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QUARANTE-CINQUIÈME PRIEURE CONNUE

VICAIRES : DOM J. CL. CURTILLET (1729-1748); D. AMÉDÉE DE COLLONGES (1748-1788).

28 juillet 1696 ; le 29 janvier 1719, à l’âge de 23 ans,

elle faisait profession dans la chapelle de Mélan. Après quatorze ans d’édification donnée à ses compagnes, elle était appelée à succéder à Mère Girard. Son élection eut lieu le 23 novembre 1738.

Les deux derniers priorats s'étaient occupés à faire refleurir à Mélan la vie austère du cloître, et à rétablir sur un meilleur pied, les affaires extérieures du couvent. Le priorat de Marguerite Morand sera consacré surtout à l'extension des biens et revenus du monastère. Ce priorat se divise naturellement en deux parties : le vicariat de D. Curtillet qui s’étend jusqu’en 1748, et le commencement de celui de D. Collonges jusqu’à la mort de Ja prieure en 1764.

Le premier acte que nous citerons est un extratt du Roo!l de capttation sur la paroisse de Fleyrier dressé le 16 novembre 1734 par G. Vuy chätelain, et approuvé à Bonneville par l’intendant de Favier. C’est la première fois que nous rencontrons la liste des domestiques de Mélan. Ils sont quinze, et payent chacun une livre de capitation. Voici leurs noms et lieux d’origine :

Pierre Coudurier, de Thiz; Jean-Baptiste Coudurier de Thiz; Jean-Claude Magnin, dit Guyat ; Jean-Louys Cholet, d'Ayze; François Bussat, de Pressoly; Jean-Claude Col, de Morillon; Claude Lislaz, de Marigny ; Claude Chenaz de Marigny ; François Chapuis, de Saint-Sigismond ; Jean Charrière, de Saint-Saphorien ; Claude Bonnaz, de Châtillon; Jean-

SN jun tone Morand naquit à Chambéry le

François Paquier, armalier ; Dominique Sonerat, de Bornand ; François Meudry, Suisse, Pierre Grange‘.

En 1740, avec D. Curtillet, vicaire, nous trouvons à Mélan D. Bruno Ducret, coadjuteur et D. Amédée Collonges, procureur. Ce dernier et le vicaire signent cette année et les suivantes plusieurs rentes constituées en faveur de Mélan.

Le 45 février 1740 : rente de 30 livres, monnaie courante pour le capital de 600 livres par Pierre Baudet et son beau-frère, Nicolas Bidal de Quincy (Mieussy), pour les dots de Claudine et de Josephte Bidal, filles dudit Nicolas. (Signé, Jacquier, notaire 2.)

Le 29 avril 1741 : une rente de 400 livres à 5 0/0 et 2 coupes de froment par Joseph Bernat habitant à Brésil (Taninge) Joach. Jacquier N°.

Le 27 mars 1743 : une rente de 600 livres par Jean et Claude Bidal de Saint-Denys (Mieussy). Joach. Jacquier, N-.

Le 30 juillet 1744 : une rente de 500 livres à 5 0/0 par Jacq. Humbert de Taninge; une rente de 200 livres par Thomas et François Berthier de Mieussy.

Le 27 janvier 1746 : une rente de 1000 livres à 5 0/0 par Fabian et Jeanne Coppel de Taninge.

Le 27 janvier 1747 : une rente de 500 livres à 5 0/0 par Josephte

Pellis.

On trouve dans cet acte un nouveau coadjuteur, D. Benoît Guichet.

Cependant une acquisition plus importante avait été faite par Mélan. Les dîimes de Châtillon se montant en 1721 à 24 coupes de froment, mesure de Cluses, et 3 rons de paille étaient à cette époque réparties entre trois décimateurs : le baron de Saint-Christophe pour la moitié; les héritiers de feu noble Claude-François de Thoire pour un quart, et Mélan pour l’autre. Or le 24 février 1739, le baron de Saint-Christophe acense la moitié de cette dime indivis avec Mélan pour l’autre moitié*. Mélan avait donc acquis le quart des de Thoire. Serait-ce par l’acte suivant dont l’inventaire ne précise pas la date : Joseph et Jean-François de Thoire vendent à Mélan une partie des dîmes de Châtillon pour le prix de : fl. 1706: 5. Farnel N°‘?

