce de terre
(21 janvier 1795.) en pré, etc... (adj. au cit. Fran-
f° 104; n°2419. çois-Joachim Jacquier, notaire à Taninge).
7 floréal an III Thiez. Une petite ferme con- (26 avril 1795.) sistant en grange, prés, etc. f° 164; n°2619. (adj. au cit. Joseph Brochier,
négociant, demeurant à Lyon).
27 vendém.an IV. Taninge. Une pièce de terre (19 décemb. 1795.) en bois, etc... (adj. au cit. Jof° 223; n° 2909. seph-Louis Pelafol, garde-magasin à Sallanches).
27 vendém.anIV. Taninge. Une pièce de terre
(9 octobre 1795.) en pré... (adj. au cit. Josephf° 223; n°2906. Marie Delagrange, rentier à Bonneville).
27 vendém.anIV. Taninge (Bonnaval). Monta- 103). 135t. 5p.
(19 octobre 1795.) gne consistant en trois gran-
f° 223; n°2908. ges, prés, champs, etc... (adj. au cit. Joseph-Marie Delagrange, rentier à Bonneville).
27 vendém.anTV. Taninge (Bettay-Pradelys).
(19 octobre 1795.) La moitié d'un grand pré avec
f°227; n° 2905. grange,etc...(adj.au cit. Pierre- Marie Chométy, cultivateur à Taninge).
Étendue.
Prix en assign. Prix réels.
Livres.
Livres
Prix en assign. Prix réels.
Dates. Lieux, nature, acquéreurs, Étendue.
30 Livres.
27 vendém.anIV. Taninge (Bettay-Pradelys). 10j.100t. » 50.500 (19 octobre 1795.) Le tiers d’une pièce en champs, f-225; n°2911. etc... (adj. au cit. Pierre-Marie Chométy, cultivateur à Taninge).
27 vendém.anIV. Taninge. Moitié d’une pièce 10)j.141t.5p. 31.600 (19 octobre 1795.) de terre en pré, etc. (adj. au fe 226; n° 2903. cit. Claude-François Gex, maréchal des logis de lagendarmerie stationnée à Boëge).
27 vendém.anIV. Taninge.Une montagne(Bou- 36j. 6t.7p. 101.000 {19 octobre 1795.) tigny-dessus) consistant en f° 227; n° 2907. grange, pré, bois, etc... (adj. au cit. Michel Poncet, cultivateur à Saint-Sigismond).
27 vendém.anIV. Taninge. Le tiers d’une pièce 10j.,100t. » 56.000 (19 octobre 1795.) de terre. (adj. au cit. Jeanf- 228; n°2912. Pierre Véradier-Dulacq, négociant à Chênes.
7 thermid. an IV. Taninge(Roy). Une montagne 300j. environ 10.560 (25 juillet 1796.) consistant en bâtiments, soit chalet, petite maisonnette à côté pour le lait, pâturages, broussailles, sous les n° 3023 à 3083 de la Mappe... (adj. au cit. Paul-Marie Désarnod, notaire à Samoëns)!.
Total. . . . . . 893j.47t. 9p. 1.088.020
Livres
Avant d'en venir à la vente du monastère et de son pourpris, nous ferons sur les ventes précédentes quelques obser-
vations.
D'abord, tous les acquéreurs que nous venons de nommer ne furent pas, par leur acquisition, coupables d’avoir coopéré au vol révolutionnaire. M. Nicolas Lavanchy, par exemple, avait, au préalable, prévenu les Chartreux, et ceux-ci avaient
1 Cette dernière vente est extraite du Æegistre des Ventes en exteution de la loi du 28 ventôse an IV,
n° 404. Arch. départ. de la Savoie.
consenti à l’achat de Brédillon à la condition qu'ils rentreraient, au même prix, en possession de leur ancienne ferme, si les temps devenaient meilleurs.
D'autre part, la somme qui revint à l’État de la vente de ces maisons, fermes, granges et terrains dont la superficie s'élevait à plus de 890 journaux fut plus que dérisoire. La vente de ces biens avait été portée à 1.088.020 livres, en assignats, ce qui, d’après la valeur des assignats aux diverses époques de vente faisait un total de 98.6941. 30. Ce dernier chiffre est déjà ridicule ; nous ne craignons pas de dire qu’il est encore exagéré. En effet, comme on peut le voir au Registre dont nous avons extrait la plupart de ces ventes, les acquéreurs ne se pressèrent pas de payer, et l’État fut obligé de faire d'importantes réductions sur le premier prix. Ces réductions se montèrent à plus de 20.000 livres. La somme de 78.000 livres qui nous resterait n’est pas encore assez réduite. M. Millieret acquéreur des Buchilles aurait, d’après l'évaluation du tableau Billet, payé son acquisition 8.6251. or à plusieurs reprises, les MM. Page, ses fermiers ont raconté à M. l’abbé Constantin, qui l’a consigné par écrit, que M. Millieret avait payé sa propriété la valeur d’un veau.
