‹ Histoire de MélanChapitre 87 sur 124 · QUARANTE-DEUXIEME PRIEURE CONNUE · texte numérisé non relu

QUARANTE-DEUXIEME PRIEURE CONNUE

VICAIRE : D. CLAUDE BALMEN (1670-1693).

A famille Duboin (Du Boin, du Buyn) est originaire

de Samoëns. C’est d’elle qu'est sorti Monseigneur

François Duboin, nommé vicair? apostolique de Sénégambie en 1876. Elle fut anoblie dans la personne de Claude Duboin, le 15 avril 1627. Celui-ci eut un fils avocat nommé Pierre qui épousa Marguerite Reveu de Bonneville. De ce mariage naquit notre prieure!.

Claudine était à Mélan depuis de longues Sites Elle fit profession en 1636 et fut nommée prieure par le R. Père en 1673. Le catalogue dit qu'elle était aimée de Dieu et des hommes, et qu'elle brilla par la mansuétude de ses mœurs et la rectitude de son jugement.

La même année, le 28 novembre, on trouve un nouveau procureur de Mélan, D. Bruno de Bernet, qui signe comme

- 1 V. Tavernier, Samoëns, p. 269.

témoin dans une transaction passée à Chambéry entre le marquis d’Arvillars et les chartreux de Saint-Hugon!.

La première affaire qui signale ce priorat est une nouvelle contestation entre la collégiale de Samoëns et Mélan. En 1639, une transaction, fondée sur la sentence arbitrale de saint François de Sales, avait eu lieu entre ces deux parties au sujet des dimes de Vercland. Samoëns avait renoncé à toutes ses prétentions moyennant 12 octanes d'avoine que lui payerait annuellement le monastère. Mais voici que vers 1670, le Chapitre, faisant fonction curiale, prétendit n'avoir pas mème la portion congrue, c’est-à-dire le revenu suffisant à l'entretien des prètres desservant la paroisse. On s’attaqua donc aux principaux décimateurs du lieu, au nombre de six, savoir : les Révérends prieur et chanoïnes de Sixt, les Révérends chartreux du Reposoir, les Révérendes chartreuses de Mélan, Révérend Pierre-François Rouge, recteur de la chapelle de Saint-Pierre en l’église paroissiale de Cluses, et messire Georges-Marie Biord, économe de l’abbaye d’Aulps. Quoi qu'il en soit de l’issue du procès pour les autres codéfendeurs, Mélan se mit hors de querelle par une nouvelle transaction du 19 décembre 1674. De la Grange, notaire. Les moniales conservaient la possession de toutes les dimes contestées, novales et autres, moyennant la pension annuelle, servie au Chapitre de Samoëns, de 22 coupes de blé. Cette transaction, ratifiée par l’évèque de Genève et le Général des chartreux, mit fin à une lutte qui durait depuis bientôt quatre siècles*?.

L'année 1675 vit l'élection au généralat de D. Innocent le Masson. Ce choix fut une source de bénédictions pour les moniales chartreuses. Depuis l'établissement de leur Ordre, elles avaient reçu des RR. PP. les témoignages de la plus grande sympathie et de la protection la plus généreuse. Visites canoniques, sacrifices d'argent, prières, direction assidue, les Généraux de l'Ordre et les Chapitres avaient mis tout en œuvre afin de procurer à cette portion de la famille cartu-

1 V. Burnier, Saint-Hugon, p. 533, n° 66.

2 Inv., G. 17, 18; f° 26.

sienne le bien-être temporel et lui faciliter la pratique des plus hautes vertus monastiques. Personne toutefois ne porta plus loin le dévouement aux maisons de moniales que D. Innocent le Masson.

Né à Noyon en 1628 et profès de Mont-Renaud, D. le Masson était prieur de ce monastère, quand, âgé seulement de 47 ans, il fut appelé au Généralat par le Chapitre tenu le 45 octobre 1675. Mère Claudine Duboin lui adressa, au nom de la communauté de Mélan, l'hommage de sa soumission filiale et ses félicitations pour l’honneur mérité qu'il recevait. Elle lui envoyait en mème temps un chant, composé sans doute par les religieuses, et lui demandait l'autorisation d'admettre au couvent demoiselle Marie-Josèphe dela Grange, nièce de sœur Urbaine-Madeleine de la Grange déjà religieuse à Mélan!.

Le 14 janvier 1676, D. le Masson répondit en lui demandant des prières qui l’aidassent à bien remplir sa charge, et il ajoutait ces paroles : « Vous savez qu’il y a longtemps que j'estime votre communauté de Mélan, mais, à présent, m'en voilà chargé. J’en porterai le soin avec affection, et j'espère que vous me le rendrez agréable par votre accroissement dans la perfection religieuse. » Le R. Père indiquait ensuite quels étaient les fondements de cette perfection : l'humilité, la charité et le renoncement à soi-même ; et il ajoutait en parlant du chant : « Pour ce beau chant, c’est quelque chose, mais quand il est greffé sur ces belles vertus. » Enfin, il consentait à la réception de Marie de la Grange, mais, à cette occasion, rappelait à la prieure ses devoirs en ce qui concerne les postulantes : Examinez leur vocation, les qualités de l’esprit et du corps qui sont nécessaires pour y correspondre, «€ car, autrement, au lieu de faire une charité, vous la blesseriez à l’égard de Dieu, à l’égard de l'Ordre et à l’égard du sujet qui se présente. » Il terminait en souhaitant à toutes une bonne année *.

