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CATHERINE DE LUCINGE, CINQUIÈME PRIEURE CONNUE

VICAIRES : DOM JACQUES DE MALLIIS (1326); D. GÉRALD DE CÉCRAS (1326); D. PIERRE DE GRÉSY (1328) ; D. GUILLAUME (1335); D. JEAN GRIVELLI (1337).

A famille de Lucinge descendait de Rodolphe le Teu- AN aie frère d'Aymon I‘ de Faucigny. Elle joua = dans l’histoire de nos contrées un rôle considérable. Un accord passé, le 10 août 1263, entre Pierre de Savoie et Guillaume de Lucinge reconnait à cette dernière famille le droit de sénéchaussée dans toute l'étendue du pays de Faucigny:.

Catherine de Lucinge était entrée de bonne heure à Mélan. On la voit déjà figurer parmi les professes qui signent l’acte d’alpage du Môle en 1299 ; elle reparaît dans l’affaire de sœur Ctilia en 1316. Enfin le catalogue de Dom le Couteulx la mentionne en ces termes : « Catherine, originaire de la noble famille savoyarde de Lucinge, est citée au tableau de Mélan à l’année 1333. Elle dirigea ce monastère durant 26 ans. Sa mort est annoncée dans la charte capitulaire de 1347. »

Cinq vicaires connus la secondèrent dans son administration : D. Jacques de Mailles, de Malliis, signalé comme vi- Caire de Mélan dans le cartulaire de la Porte-du-Ciel, où sa mort est annoncée en 1326; — D. Gérald de Cécras, mort aussi en 1326 d’après les cartulaires de la Porte-du-Ciel et d’Aillon ; — D. Pierre de Grésy, omis par D. le Couteulx et

1 V. pièces justif., n° 5.

2 Inv. Mélan, H. 2, f° 23.

3 Archiv. de M. le prince de Cistria-Faucignv.

qui signe en 1328, comme vicaire de Mélan, l’acte d’albergement de la montagne de Grons (Pré de Lys); — D. Guillaume que la charte du Chapitre général de 1335 mentionne en ces termes : « Dom Guillaume, procureur et moine de Vallon, est nommé vicaire de Mélan où il doit se rendre sans retard. » — Enfin, le cinquième vicaire fut D. Jean Grivelli. Le catalogue des vicaires l’a omis. Son nom et sa charge de vicaire se trouvent mentionnés dans une transaction du 7 mars 1337 entre le prieur de Saint-Hugon et Jacquette de Ternier, mère et tutrice des enfants de Perronnet, seigneur d'Arvillars !. En 1342, il fut nommé prieur de Saint-Hugon. Le Chapitre général le délégua en 1346, avec Pierre, prieur de Val-Sainte-Marie, pour apaiser un conflit qui s'était élevé entre la Grande Chartreuse et Chaleis, près Voreppe. En 1347, il était nommé définiteur du Chapitre général, et le 4 janvier 1350, on le retrouve simple moine, ratifiant, avec les autres religieux de Saint-Hugon, une transaction passée entre cette chartreuse et Jacquette, veuve de Pierre d’Arvillars, pour des violences commises contre les religieux.

Nous avons vu l'acquisition faite par Mélan des moulins de Sallanches. Catherine de Lucinge eut deux fois à intervenir pour y faire respecter les droits du monastère.

Les nommés Perronnet et Guigue Fabri de Sallanches, avaient établi, « derrière la maison du seigneur de Gex, vers les battoirs, entre les deux bésières, une meule de pierre pour moudre le ciment des maçons.» Mélan protesta et une transaction fut passée le 26 juin 1323 entre la chartreuse et les Fabri. Ceux-ci payeront à Mélan quatre deniers genevois de cense annuelle à la Saint-Michel, répareront les dommages que pourrait occasionner aux moulins de Mélan la bésière de leur meule, et reconnaitront audit Mélan le droit de faire des moulins en ce lieu où bon lui semblera. Ils ne pourront prendre l'eau qui serait nécessaire aux moulins et battoirs du monastère 2.

Sept ans plus tard, nouveaux démélés. Le seigneur de Chissé avait construit un fouloir sur les eaux de la Sallanche; la prieure fit reconnaître ses droits, et le seigneur, condamné à démolir son œuvre, s'y engagea par un acte du 1°” octobre 13403.