D'autre part, si minime qu’ait été cette vente, l’État n’en perçut pas, loin de là, tout le montant. Une hideuse spéculation régnait dans les sphères administratives de cette époque.
Le 19 juin 1799, le citoyen Brochier, acquéreur du n° 25 ci-dessus, fut dénoncé par l'agent national de Thyez, comme ayant manqué gravement à l'Administration, en ne voulant pas payer les contributions des biens acquis. Il répondit « qu’il ne devait rien et ne voulait rien payer, et que, dans la commune de Thyez, il y avait eu dans le rolle de la foncière de l’an VI, un bon de 5001. dont les administrateurs tiraient leur bénéfice, et que lui, Brochier, en avait reçu deux écus neufs, et qu'il en serait de même de l’autre contribution.»
L'insulte était grave, on se fâcha. « Considérant qu’une telle dénonciation ne peut rester sous silence, l’Administration arrète que le dit Brochier sera mandé à sa barre pour se justifier de ses paroles. » Au jour indiqué Brochier se pré-
sente et « nie s'être porté à des invectives contre les administrateurs, mais déclare cependant avoir dit qu'il y en avait qui avaient prévariqué. » La justification était aussi blessante que l'accusation. Le Conseil arrête que Brochier reviendra à la séance du 9 thermidor, pour épurer son langage. Point de Brochier à la séance du 9. Il reparaît deux mois plus tard et maintient ses réclamations au sujet des contributions. Quant aux propos injurieux, il n’en est plus question. Enfin, le 26 frimaire (17 décembre 1799) par de nouvelles instances, Brochier obtient de payer 401. au lieu de 2081. qu'on lui réclame!. Ainsi, d’une part, on pouvait impunément soustraire des sommes au fisc et se les partager, et d’autre part, on était obligé de réduire au minimum les taux d’abord convenus. Le fait Brochier ne fut pas isolé; si nous le citons, c’est qu'il explique à la fois les deux principales causes des pertes qu’eut à subir l’État dans la perception des revenus dits nationaux.
Nous avons déjà vu Taninge regretter les aumônes ou les bienfaits des dames chartreuses.
Voici Châtillon à son tour qui se plaint de leur exil et s’en explique à l’Administration.
« Séance du 10 pluviose an IV républicain. (30 janvier 1796.)
Nous Joseph Gathier, ageant municipal, et Étienne Poncet adjoint de la commune de Châtillon, duement assemblée, déclarons :
1° Il existé (sic) avant la révolution, dans notre commune une quantité de biens appartenant à la ci-devant Chartreuse de Mélan dont notre commune percevait beaucoup de secours et ces secours consistait en trois quart de livres de pain, environt, et la soupe qu'on donné trois fois la semène à tous les pauvres qui ce présentait, et c'était dès un tems immémorial, et ils ont toujours continuëés jusqu’à cette révolution.
20 Trente-six familles percevait les secours si-dessus et plusieurs autres personnes.
3° Ces sus-dis bien sont devenus nationaux et les dits
1 Arch. Thiez.
secours ont cesséz depuis le mois de mars 1793 (vieux style).
4° Avant la révolution les susdits bien appartenait à la si-devant Chartreuse de Mélan qui les régissait et depuis la révolution aucun n’en a eu la régie.
5° Les revenus de ces dits biens consistait comme si-devant dit en pain et soupe trois fois la semène et ce revenu se trouve réduit à rien.
6° On désirerait percevoir les susdits secours comme sidevant qui sont affecté sur tous les biens de la Chartreusine de Mélan.. et dans un temps de disette plus de la moitié de notre commune percevait ses secours.
fait et arrèté à Chatillon les ans et jours si-dessus :
GATHIER, agenmunicipal !.
Ces réclamations attendrissaient peu l’Administration. La plupart des biens de Mélan avaient été vendus; restait encore le monastère avec son pourpris. Le gouvernement réclamait leur vente, le besoin d'argent était extrème. Déjà des affiches et des publications faites à Taninge portaient que le 30 vendémiaire an III (21 décembre 1794) « il serait expédié à l’enchère public tous les bâtiments et édifices de la ci-devant Chartreuse de Mélan, tant en gros qu'en détail, avec encore tous les jardins et vergers qui existent dans l’intérieur du dt Mélan. » Mais ce jour-là on se contenta de nommer « pour estimer les dits objets, les citoyens Jean Grange et Jean Burtin dit le Crottu de Fleyrier, lesquels ensuite du serment prêté par devant le dit Conseil se sont transportés de suite au-dit Mélan pour procéder aux dites estimes. »
Aucun acquéreur ne se présentait. On offrit le mas entier à un très bas prix au citoyen Jacquier, maire de Taninge qui n’accepta pas.
