‹ Histoire de MélanChapitre 85 sur 124 · PERNETTE DU FOUG, QUARANTIÈME PRIEURE CONNUE · texte numérisé non relu

PERNETTE DU FOUG, QUARANTIÈME PRIEURE CONNUE

VICAIRE : D. MARTIN SYMONNET (1638-1662).

LT famille des de Foug ou du Foug était originaire de as Cluses. Elle fut anoblie, pense M. l'abbé Lavorel vers 1636 dans la personne de Pierre de Foug doc-

{ Cluses, I, 227. | |

teur en médecine, et peut-être pour services rendus pendant la peste. Pernette ou Pétronille était à Mélan dès avant cette époque. Les professes ordinaires signent par ordre de profession. Or, en 1634, on voit déjà sœur du Foug signer la Aime sur 20. De 1635 à 1638, elle signe en qualité de sousprieure. Mère Amédée de Crans semble l'avoir eue en particulière estime, puisqu'elle l’avait prise pour secrétaire. Elle méritait du reste des égards par ses vertus autant que par son instruction. Son obit nous apprend, en effet, qu'en « véritable vierge cartusienne, elle brilla par la gravité de ses mœurs, son zèle pour la discipline et la correction parfaite dans ses rapports avec le prochain ». Appelée au priorat par le R. Père, durant l’année 1646, elle fut confirmée dans cette charge au Chapitre suivant. En même temps, sœur Stéphanie du Fresney était nommée sous-prieure ; sœur Gasparde de la Balme, cellérière ; sœur Louise de Vallon, sacristine ; sœur Madeleine Saultier. maîtresse des novices; et sœur Catherine Chounet, infirmière. |

Le priorat de Pernette du Foug s'ouvre par la réception à la profession religieuse de Nicolle, fille de messire Pierre Calligé, bourgeois de la Roche, et d’honorable Gasparde Chardon. On était au 3 octobre 1646. Nicolle était novice depuis plus d’un an. Son père lui constitue une dot de 3000 f1. monnaie de Savoie, plus ses linge, meubles et habits. Ducrettet, notaire. Cette dot occasionna un procès qui se termina le 13 août 1652 par une transaction entre André, frère de Nicolle, et R‘ Pierre Calligé, prètre, d'une part, et Mélan d'autre part. L’acte fut signé à la Roche en présence de noble Janus de Genville, seigneur de Groysinge, et de R‘ Jehan Messiez, curé d’'Estaux. Minutes Ducretter.

Le dernier acte de dotation que nous avons donné plus haut est celui de Marguerite Symonnet, du 28 octobre 1645 ; elle apportait au couvent une dot de 2500 flor. Le 3 octobre de l’année suivante, Nicolle Calligé doit fournir une dot de 8000 fl. C’est donc dans le courant de 1646 que le taux de la dot fut élevé de 500 fl. Serait-ce à l’occasion de cette augmentation qu'eut lieu le procès de Mélan avec la famille Calligé ? Quoi qu'il en soit, la dot des futures religieuses restera

fixée les années suivantes à 8000 fl. Mais bientôt des plaintes s'élèveront tres graves, et D. Innocent le Masson devra intervenir lui-même pour calmer les esprits.

Aux difficultés de recouvrer les dots s’ajoutaient celles de percevoir les dîmes. D. vicaire venait d'imposer la dime sur une pièce de terre d’Avonay, appartenant à Henri Dessuet, de Chessins. Gelui-ci, par un acte, reçu Perrier notaire, réclama un dédommaszement. D. vicaire prouva qu'il avait agi de plein droit et qu’il pouvait percevoir la dime par toute la paroisse de Fleyrier!.

Cette querelle était à peine terminée qu'une autre plus longue surgissait. R Jacques de Marigny, prètre”, et ses frères avaient fait des plantations sur des vignes appartenant à Mélan et dépendant du cellier de Vigny. Mélan porta plainte. Le présidial de Genevois condamna les de Marigny. On en appela. Mélan saisit cette occasion pour réclamer la dot de sœur Charlotte de Marignv, tante des défendeurs, qui venait de mourir. Une transaction eut enfin lieu, à Mélan, dans la chambre du V. P. vicaire, le 18 juillet 1647. Étaient présents, outre le vicaire, D. Boschot, procureur de Mélan, D. Pierre de Bursin, prieur de Ripaille, et son procureur D. Pierre Georges, R4 messire Pierre Vincent, curé de Marignier, et noble Pierre de Marigny, seigneur de Berbey et du Rosey. Ducrettet, notaire.