1 Burnier, Saint-Hugon, p. 19.

. 2 Inv., H. 3; f° 28.

3 [nv., H. 4; f° 28.

Vers 1323, on réparait un pont à Morignier. On demanda que Mélan payät sa quote-part des frais de réparation. Le bailli de Faucigny, par des lettres en parchemin datées du mardi avant la Toussaint de la mème année, déhouta les riverains de leur demande en vertu des privilèges qui avaient été accordés audit monastère !.

Le dauphin Hugues, petit-fils de Béatrix, était mort en 1321. Il avait légué la baronnie de Faucigny à ses neveux Guigues VIIT et Humbert II, fils de Jean II, dauphin de Viennois. Ceux-ci ne se montrèrent pas moins bienveillants que leurs ancêtres pour le jeune monastère.

En 1324, Guigues VITT confirmait une donation de 10 poses de terre faite par Marie Rachex du Mont, paroisse de Fleyrier, en faveur de Mélan 2.

En 1327, Humbert IL, à son tour, renouvelait au chàtelain de Châtillon l’ordre d'empêcher qu'on ne molestât la chartreuse de Mélan dans ses biens et possessions « en façon que ce soit 3. »

Le 29 juin 1328 f, il albergeait, sous titre d'emphrtéose à la chartreuse de Mélan pour un tiers et aux habitants de Fleyrier pour les deux autres tiers, la montagne de Grons, s'étendant de la Forclaz au pré dit de l’évèque et des Mones à l'entrée de Fry, avec toutes ses dépendances et droits, pour la somme de 55 livres genevoises d'introge et sous le servis annuel de 20 sols*. Cet acte fut passé à Cluses dans la maison de feu Étienne Pugin et par devant Richard de Beaumont, le seigneur Humbert Defervent avocat, François de Chevsio, Jacques Saltier, Pierre de Saint-Nicolas, le notaire Humbert Richard et plusieurs autres témoins, à ce requis. Signé : Guillaume Luisard, de Cluses, not’ impérial.

Cependant, le dauphin Guigues était en guerre avec le comte de Savoie Édouard, dit le Libéral. Les troupes savoyardes avaient envahi à diverses reprises le territoire du Faucigny. Édouard crut devoir prendre sous sa protection la chartreuse de Mélan que ses troupes auraient pu saccager. Il ordonna en 1329 au châtelain de Châtillon de veiller à ce qu’on ne causât aucun trouble en ce monastère. Deux ans

1 Inv., M. 7; f° 45.

? Inv., E. 2; f: 19.

3 Inv., B. 10; f- 8.

4 V. Documents, n° 7.

$ [nv., F. 1; f° 22, et copie arch. Mélan.

6 Inv., B. 10; f° 8.

après, les hostilités ayant recommencé, le vice-gouverneur de Faucigny renouvela ces mêmes injonctions!.

Cette sympathie, Mélan la retrouvait dans les particuliers eux-mêmes.

Le 16 mai 1333, Vuiffrey de Cellières, Pierre son frère et Béatrix sa femme donnaient au couvent, en toute propriété, les biens qu'ils possédaient en Mont-Luez. Dupupea not'?.

Vers cette époque, la chartreuse avait acquis d'un Perronnet de Châtillon une maison avec dix fossorées de vigne et un tiers de pose de terre en pré, puis certaines redevances que l’Inventaire énumère ainsi : Item, une octane de froment duc annuellement par Ambroise Roux, de Rontalon ; Item, 2 sols 4 denier genevois dus annuellement par Hugues Barthélemy, de Chenay (Marignier); Item,2 sols genevois dus annuellement par Raymond, officier de Marignier ; Item, 4 sols genevois dus annuellement par les héritiers Rapin ; Item, 10 sols genevois dus annuellement par Humbert, de Marignier ; Item, 5 sols genevois dus annuellement par la terre Guichard, de Chenax; Item, 4 sols genevois dus annuellement par la terre de Bruno, de Chenax; [tem, 4 sols genevois dus pour la terre de Perronnet Rubin.

Des lettres patentes du dauphin, seigneur du Faucigny, reconnaissaient et amortissaient ces diverses acquisitions le 26 mars 1342. et le 24 janvier suivant, Henry de Châtillon approuvait les ventes susdites ÿ.