1 Papiers de Joseph Gervais Burtin de vers les Suets, Taninge. 2 Arch. Mélan.

3 Note Riondel.

4 Inv., J. 30; f° 33.

Le 3 août 1739, Messire Duclos, seigneur et comte de Bonne, affranchit Mélan de tous laods d'amortissement pour l'avenir de même que du premier laod d'aliénation que pourrait faire ce monastère sur les biens de Bonne dépendant de son fief, nature de fief et censes réservées, et ledit affranchissement pour le prix de L. 183.12.

Le 11 février 1740, Louis Dufrenoy marquis de Cluses et Châtillon, affranchissait Mélan de toute nature de fief qui pouvait relever de sa directe, moyennant : fl. 66 : 10. Revillod N°2.

Le 3 mars 1743, Joseph-François de Cornillon affranchissait de même Mélan pour ses biens sur Châtillon pour la somme de fl. 46. 4. 8. Thorin N°3.

Enfin en 1744 et le 49 novembre, Mélan ratifiait pour la somme de L. 21450, l'affranchissement de tous ses biens relevant du fief du seigneur comte de Taninge.

Ces biens étaient : « l’égage d'eau du Foron tombant par Taninge dès Combafol jusqu'au lieu du Giffre ; les moulins de Taninge et un batoir contigu auxdits moulins; sept sétorées de pré au Pradelis en la molliétaz avec une grange; le tiers de la montagne de Grons; vingt poses de bois au bois des Gets; seize sétorées en Bonnaval; sept sétorées au Beltey; douze sétorées de prés au Pradelis en la Présa; le tiers de la dixme de Cellière; 6 fossorées de vignes aux Fontaines, 25 poses de prés en Bonnaval; 33 journaux en Boutigny; dix articles aux Buchilles 4. »

La ratification de cet affranchissement fut signée « au parloir d’en bas de la chartreuse » par les témoins suivants dont 19 religieuses : D. Jean-Claude Curtillet, vicaire supérieur, D. Bruno Ducret, coadjuteur, M. Marguerite-Thérèse Morand prieure, M. Jeanne-Angélique Charmettes, sous-prieure, SS"S Marie de la Tour, Antoinette Faure, Sabine du Fresney, cellerière, Marguerite Peynet, maîtresse des novices, Marie- Gabrielle Perrier, sous-cellerière, Marie-Françoise Presset, Marie-Françoise Donzel, Marie-Claudine de Dingy, Marie- Thérèse de Menthon, Louise-Thérèse Brun, Madeleine Thiabaud, Jeanne Pellis, Jeanne-Claire Le Jeune, Péronne Du Buisson, Élisabeth Roche, Gasparde Anthoine, Anne Catherine de Castelly, témoins : Jean Cornier né et habitant à Châtillon, Jean du Martin de Chambéry, domestique à Mélan. Signé : Jacquier Joachim, notaire *.

2 Inv., A. 31 ; f° 6.

3 Inv., A. 32; f°6.

4 L.-J. Mélan, pp. 105, 106.

5 Note Constantin, arch. Mélan.

Avant de sortir de Taninge-Fleyrier, nous réunirons ici plusieurs acquisitions importantes faites par la chartreuse en Boutigny, derrière le pic de Marcelly, pendant le vicariat de Dom Curtillet.

Le 41 mars 1740 (Thorin, N°), Mélan acquérait de Jean-Claude Montant, une montagne à Boutigny, lieu dit en la Crottaz, de la contenance de 31 journeaux, 343 toises, 1 pied pour le prix de L. 1216.1.8.

Le 30 mai (Cullaz, N°), Laurent Messy de Taninge vend à Mélan pour le prix de 45 louis d’or de France (soit I. 918, les louis à L. 20.8.) unc autre montagne audit lieu contenant 10 journeaux,430 toises, 3 pieds.