Diverses amodiations eurent lieu cette année 1647. Le revenu est toujours à peu près le même. L’acensement des moulins de Coche, près Taninge, à François Pellicier, de Samoëns, du 8 janvier 1648, offre quelques détails intéressants; en voici l'analyse :

Immeubles acensés : 3 moulins et un baptoir.

Cense annuelle : 18 coupes de froment, 18 coupes. d'orge, 18 coupes d'avoine, 400 livres de chanvre.

Inventaire des meubles : 8 marteaux gros et petits pesant 45 livres de fer ; — 4 forme de lict, bois de sapin ; — les émines (mesures) de la coupe, du bichet, du quart et du demy-quart ; — 1 bartel de médiocre valeur ; — le maulx du baptoir de pierre ; — la conche du baptoir en chesne; — 6 iorrillons; — 3 arbres neufs; — 2 rouets bons, 1 autre petite valeur ; — 8 freppes de fer neuves avec leurs

L'InvsSDuR2 : f° 17.

2 R‘ Jacques de Marigny, des seigneurs de Berbey, était curé de Saint-Jean d'Aulps. (Tavernier, Mieussy, p. 24.) |

clefs, les 3 tournures avec leurs freppes ; — 3 paulx entières avec leurs nilles et cassettes ; — 3 roues neuves ; — 3 tines médiocres ; — 3 mex. Chaque moulin garni de ses 2 meules (le moulin blanc a une meule en serpentin!}); — toutes les chenex médiocres, les dronchets et brochets neufs, les arbres assortis de leurs freppes. Ducrettet, notaire.

Cet inventaire de l’ameublement d'un moulin n'est pas seulement curieux pour un homme du métier, il nous montre aussi avec quelle minutieuse exactitude tout était noté dans les actes publics, et quelle était la précision qu'exigeait D. Symonnet dans les contrats du monastère.

Le 22 juillet de la mème année, Mélan passait bail du dime des graines à Marignier, dépendant de Mélan, sous la cense annuelle de 62 coupes de froment et une pour le notaire, et du dîime appelé le Crespin, dépendant de la dame de Boringe, sous la cense annuelle de 12 florins. (Minutes Ducrettet.) |

C'est ici que se place un curieux décret du Chapitre général concernant les couvents de moniales. L'usage avait peu à peu prévalu dans le monde d’appeler Dames les religieuses chartreuses. Ce mot passa dans le cloître. Le Chapitre de 1648 condamna cette innovation par le décret suivant : « Conformément aux statuts, nous interdisons aux personnes de l'Ordre d’appeler Dames mème la prieure ou la sous-prieure de nos maisons de moniales, celles-ci s’appellent Méres, et toutes les autres, Sœurs. Que ce règlement soit scrupuleusement observé. »

A cette époque, notre contrée vit le culte du B. Jean d'Espagne, fondateur de la chartreuse du Reposoir, prendre un nouvel essor. Le 8 septembre 1649, Mgr Charles-Auguste de Sales exhumait les précieux restes du grand serviteur de Dieu et en constatait l'authenticité en présence des RR. PP. du couvent. Une coutume existait de temps immémorial de porter sur soi ou de prendre, délayée en breuvage, un peu de la terre qui recouvrait la dépouille du Bienheureux. Après l’exhumation, D. Jean-Baptiste de Bely, prieur du Reposoir, voulut propager cette pieuse pratique et s’y employa par tous les moyens. Les effets de cette dévotion se firent bientôt sentir au loin. Dès le 7 avril 1650, D. le Cau-

1 Aujourd’hui, dans la vallée d’Aulps. on appelle serpentin, le granit. (Note Tavernier.)

chois, procureur des moniales de Mélan (poste qu’on le voit déjà occuper le 3 septembre 1649), écrivait à D. Bely : « Je vous renvoie par Jacques, notre poissonnier, la Vie de notre Père saint Jean l'Espagnol. Ce Saint opère, tous les jours, en ces quartiers beaucoup de miracles et guérisons de maladies, tant par l’usage de l’eau en laquelle ont esté lavéz ses ossements, que par l’attouchement des reliques d’iceluy » ; et D. procureur demandait qu’on voulût bien lui envoyer encore de cette eau!.