Peu de temps après, « Cassanyes », représentant du peuple était venu en mission dans notre pays. Il y avait organisé une expédition contre les émigrés et les réfractaires cachés dans
1 Extrait du Registre des délibérations des séances de la conimune de Châtillon du 2 thermidor an III de la KR. F. N° 19 de l'inventaire de 1861, f* 10 recto.
une maison de campagne aux environs de Taninge. Ses Mémotres encore inédits racontent que ses amis voulaient lui faire acheter dans cette commune un beau domaine consistant en deux propriétés de 100 arpents. « La première que je connaissais, dit Cassanyes, pour y être entré avec Jacquemard, était située au bord et avant d’entrer à Taninge. Un grand ruisseau la traversait et alimentait cinq usines de filature. » Il s’agit évidemment ici du grand pré situé au couchant et du pré fleuri situé au nord de Mélan. Ce ruisseau n'était autre que le large canal alimentant les moulins des Cuches et de Mélan. Cassanyes refusa l'offre qui lui était faite !.
Enfin la loi du 28 ventôse an IV (18 mars 1796) ordonna d'en finir avec la vente des biens nationaux. Taninge dut s'exécuter. Après deux ans d'essais infructueux, une dernière mise aux enchères eut lieu le 4 août 1796 (17 thermidor an IV).
Le citoyen Joseph-Marie Dimier, fils de feu Jean-Baptiste Dimier, originaire de la Biolle, et habitant Chambéry, emporta l'enchère.
Le Registre des ventes, aux archives déparmentales de Savoie, donne sous le N° 675 le détail des biens acquis :
4° L’enclos de Mélan consistant en trois hâtiments rustiques, une maison de maître comprenant six petites chambres, caves, cellier, écuries, grenier et remise, plus dix petites cellules, une grande et une petite église.
Un couvent soit cloître composé de deux étages distribués. en plusieurs cellules, une maison à deux moulins, un four, deux greniers et une scierie, jardins, parterres, vergers et. cours de la contenance de 5 journaux.
Un grand pré au couchant de la surface de 84 journaux 1/2 réunis et clos de murs de la hauteur d'environ 9 pieds, recouverts en ardoises, sous Nos 13, 14, 15, 21, 22, 23, 41, 42, 48, 44, 48, 27, 28, 29, 30, 37, 38, 39, 40, 46, 47, 49, 50, 51, 31, 33, 34.
1 Nous devons ces détails à M. l’avocat Tavernier qui les tient de: M. Mugnier conseiller de la Cour d’appel à Chambéry.
20 Une petite maison contenant trois moulins et un battoir y attigu, situé près le bourg de Taninge, lieu dit moulin de la couche; 11 toises sous le N° 50.
3° Une pièce de terre attiguë 314 {oises, sous les Nos 57 et 99.
4° Une pièce de terre en champs, lieu dit en champ fleuri; 15 journaux 164 toises sous les Nos 64 1/2, 66, 64, 65 et 68.
5° Une pièce de terre en bois-fayard, lieu dit le bois des Gets; contenance : 93 journaux, 351 toises sous le N° 499.
Prix total : 60.8011. 6s. 8d.
Savoir : Les ruraux et les moulins. . . . . 46.4881. » Maison de maitre, parterres, etc. . . . A4.8001 » Église et couvent. . . . . . . . 6.009001. »
Bois-fayard. . . . . . . . . 93.0001. »
Plus à ajouter pour supplément d'estime. 5131. 6s.8d. Total : 60.8011. 6s.8d.
D’après l'évaluation du cardinal Billiet 100 livres en assignats valaient à cette époque environ 8 sols. Les 199 journaux 165 toises ci-dessus, comprenant le monastère, les moulins, les terres, bois etc. en dépendant furent donc payés en réalité environ 234 francs.
Pour excuser la réduction des prix d'expertise, on allègue 10 le mauvais état des bâtiments ; 2° les dépenses pour réparations ; 3° les murs de clôture ; 4° la maintenance d'environ 500 toises de canaux pour l’eau qui venait de Taninge et qui, suivant le canal, alimentait la cuisine actuelle et un bassin situé dans la cour au levant de l’église; 5° l’entretien de la digue de Foron ; 6° le dégarnissement total de la pièce de bois fayard.