Le 8 avril avril 1743 (Merlinge, N°), Mélan acquiert des sieurs Amédée et Joachim Jacquier frères, de Taninge une autre montagne rière Boutigny de la contenance de 22 journeaux, 406 toises, 4 pieds pour le prix de 140 flor. et I. 50.

Le 142 juin suivant (Cullaz, N°”) nouvelle acquisition d'une montagne appartenant à Pierre Grange en Boutigny, lieu dit au Nandant de la contenance de 4 journeaux, 333, toises pour le prix de L. 400 et L. 162 d’épiagles.

Le mas de Boutigny comprend donc 70 j. 463 t. savoir 70 t. 5 p. en granges dont l'une a été incendiée, 36 j. 24 t. en prés, 27 j. 448 t. 6 p. en bois, 6 j. 69 €. 5 p. en rochers ct revient à la somme. de 1. 3700. 38.

Le livre journal de Mélan qui nous donne ces détails ajoute : « lorsque nos vaches sont à la montagne de Boutigny, elles vont paitre sur les communs de Micussy, duquel droit il est fait mention dans les titres qui sont à la sacristie de Mieussy !.

Enfin vers la fin du même priorat, le 24 mai 1763 (Lagrange N°) Mélan acquérait encore de noble Jean Ducloz de Taninge une pièce de pré, rippes et Chosal de Grange au Pradelis d'environ 8 journeaux pour le prix de L. 8091.

Les Chartreux de Vallon (Chablais) possédaient une dime de 24 coupes de froment sur Monnaz, paroisse de Mieussy. Après leur départ de Vallon (1536) les Pères se réunirent à Pomier, puis à Ripaille, et laissèrent Mélan percevoir cette dime de Monnaz. Mais vers 1740, le R. P. Dom Michel de Larnage, sur la demande de Ripaille écrivit à Mélan de restituer cette dtme à ses anciens propriétaires.

Tout autre qu’un chartreux aurait fait valoir ses droits sur une possession plus de deux fois séculaire ; D. Curtillet, vicaire de Mélan, écrivit au contraire une charmante lettre à

1 L.-J., pp. 36, 37, 89, 90.

2 L. J. p. 36; Inv. L., 35; f° 56.

D. Revoux, prieur de Ripaïlle: « Nous avons toujours regardé, dit-il, les 24 coupes de froment que nous percevions sur les dimes de Monnaz comme une charité que la maison de Ripaille faisait à la nôtre sans avoir jamais prétendu que cela nous fût dû. Il ne dépend donc que de votre bonté de nous les laisser ou de les reprendre. Si vous trouviez bon de nous en laisser encore jouir, ce serait un surcroît d'obligation que nous vous aurions, si vous trouvez à propos de les reprendre, nous conserverons toujours une parfaite reconnaissance pour ceux qui nous en ont laissé jouir pendant un si long espace de temps... puisque vous êtes dans le dessein de nous faire une cratification, nous la recevrons avec reconnaissance et actions de grâces !. »

Cette lettre datée de Mélan, le 21 juillet 1741, écrite avec autant de simplicité que de charité ne fut pas sans résultat. La chartreuse de Ripaille, en retour de cette dîme, fit don à Mélan de 100 louis d’or millitons; soit 1600 livres, 6 sols, 8 deniers. D. Curtillet en remercia vivement D. Revoux et en remit quittance à D. de Champerny, procureur de Ripaille. — Cette quittance, datée du 25 août 1741 est signée par D. Vicaire, par Amédée de Collonges procureur, et D. Ducrest coadjuteur. Les 100 louis furent placés en rente constituée au à 0/0 chez le seigneur de Seyssel de la Charniaz*.

Le secours des PP. Chartreux permit aux religieuses de Mélan de réparer les ravages qu'une grave inondation venait de causer à leur monastère. Le 20 décembre 1740, le Foron gonflé par les pluies et la fonte des neiges entraîna 140 toises des murs de la grande clôture et emporta les canaux qui conduisaient l’eau sur les moulins et alimentaient les habitants de Mélan.