Pendant que nos religieuses bénissaient Dieu toujours admirable dans ses saints, on décidait à Rome et en Chartreuse la translation solennelle des reliques exhumées. Le jour de la fète de saint Bruno, 6 octobre 1650, est choisi pour cette cérémonie. L’évèque y préside. La cassette où Sa Grandeur avait soigneusement déposé, l’année précédente, les ossements du Saint, est remplacée par une petite chàässe artistement travaillée. D. Martin Symonnet, vicaire de Mélan, avec D. de Bely, prieur du Reposoir, portent processionnellement le saint reliquaire. De nombreux laïques, cierges en main, au chant des hymnes, les suivent sous les arceaux des vieux cloîtres ; puis, la sainte châsse est déposée dans une superbe armoire préparée à la chapelle sépulcrale. Évidemment, ce jour-là, les cœurs de Mélan battaient à l'unisson des cœurs du Reposoir. Ceux-ci fêtaient leur premier prieur, et nos moniales leur législateur.

Cependant Mélan faisait une acquisition importante. Il y avait au xvrr siècle, sur le torrent de Foron, près des fours de Taninge, dont nous avons parlé plus haut, une maison avec jardin, 3 moulins, un battoir, avec leurs meubles, bézières, artifices et autres dépendances, appartenant à un sieur Nicodex. Celui-ci fit de mauvaises affaires et mourut, laissant ses biens par indivis à ses fils Nicolas et Claude qui ne purent sauver la situation. La veuve de Nicolas, Jacquemine Durier, de concert avec son fils Jean, offrit à Mélan, qui l’accepta pour 3425 fl., sa part des biens énumérés plus haut. Cet acte

1 Vie du B. Jean d'Espagne, par l'abbé Falconnet, p. 101.

fat passé par devant Ducrettet notaire le 19 février 16421. Le 12 août 1650, Claude Nicodex en vendait l’autre part pour la somme de 3500 f1.*. Le même jour, Mélan passait bail de ces moulins à Nicolas Bauge, de Mieussy, pour 6 ans, et sous la cense hebdomadaire de 2? quarts et demi de froment, { quart d'orge, 1 quart et demi d'avoine; plus, tous les ans, 12 mailles d’enselles pour le couvert desdits moulins et 8 livres de truites. Ducrettet, notaire. L'acte du 12 août 1650 est signé entre autres par D. Pierre Georges, qui venait de succéder en qualité de procureur à D. le Cauchois. Des lettres d'amortissement furent données pour ces biens en la Chambre des Comptes d'Annecy par Charles-Amédée, duc de Nemours et baron de Faucigny, le 1° septembre 1651. Elles affranchissaient Mélan de ce qu’on appelle aujourd’hui le droit de mutation, au prix de 1680 fl., et de plus, de 20 en 20 ans, 20 pistoles’. Remarquons en passant ce taux du droit de main-morte s’élevant en 1651 au 25 pour cent, plus annuellement une redevance d’une pistole pour le capital restant, soit 5245 fl. Et certains auteurs nous parlent encore du tort causé au Trésor public par les richesses des monastères !

Le 15 février 4652, Mélan amodiait à honorable Antoine Dénarié, commis au banc de la gabelle à sel de Samoïns, la dime d’une terre située à Vercland pour 6 ans et sous la cense annuelle de 500 f1., 3 muids d'orge, { muid de fèves, un demi-muid d'avoine, 6 quarts de chanaval (chanvre), 3 douzaines de vacherins valant ensemble { ducaton, plus, pour une fois durant les 6 ans, 4 florins pour la prieure, 8 florins pour le receveur dudit contrat, et 4 pistoles d'Espagne d'or et autres druleries. Fait au parloir de Mélan. Signé : D. Symonnet, vicaire ; D. Augustin du Chasteau, coadjuteur ; D. Pierre George, procureur, et Mère du Foug, prieure. Ducrettet, notaire.

Le 17 avril 1653, D. Symonnet acensait à André Perravey, bourgeois de la Roche, commis au banc de la gabelle à sel de Taninge, les prises et fruits des prés situés en Navilly, paroisse de Pers, contenant environ 12 sétorées, provenant du seigneur de Boisy et Louys Cristin, sous la cense de 27 ducatons. Ducrettet, notaire.