La population de T'aninge avait assisté impassible à cette vente. Mais tout à coup, quand elle vit que le plus vaste et le plus beau terrain de la vallée passait à un étranger, son indignation éclata. Des injures adressées au citoyen Dimier on passa aux menaces. Les principaux habitants se concertèrent pour un rachat immédiat. On diviserait l'acquisition
Dimier en cent lots. Toutes les bourses pourraient de la sorte concourir au recouvrement. Cent personnes se présentèrent aussitôt. L’acquéreur dut céder à l’orage et, six jours après, la vente était exécutée.
Le 10 août, après midi, Joseph Dimier et les cent copartageants se trouvaient en présence de Claude-François Andrier, notaire à Taninge. Dimier leur céda « le plein et entier bénéfice de l’adjudication soit vente à lui faite par l’administration centrale de ce département du Mont-Blanc par acte du 17 du courant (thermidor) enregistré le mème jour au bureau de Chambéry de tout l’enclos de Mélan, des moulins, battoir, près, jardins dits vers les Cuches, d'environ 15 journaux du champ appelé le champ fleuri, de tout le grand boïs, appelé le bois des Gets, et autres droits et dépendances en conformité du dit acte, les met et subroge pour le tout en son lieu, droit et place, les constitue au besoin pour ses procureurs irrévocables, avec pouvoir de substituer sous düe élection de domicile; la présente cession étant faite pour le prix de 15.000 livres argent de la République, présentement comptée la somme de 10.200 livres, le tout en gros écus neufs de la République, valeur de 6 livres pièces et le surplus dudit prix payé ci devant aux mêmes espèces, ainsi que le déclare le dit citoyen Dimier. » Payé en numéraire, Dimier ne gagnait qu'environ 14.757 livres en six jours, il pouvait se tenir pour satisfait.
Disons cependant à sa décharge qu’il mit à sa vente une heureuse restriction. L'acte ajoute, en effet, que ledit citoyen Dimier se réserve une honnèle habitation avec un petit jardin dans ledit enclos en faveur et pendant la vie durante des pauvres ex-religieuses qui habitent actuellement la commune .…. faitet prononcé à Taninge en présence des citoyens François Clerc né et habitant à Chambéry et Louis Saulnier, né à Bonneville, habitant à Carouge, témoins requis!.
Le rachat était accompli. Mélan passait à de nouveaux propriétaires, la plupart de Taninge. Il ne restait plus qu'à en faire le partage entre les cent coacheteurs. Le grand pré,
1 Archives de Mélan.
au couchant, contenait, comme nous l’avons vu, 84 journaux 1/2, le pré fleuri, au nord, 15 journaux environ. On les divisa en cent portions, le premier de 390 toises, le second de 60 toises. Une part du grand pré jointe à une du champ fleuri formait ainsi 450 toises ou un journal, mesure de Taninge, qui devait échoir à chacun des copartageants.
On divisa également le bois des Gets en cent portions qui furent distribuées plus tard entre les nouveaux acquéreurs.
Quant aux bâtiments du monastère et de ses dépendances, le partage ne s’en fit que dix-huit mois après. Il y restait encore plusieurs meubles à vendre et d’ailleurs, il n’était pas facile de diviser ce vaste couvent en fractions assez indépendantes pour y loger diverses familles. Enfin, en 1798, les citoyens Pierre-François-Antoine de Morillon, architecte, Jacques Passerat et François Bon, experts nommés par les procureurs des parties, se rendirent à Mélan et en divisèrent les immeubles en vingt lots de cinq parties chacun. Le 25 mars de la même année, par devant Jean-François-Joachim Jacquier notaire, l'acte du partage fut signé par les copartageants qui tirèrent au sort leurs lots. (Voir l’acte aux pièces justificatives No 39.)
Conformément à la clause insérée dans la cession Dimier, on avait fait la part des Chartreuses survivantes. L'acte de partage laisse indivis : le corridor du cloître, l’église et les deux chapelles adjacentes, la maison des Pères et son petit cloître et une portion du jardin qui la confine au sud, appelé jardin Domiñicaire. Quoique l'acte n’en parle pas, ces parties réservées échurent de fait à des lots correspondants : les religieuses n’en eurent qu’une possession viagère.
Le sacrifice était consommé.
Les dernières moniales de ce monastère allaient s'éteindre l’une après l’autre, celles-ci dans leurs familles, celles-là dans ce dernier lambeau d’asile qui leur était prèté.
Nous allons raconter les détails que nous avons pu recueillir sur les dernières années des religieux et des religieuses de Mélan qui survécurent à la spoliation de leur couvent.