Il faut dire que le puits creusé au centre du premier cloître en 1282 n'avait pas réalisé les espérances des fondateurs. Il ne fournissait d’après le placel dont nous allons parler, qu’une eau saumâtre dont l'extraction était en outre des plus incommodes. Aussi voit-on à diverses reprises les PP. Vicaires s'occuper de prises d'eau dans le voisinage.

1 Copie aux arch. de Mélan.

2 Copies, arch. Mélan.

Lors de son voyage à Mëlan, D. Innocent le Masson acquit pour la somme de 500 livres une magnifique source, située au-dessus du verger du marquis du Vuache, comte de Taninge. Ce sont les canaux de cette prise d’eau que l’orage venait de renverser. On ne put les reconstruire à la même place. Posés sur de simples chevalets, ils étaient sans cesse exposés à être renversés.

Mélan proposa au comte et au Conseil de la Commune de Taninge de permettre qu'on posât ces canaux à travers le bourg. Ceux-ci n’y consentirent qu’à titre précaire.

Mélan alors eut recours au Souverain et lui adressa un placet fort bien motivé. Charles-Emmanuel III accéda à sa demande par un décret du 6 juillet 1741 daté de la chartreuse de Collegno!, et enjoignit au comte et au Conseil de donner satisfaction au monastère moyennant les conditions prescrites par les royales constitutions *. Par autres actes des 5 et 7 octobre de la mème année, Mélan fixait avec le comte de Taninge et divers particuliers les conditions de pose et d’entretien desdits canaux. Quant aux murs de clôture, ils furent réparés par Joseph Grange et Claude Passerat de Taninge au prix-fait de 3443 livres dont quittance fut donnée à D. Vicaire le 26 mai 1741 *.

La mème année, les VV. PP. D. Gabriel Prenel, prieur de la chartreuse de Lyon et D. Honoré Revoux, prieur de Ripaille, furent délégués par le Chapitre général pour la visite de Mélan. Commencée le 23 septembre, cette visite se termina le 10 octobre. Le rapport de cette visite dont l'original est conservé aux archives de Mélan, fait de la prieure et des religieuses les plus grands éloges : « Elles répondent, disent les visiteurs à la gloire et à la sainteté de leur état autant que la faiblesse humaine le peut permettre... Le zèle plein d'amour de la prieure donne seul de l’activité à son délicat tempéramment et fait que rien n’échappe à sa vigilance. Elle sait tout ce qui se passe dans la maison. elle donne princi-

1 Copie, arch. Mélan.

2 Copie, arch. Mélan.

3 Minutes Jacquier.

palement son attention à maintenir la règle dans sa vigueur et à conserver parmi ses chères filles cette parfaite union qui fait toute la félicité des sociétés religieuses. Elle met toute sa confiance au divin Maitre des cœurs, elle le consulte sans cesse. Nous ne saurions trop l’exhorter à ménager un peu mieux sa santé : c'est tout le reproche que nous avons eu à lui faire... Nous l'avons confirmée dans son emploi, quoiqu'elle nous ait demandé avec instance d'en être déchargée.

« Sous un si Sage gouvernement que pouvions-nous reconnaître dans la communauté sinon des volontés animées du zèle et de l’exemple que chaque religieuse se donne à l’envi l'une de l’autre sans que les infirmités puissent ralentir leur ferveur. » Les Pères louent ensuite la docilité des Sœurs à recevoir humblement les sages avis de leurs supérieures, et passent à l’état de la maison.

On compte alors à Mélan 21 religieuses de chœur, une novice, une postulante, 14 sœurs données. Au dehors: 3 religieux, 3 frères donnés, 23 domestiques à gage dont 6 pour J’armaillerie ou ferme.