Le 27 juillet, même année, la dime des biens situés à Vercland et dont nous avons parlé en 1635 était amodiée pour 6 ans à divers

1 Inv., D. 19; f° 17.

2 'Inv,, D. 20: T° E7 3 Inv., D. 21 ; f° 17.

particuliers. De 135 quarts de fèves, 65 coupes' 1 quart d'orge et 135 coupes 1 quart d'avoine qu’elle rapportait en 165, elle était montée, en moins de 20 ans, à 8 coupes 2 quarts de fèves, 86 coupes 3 quarts d'orge, et 182 coupes 4 quarts d'avoine, c'est-à-dire, en moyenne, d’un cinquième. Ducreftet, notaire. Le 24 novembre, c'était le pré Lombard à Thiez qui étaitamodié 2 quarts et demi de froment ou 5 florins et sous l’introge de 34 florins. Ducrettet, notaire.

Pendant que D. vicaire faisait valoir les biens du couvent, V. Mère du Foug s’occupait à faire fleurir dans l’âme de ses filles les vertus monastiques. Un parfum de piété s’exhalait de ce cloître. De nobles personnages des paroisses voisines désiraient être ensevelis dans cet asile de Ia prière.

Le 14 avril 1654, égrège Claude Noble, fils d’honorable Jean Noble, natif de Châtillon, bourgeois de Samoëns et habitant de cette ville, testait en présence du vicaire de Mélan. Ducrettet, notaire. Il choisissait comme lieu de sépulture le cimetière du couvent de Mélan. Après divers legs aux confréries érigées en l’église de Samoëns, et à sa femme Claudine Burnier, il donne aux moniales tous ses meubles vifs et morts, or, argent, crédits, obligations, droits, actions, sous sept conditions, à la charge de Mélan, savoir :

1° De supporter les frais de la sépulture qui se fera comme pour les religieux et les religieuses dudit monastère ;

2° De payer tous les legs faits pour œuvres pies ;

3° De porter son obit sur la carte du Chapitre général ;

4° De célébrer un anniversaire perpétuel dans ledit monastère ;

5° De l’inscrire comme bienfaiteur dans le calendrier de Mélan ;

6° D’avoir soin des biens de sa famille, notamment de sa fille Josephte, dont il confie l'éducation aux RR. sœurs et à laquelle il laisse 6000 florins payables par Mélan ;

7° Les RR. PP. Chartreux diront 18 messes après le décès dudit testateur et pour le repos de son âme.

Ensuite de quoi, ledit Noble institue légataires universels : Rd Pierre-François Noble, curé de Montailleur, et ladite

1 La coupe est de 5 quarts.

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Josephte, ses enfants. Fait à Samoëns, dans la maison du testateur. Ducrettet, notaire.

Le Chapitre général inscrivit, cette même année, Claude Noble au nombre des bienfaiteurs de l'Ordre. Quant aux détails de l’hoirie, ils furent réglés par R° François Noble de concert avec Mélan le 17 juillet suivant!.

En 1654, eut lieu le renouvellement de deux amodiations : 1° celle des moulins de Coche, 13 mars; Jean Montemps, de Fleyrier, qui les acense fera moudre aussi les moulins qui sont dans l’enclos de Mélan ; 2° celle de la Glière, 26 juillet. Ducrettet, notaire. Les conditions sont les mêmes que ci-devant. Ce dernier acte porte le nom de deux nouveaux administrateurs. On trouve à cette époque quelques changements ‘ans le personnel de Mélan.

À D. Pierre Georges succède D. Michel Bossay, qui exerce la procure en 1653 et 1654. Le 26 juillet de cette dernière année, le procureur est D. Jean André Colin et le coadjuteur D. Bernard de Berbisy qui a remplacé D. Augustin du Chasteau.

Le 22 août suivant, Claude Roin de la Tour (Faucigny) signe son acte de donation religieuse au parloir du monastère en présence de ces derniers Pères et par devant Ducrettet notaire. Il s'engage irrévocablement à vivre à Mélan, comme frère donné, selon la règle de l'Ordre cartusien.

Le dernier événement digne d'intérêt qui se présente sous le priorat de Pernette du Foug, est la visite à Mélan de Mgr Charles-Auguste de Sales. Voici la narration qu'en fait le chanoine d'Hauteville, témoin oculaire : « Au mois d'octobre 1658, le grand prélat fut très humblement supplié par les Dames religieuses de la chartreuse de Mélan de faire la cérémonie du voile noir pour trois professes de cette sainte communauté ; l’usage en est beau et particulier, on l'appelle le sacre des vierges parce qu’on y observe beaucoup de choses qui se pratiquent au sacre des évèques; on leur donne l'anneau, la couronne de fleurs, le voile noir, et le seul évêque en fait la cérémonie... Je fus ravi de me trouver dans cette sainte pompe qui dura bien près de trois

1 Inv., G. 15; f: 26.

heures, après laquelle Charles-Auguste donna la confirmation à un grand nombre de personnes de son diocèse!. »

Cette fête dut reporter Mère du Foug au jour heureux où elle-même recevait le voile noir. Son âge avancé lui annonçait que bientôt elle porterait pour la dernière fois, sur son lit funèbre, ces insignes des vierges consacrées. En effet, l'heure suprème approchait. Pernette du Foug quitta cette vie dans le mois de janvier 1660. Le Catalogue des prieures dit qu’elle fut au-dessus de tout éloge dans l'exercice du priorat.