Le 3 septembre de la même année, Mélan acquérait de Pierre Forier des Gets, bourgeois de Cluses, un bois dit à la Provenchy, avec une maison située dans ce bois À.

Mais tandis que, par de nouvelles acquisitions, le monastère semblait assurer son existence, il se voyait contester les revenus mème de sa fondation. Nous avons eu déjà occasion de signaler les revendications du clergé de Samoëns sur les dimes de Verclans et Marvel. La querelle assoupie ne tarda pas à se réveiller. Humbert de Gravernel, curé de Samoëns, en appela au métropolitain. Par un acte du jeudi avant la Saint- Jean-Baptiste de 1388, on convint de s’en remettre à un arbitrage *. Sur ces entrefaites, le dauphin Humbert reconnut

1 Inv., B. 12; f°8.

2 Inv., E. 4; f° 19.

3 Inv., A. 14; f°4;: K.7; f° 35.

4 Inv., E. 5: f* 19.

5 Inv., G. 3; f° 24.

Eh Î ue SN 2 —— nie ge Te et Oo

le legs fait par Béatrix et déclara, le 3 novembre 1841, maintenir la chartreuse dans ses droits !.

Enfin, le dernier octobre 1343, une transaction fut passée à Sixt entre la chartreuse et le curé de Samoëns. Il fut accordé « que pour les dîimes et nouveleys, tant pour lors que cy-après, rière la dixmerie de Verclans, le dit Mélan payeroit au curé, annuellement, un muid d'avoine, huit octanes d'orge et quatre octanes febves à la mésure de Samoën, moyennant quoy, il ne pouvoit pas prétendre davantage 2. » Cette transaction fut signée en présence des nobles et discrets seigncurs Pierre de Saint-Joire, doyen de Sallanches, Jacques de Langin, chevalier, Rodolphe de Uaprilis, professeur de droit, ainsi que de l’évêque de Genève (Alamand de Saint-Joire), témoins à ce requis par le couvent de Mélan. Théobald du Pas, not°3.

L'année suivante (18 octobre 1344), une autre transmction avait lieu à Châtillon. Perronnet Burget et son frère Lombard, de Rontalon, devaient comme cense annuelle imposée sur une pose de terre dite en les Lachères, une octane de froment et un baral de vin. A la mort de Lombard, la chartreuse convint avec Perronnet que cette cense serait réduite à trois bichets de froment à la mesure de Cluses i.

Cependant, le priorat de Catherine de Lucinge touchait à sa fin. Sous son règne, l'administration des biens du monastère avait été en somme heureuse, et pourtant l’aiguillon de la pauvreté se faisait sentir au couvent. Peu à peu le nombre des moniales s'était accru. La transaction de Sixt cite le nom de près de quarante religieuses de Mélan. Le parchemin, pour la plus grande partie illisible par suite de son mauvais état, permet toutefois de lire en tout ou en partie les noms de 26 d’entre elles ; ce sont les dames: Catherine, prieure, Isabelle de la Rochette, Agnès de Clusa, Françoise de Saint-Joire, Guillermette N., Béatrix de Mouxy (?), Agnès de Pressier, Catherine de Saint-Joire, Anthonia de N., Catherine de Passier, Christine de Saint-Joire, Gasparde N., Elyona N., Alesya de Saint-Joire, Catherine de Sallanches, Marguerite de Saint-Joire, Aleysia N., Jeannette N.,Jordonnette de N., Nicolette de Cluses, Guillermette de N., Elyona

1 Inv., G. 19; f°26.

2 Inv., G. 3; f° 24.

3 Acte en parchemin, arch. Mélan.

{ Inv., K.8; f° 35.

TE no raer

de N., Isabelle de Thoire, Jacquemette de N., N. de Bardonenche, Jeanne de Lyon.