Bétail : 7 chevaux pour le labour, un mulet, une jument pour la selle, 6 poulains, 68 vaches à lait, 23 moges (génisses), 3 taureaux, 10 veaux et 2 gros bœufs. « Il y a une suffisante provision de blé, vin et fromage, mais peu d'argent en bourse. »

Durant cette visite, les Pères avaient constaté le délabrement du clocher. Planté par D. Innocent le Masson sur l’angle sud-ouest de l’église, ce campanile menaçait ruine. Dom de Larnage, général de l'Ordre, envoya en 1742 un frère de chartreuse pour en diriger la charpente : on y dépensa 18 barils de fer blanc outre celui de l’ancien clocher. Les frais de restauration s’élevèrent, non compris le bois et quelques autres fournitures, à la somme importante de 27492 livres. Ce clocher devait ètre bien gracieux, s’élevant svelte du milieu de vastes édifices au centre de la plaine, et nous ne pouvons nous étonner que les révolutionnaires l’aient abattu en 1793 : il violait l’égalité..… des toits!

Un des derniers actes de D. Curtillet fut la construction

en 1746 du four, et des greniers qui sont au-dessus ; ces travaux coûtèrent 957 livres!.

Le V. P. Dom Amédée Collonges qui signe les actes précédents était depuis quelques années procureur de Mélan lorsque survint la mort de D. Curtillet. Celui-ci s'était remarquablement acquitté de sa charge vicariale. Il avait vécu louablement dans l'Ordre pendant soixante-deux ans, il s’éteignit à Mélan plein de jours et de bonnes œuvres : on lui accorda une messe de Beata dans tout l'Ordre.

C'était en 1747. Le Chapitre de la même année élisait pour lui succéder le V. procureur D. Collonges. On était au 7 octobre. Le nouveau vicaire allait occuper cette charge durant quarante et un ans, de 1747 à 1788. Né à Mouz en Chautagne le 8 juin 1698, il avait fait profession en Chartreuse le 22 juillet 1724.

Le premier souci de D. Collonges fut de réparer la muaille du grand enclos. Une violente inondation du Foron avait, le 13 février 1747, fait deux larges brèches à ces murs. D. Vicaire les fit boucher et plaça par prudence cinq éperons audit mur de distance en distance; ce travail coùta 417 livres ?.

L'année suivante une tempête considérable anéantit presque entièrement la récolte, on fut obligé d'acheter pour 1633 livres de blé.

Cette même année 1748, D. Collonges achetait pour Mélan une portion de dimes dites de Cohendy, à GCellière (Rivière- Enverse). Mais les décimands ne pouvant payer la cense annuelle, on convint qu'ils donneraient à Mélan l'orge et l’avoine de la dîime, et qu’en retour, pour leur peine, ils garderaient la paille, un bichet d'orge et 16 livres en argent. Cette dime pouvait rendre à Mélan, bon an mal an, soixante “et une coupes et demie tant orge qu’avoinei.

Un des actes les plus importants du vicariat de D. Collonges fut l’acquisition, à Thiez, au lieu dit au Bosson, de

1 Liv.Journ., p. 78.

28 journaux, 262 toises et 6 pieds de vigne, champs et prés. Le propriétaire, Hippolyte Fernex les livrait au prix de 7300 livres et 250 1. d’épingle. L'acte fut passé par de Lagrange Nre, le 25 octobre 1752.

Cette mème année le R. P. Général, Dom de Larnage donnait à Mélan dix mille livres de France qu’on employa en réparations de bâtiments et à l'achat des biens ci-dessus. Pendant que se négociait l'acquisition de Vigny, Mélan achetait, le 27 août 1755, pour L. 8222 la dîime dite des Allemands située à Rumilly-sous-Cornillon, et une autre portion de dime au territoire de Foron paroisse d’Arenthon. Ces biens provenaient de l’hoirie du sieur marquis de Lapierre.

Notre monastère évidemment ne pouvait suffire à toutes ces dépenses. Aussi par billet de main privée le R. Père lui prèta, le 1e mai 1755, la somme de 40.000 livres de France au 4 0/0. Cette somme fut remboursée plus tard soit:25.800 liv. par Mélan, 11.200 par la chartreuse d’Aillon, 1000 par celle de saint Hugon et 2000 par la dot d’une religieuse.

Mélan élargissait ainsi le cadre de ses possessions, mais il voyait aussi parallèlement la piété embaumer de plus en plus son cloître. Nous possédons la carte de la visite qui eut lieu du 12 au 25 août 1752. Présidée par le V. P. Laurent Faure, prieur de Ripaille, convisiteur ordinaire de la province de Chartreuse et par D. Philippe Vial, prieur de Pierre-Chàtel, cette visite renouvelle en faveur de la Prieure les éloges que lui avaient déjà décernés les Visiteurs de 1741.

