AVANT-PROPOS
LA VIE MONASTIQUE. — LES CHARTREUX. — ORIGINE DES MONIALES CHARTREUSES.
co u xumr° siècle « un courant rapide entraînait les plus grands seigneurs vers la solitude » : ce fut l’époque
4 X du plus bel épanouissement de la vie religieuse ;
« ceux qui ne pouvaient quitter leur château contribuaient largement à des fondations pieuses. De toutes parts s’élevaient de vastes abbayes et les solitudes se peuplaient de fervents
1 Nous n'appelons pas Chartreusines les religieuses de Suint-Bruno 1° parce que leurs Sfatuts n'ontjamais employé ce mot et que l'Ordre ne l’a pas admis ; 2° parce que le Dictionnaire de l’Académie dit formellement : Chartreux, chartreuses, religieur, religieuses de l'Ordre de Saint-Bruno.
ET de
cénobites qui partageaient leur temps entre la prière etle travail. Les sites les plus retirés, les gorges des montagnes les plus sauvages étaient les lieux qu'affectionnaient les disciples de saint Benoît. les colonies de Citeaux, les enfants de saint Bruno. On y élevait d'abord quelques huttes qui bientôt cédaient la place à de plus solides constructions !. »
Ce mouvement qui se faisait sentir en Allemagne et en Italie ne fut pas étranger au diocèse de Genève. Les abbayes d’Aulps, de Haute-Combe, de Bonmont, de Chezery, dans le décanat d’Aubonne, de Sixt, à trois lieues de Mélan, de Lieu, en Chablais, de Bellerive, sur les bords du Léman, et une multitude de prieurés, fondations du xn° siècle, avaient pris dès le xm° une importance considérable. Les Chartreux particulièrement occupaient alors dans nos contrées un rang distingué par leurs monastères de Vallon, en Chablais, du Reposoir, en Faucigny, de Pomier, en Genevois, du val Saint- Hugon et d’Aillon, en Savoie propre, et d’Arvières, en Valromey.
Sans doute, le dérèglement des mœurs qui régnait à cette époque dans la société a pu inspirer à des hommes au cœur pur, à des vierges pieuses le désir de la solitude. Dégoûtés d’un monde rempli de scandales, désirant vivre pour Dieu seul, ils se sont écriés avec le prophète : Voici que je m’enfuirai bien loin et que je demeurerai dans la solitude. Mais un autre motif, non moins noble, les y poussait.
Servir l’Église et le prince : telle était la devise de la noblesse. On servait son prince sur les champs de bataille, on servit l’Église par les croisades et dans les Ordres religieux. On savait alors que la prière vaut une épée et que le moine est un soldat. La famille noble devait avoir des fils sous les armes, elle tint aussi en honneur de recruter parmi ses membres la milice des cloîtres. Un mouvement parallèle devait nécessairement se produire chez les femmes. Exclues de la carrière des armes, elles allaient s’enrôler avec d’autant plus d’enthousiasme dans la milice religieuse où elles trouve-
1 V. Fleury, Âist. du dioc. de Genève, t. I, p. 67.
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