Neuf religieuses moururent sous son administration.

En 1648, Charlotte de Marigny de Berbey. Cette sœur était née en 1603 à Mieussy de noble Pierre de Marigny et de Jacqueline, fille de noble Jacques Achard, seigneur du Rosey?. On sait que la famille de Marigny était alliée par le sang à la famille de Sales. Charlotte avait 17 ans quand sa mère fut guérie miraculeusement par saint François. Une sœur de notre moniale, Louise, plus jeune qu’elle de deux ans, entra au monastère de la Visitation d'Annecy et y laissa un grand renom de science et de vertu. Le saint évèque avait évidemment inspiré la vocation de ses deux jeunes parentes qui se montrèrent dignes d’un tel protecteur.

En 1651, Mère Stéphanie du Fresney, sous-prieure depuis 5 ans, après avoir été cellérière (1634-1646). La famille du Fresney avait déjà donné à Mélan deux prieures, Claudine en 1360 et Hélène en 1363. Stéphanie, dit son obit, vécut louablement dans l'Ordre durant 64 ans.

En 1654, Louise de Miribel, de Sallanches, dont nous avons parlé en 1624. Elle avait été sacristine en 1634.

En 1655, Jeanne de Chignin, de la famille de saint Anthelme, Général des Chartreux et évèque de Belley. Les de Chignin formèrent deux branches en Faucigny, l’une à Taninge*, l’autre à Cluses ayant la seigneurie de la maison forte de la Place, à Thiez‘. Jeanne était de la branche de

1 Maison natur. de saint François de Sales, p. 684. 2 Tavernier, Mieussy, p. 22.

3 Tavernier, Taninge, p. 12.

1 Lavorel, Cluses, I, pp. 224, 225.

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Taninge ; elle était fille des nobles Jean de Chignin et Claudine de Benevix'. Louise de Chignin, que nous voyons ci-après, était de la branche de Cluses.

En 1656, Françoise-Philiberte Ruphy, après 18 ans de profession.

En 1657, Marguerite Symonnet, après 12 ans de profession.

En 1659, Louise de Chignin de la Place et Magdeleine Saultier.

Enfin, en 1660, Françoise-Louise de Gex de Vallon. Elle était née à Samoëns d’une famille distinguée. Son père, noble Jacques de Gex, seigneur de Vallon, avait épousé noble Anthonie de Charmoisy. Françoise fut baptisée par R M"° Cornut, archiprêtre de Samoëns, le 21 septembre 1604. Son parrain fut saint François de Sales, évêque alors et prince de Genève, ami intime et parent de M. de Vallon, et sa marraine, noble Louise Duchâtel, épouse de Claude de Vidomne, seigneur de Charmoisy, la phtlothée de l'Introduction à la vie dévote?. Françoise-Louise avait 12 ans quand, en 1616, le saint prélat vint à Samoëns visiter Mme de Charmoisy, malade chez M. de Vallon?. Le parrain dut évidemment entretenir sa filleule de sa vocation, étudier ses goûts et la conseiller sur ce point. Quoi qu’il en soit, Françoise entra au monastère de Mélan. Dès 1634, elle signe la douzième sur vingt professes ; elle avait 80 ans. On peut donc croire qu'elle était entrée à Mélan du vivant de saint François, vers 1620, aussitôt que les statuts le Jui avaient permis. En 1646, le R. Père la nommait sacristine, et en 1660, quelques jours avant sa prieure, Françoise-Louise devenue sous-prieure rendait sa sainte âme à Dieu. Comme la prieure et les huit autres religieuses mortes sous ce priorat, elle eut, après sa mort, la faveur d’une messe de Beata dans toutes les maisons de l'Ordre.

1 Arch. presbyt. Taninge.

2? V. Reg. des bapt. au presbyt. de Samoëns. — Hist. de Samoëns, pp. 121 et suiv.

3 3. Vüy, Vie de madame de Charmoisy, pp. 219-223.

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