1 Ces deux religieuses de la Grange, étaient parentes de Mére Claudine Duboin, par suite du mariage de M: Jean de la Grange, notaire, avec demoiselle Andréanne Duboin, mariage dont furent issus quinze en-

fants, notamment le président Joachim de la Grange,comte de Taninge. ? Arch. Mélan, V. preuves, n° 13.

A part cette lettre, le priorat de Claudine Duboin n'offre rien de particulièrement intéressant.

Le 16 mars 1676, a lieu un échange de terre avec Abraham Guillot, près des moulins de Coche, où Mélan voulait dresser un petit bâtiment (de la Grange, notaire)! ; le 27 juin, achat de deux journaux de terre à Vigny (Thiez), provenant de noble Pierre Duboin, père de la prieure*; enfin, arrét porté par la Chambre des Comptes de Chambéry, le 14 février 1678, en faveur de Mélan, contre les communiers de Thiez qui prétendaient imposer 8 florins, 1 sol et 8 deniers sur les biens que le monastère possédait dans cette paroisse* ;

1681, 3 août, prise en charge par Jean Dessuet des meubles des moulins de Taninge (de la Grange, notaire);

1684, 11 juin, acensement de 3 moulins, 1 battoir et 1 chenevier pour {6 ans aux Couches, 24 coupes froment, 15 coupes orge, 20 coupes avoine, à Jean-Jacques, fils de feu Aymon Dessuet, maître charpentier de Taninge, et Joseph Dessucet, son frère (de la Grange, notaire);

1685, 8 juillet, acensement du dime de Marignier à honorable Humbert, fils de feu Claude Rapin, etc, sous le servis annuel de 35 coupes de froment; signé : CI. Balmen, vicaire, L. Dubois, coadjuteur, L. Fournier, procureur, Mère Claudine Duboin, prieure, Mère Louise-Agnès Basin, sous-prieure (de la Grange, notaire);

1688, 2 juillet, idem aux mêmes, cens : 50 coupes de froment;

1685, 7 juillet, acensement d’un four particulier à Pierre, fils de feu Jean Grange, de Fleyrier, pour la cense annuelle de six sols de Savoie, et pour chaque contravention 2 florins. (Signé les mêmes ) De la Grange, notaire.

Deux donations religieuses ont lieu le 1er juillet 1685 : la première est celle de sœur Benoicte, fille de François Louvat de Miribel en Dauphiné; la seconde, celle de frère Loys, fils d'Antoine Clairet, de la paroïsse de Saint-Pierre d’'Entremont. Les deux actes, reçus de la Grange, notaire, sont signés par D. Balmen, vicaire, D. Louis Dubois, coadjuteur, D. Louis Fournier, procureur, Mère Claudine Duboin, prieure, Mère Louise-Agnès Basin, sous-prieure.

Cependant les forces de la V. Mère prieure semblaient la trahir. Affectée de surdité, âgée de plus de 66 ans, elle demanda avec instance d’être délivrée de sa charge. Le R. Père quoiqu'à regret accéda à ses désirs le 22 janvier 1686. Elle

1 Inv., D. 26; f° 17.

2 Inv., K. 38; f° 39.

3 Inv., L. 25; f° 43.

4 V. preuves, n° 14.

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vécut encore 8 ans. Sa mort est rapportée dans la charte de 169%, où une messe de Beata est demandée pour le repos de son âme dans toutes les maisons de l'Ordre.

Douze religieuses étaient mortes durant les 13 ans de ce dernier priorat; ce sont :

En 1674, Nicolarde-Christine Calligë de la Roche, qui mourut après 28 ans de profession;

En 1675, Béatrix de Bressieux, dont saint François de Sales avait demandé l'admission en 1611. Béatrix descendait de Jean Roero de Saint-Séverin, chevalier de l’Annonciade en 1576, et par les femmes d'Aymard de Bressieux qui, en 1518, fait hoinmage à la maison de Savoie des châteaux de Bressieux, de Viriville et de Lemps'. Nous avons vu que la sœur aînée de Béatrix, Madeleine de Rouer de Saint-Séverin, avait épousé en 1613 Louis de Sales, frère du Saint.

En 1667, Antonia Gribaldi des Farges, novice. Les Gribaldi neveux de l’archevèque de Vienne, consécrateur de saint François de Sales) étaient seigneurs de Farges dans le pays de Gex. Un Gribaldi fut doyen de Samoëns, un autre d’Annemasse*. |

En 1678, Catherine Chounet, infirmière vers 1646, sousprieure probablement depuis 1660; Agathe d’Afflon, sacristine ; Marie-Claudine de Loysin, après 40 ans de profession ; et Claudia Perron, sœur donnée.

En 1681, Marguerite de Chignin, qui vécut louablement dans l'Ordre pendant plus de 65 ans.

En 1682, Berthe de Jourdy, sœur donnée.

En 1683, Marguerite le Cauchois, antiquior, parente de D. le Cauchois, procureur de Mélan en 1650.

En 1684, Jeanne Hedou.

En 1685, Suzanne Allemand, sœur donnée.

A part la novice et les 3 sœurs données, toutes eurent une messe de Beata dans tout l'Ordre.

1 Ménabréa, Orig. féod., p. 453.

2 Note de M. le curé Pettex.

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