On n'avait pas encore atteint le nombre de 50 fixé par Béatrix en 1401 et déjà les revenus ne pouvaient sufiire. Humbert, souverain de Faucigny, crut devoir revenir sur les dispositions de la fondatrice. Par des lettres patentes datées du dimanche Oculit de l'an 1328, il déclare, « pour subvenir à la pauvreté de ladite chartreuse de Mélan, qu’elle ne sera obligée d’avoir des religieuses et religieux qu’autant que le Chapitre général trouvera bon, et lui permet d’en user comme bon lui semblera, soit pour cela, soit pour la réception des religieuses !. »

Cette concession ne suffisant pas, le Dauphin vient luimême au secours de la chartreuse en détresse. Par de nouvelles lettres datées du 20 février 1336, il nous montre à la fois sa générosité et sa piété. « En considération de la pauvreté de Mélan, dit Humbert, nous accordons à ce monastère toute la dixme de bled de la dixmerie de Nerfey (Châtillon) avec tous ses droits; si ces terres sont mises en vignes, nous entendons qu’il en perçoive de mème les dixmes. De plus, nous donnons encore 20 livres genevoises pour le vestiaire des religieuses dudit Mélan, à percevoir annuellement et perpétuellement sur les tailles générales de Fleyrier aux termes des foires de Cluses. » Le souverain de Faucigny énumère ensuite les charges conditionnelles de sa donation : On dira chaque jour, à son intention, une messe du Saint-Esprit ; chaque moniale dira, chaque jour, 5 Pater et 10 Ave Maria à matines, à la messe et à complies, plus, auxdites heures, chacune récitera le Credo, le Salve Regina et une oraison de la Vierge à la mème intention.

Quelques particuliers, sans doute, s’avisèrent de réclamer contre la cession des dimes de Nerfey. Humbert, par lettres du 26 mars 1342, rappelle que ces dimes lui appartiennent entièrement, et intime à ses officiers l’ordre d’en laisser pleinement jouir le monastère, en vertu, dit-il, du privilège ac-

1 Inv., A. 3; f°2.

2Inv., K. 12: f°36: A.15; f° 4; A.17:f° 4.

cordé par Clément V à la supplication de Béatrix, Dame de Faucigny !.

L'année suivante pourtant, Anserme de Montat, collecteur des revenus de la baronnie, exige de Mélan 4 sols à payer sur les dimes de Nerfey. Le juge mage de Faucigny, par une sentence du 31 mars, déclare la chartreuse exempte de cet impôt*, et par ses lettres du 18 septembre 1347, Humbert rappelle de nouveau les privilèges d’exemption accordés à Mélan lors de sa fondation *.

Était-ce par un effet de sa pauvreté, nous l’ignorons, mais notre monastère, sous le priorat de Catherine, avait enfreint la règle d’abstinence imposée à l'Ordre cartusien : on servait des viandes aux étrangers duns les dépendances du couvent. Le Chapitre général de 1335 enjoignit rigoureusement, districtius, à la prieure et au vicaire d'interdire désormais l’usage des viandes à qui que ce soit dans la clôture du monastère, et il renouvela à cette occasion la même défense pour toutes les maisons de l’Ordre dont la clôture était achevée‘.

Un des derniers actes qui se passèrent sous le priorat de Catherine, et en même temps un de ceux qui firent le plus d'honneur au monastère à cette époque, fut le testament d'Humbert de Cholay du 19 mai 1345. Ce personnage avait été revètu de la première dignité de la baronnie. On le voit en 1320 bailli du Faucigny pour le dauphin Hugues”°. Par son testament, il donne à la chartreuse de Mélan, à prendre sur les revenus de la châtellenie de Châtillon, 20 livres de revenu annuel monnaie de Genève, dans lesquelles sont incluses 14 livres pour la fondation d’une chapelle où il veut être enterré6. Nous pensons que la chapelle sépulcrale du sire de Cholay n’est autre que la chapelle actuelle de la sainte Vierge où repose aujourd'hui l’abbé Ducrey, fondateur du collège.

1 Inv., K. 6; f° 35.

2 Inv., L. 4; f° 40.

3 Inv., K. 9; f° 35.

4 Catal. Vicar. Mélan.

$ Lavorel, Cluses, t. 1, p. 213.

6 Inv., A. 19; f° 4.

Catherine de Lucinge mourut en 1347, ayant bien mérite de l'Ordre qui lui accorda la faveur du tricénaire!.

NOTA. — Quand une religieuse ou un religieux de Saint- Bruno ont été fidèles aux Statuts de l'Ordre, on ne leur décerne aucun éloge, ils n’ont fait que leur devoir; mais si leur vie a été un modèle de discipline et de vertus, on dit, en annonçant leur mort : Lauaabiliter vixit in Ordine : Il ou elle a vécu louablement dans l’Ordre.

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