« La vénérable Mère Marguerite Morand, au rapport de ses filles, est d’une vie et de mœurs qui sont l'expression fidèle de la vie religieuse et qui exhalent de toutes parts une agréable odeur de sainteté et de la régularité la plus parfaite, etc. » Elle est accablée d’infirmités, de douleurs aiguës, elle demande avec instance d’être déchargée de ses fonctions, mais sa direction est jugée salutaire et nécessaire à la communauté et les Pères la maintiennent dans sa charge au bon plaisir du R. Père.

Mèmes termes élogieux pour les V. Sœurs. Elles sont comparées aux vierges dont parle saint Jean. « Notre critique, disent les Pères, n’a trouvé en elles, ni tache, nirides, ni rien

de notable ou qui fût digne de censure. Les anciennes sont nombreuses et d’une santé chancelante, mais les jeunes soutiennent leur chant de leur voix gémissante et rendent le chant à la forme de nos Statuts, wéf planctus non cantus delectatio sit in corde. La paix, l'union et la charité les tiennent si étroitement liées que, ne faisant qu’un cœur et qu'une âme entre elles, elles n’en font aussi qu’un avec la V. Mère prieure. »

Ensuite viennent les 13 sœurs données. Les PP. Visiteurs leur adressent un petit reproche au sujet du silence.

Les PP. D. Benoît Guichet, coadjuteur et D. André Guyot procureur sont députés pour entendre les confessions.

Les PP. visiteurs exposent enfin l’état de la maison :

Personnel : 23 religieuses de chœur, une postulante ; 43 sœurs données, une postulante ; 8 religieux; 8 frères donnés, un novice; 28 domestiques.

Ferme : 9 chevaux, 2 bœufs, suffisante provision de blé, vin et fromage, et très peu d’argent en bourse.

Deux ans après, Mélan était témoin d’une belle fête. L’évêque de Genève, Mgr de Chaumont, sans doute occupé à organiser les paroisses cédées au roi de Sardaigne dans le bailliage de Ternier, permit à Mgr Claude Humbert de Rolland, archevèque de Tarentaise d’administrer le sacrement de Confirmation dans plusieurs paroisses du diocèse de Genève. Le 9 septembre 1734, l’archevèque Rolland après avoir béni les religieuses du monastère confirmait bon nombre des habitants de Châtillon et d’autres paroisses voisines dans l’église de Mélan. Sa Grandeur était accompagnée de M. Conseil, vicaire général, official de l’évèque et chanoine de la cathédrale !.

L’archevèque ne quitta notre couvent que deux jours après pour se rendre à Scionzier où il donna la Confirmation à 3000 personnes dans le verger de la cure de cette paroisse *.

Le dernier acte de ce priorat qui offre quelque intérèt aux habitants actuels de Mélan est la construction de huit stalles pour les religieux, celles vraisemblablement qu'occupent

1 Arch. presb. Châtillon. | ‘ 2 Reg. parois. de Scinzier-Marnaz.

aujourd'hui M": les professeurs du Petit Séminaire. Ce travail fut confié à Antoine Gaudard, maître menuisier de Toulouse. Le couvent lui donna toutes les fournitures plus 200 livres.

Elles furent livrées en 1757.

Quelques années plus tard, en 1765 Louis Rossillon construisit les stalles des frères à raison de 14 sous par jour. Le travail coùûta 69 livres.

Marguerite-Thérèse Morand, âgée de plus de 68 ans allait après un priorat de 31 ans recevoir du céleste Époux la récompense promise à une vie pleine d'abnégation, de zèle et de vertus religieuses.

Sa mort arriva le 16 décembre 1764. Elle eut une messe de Beata dans tout l'Ordre.

Dix-huit sœurs sous son priorat l’avaient précédée dans la tombe. |

En 1734, Sr Marie-Françoise Duclos de la Place, professe qui avait /ouablement vécu dans l’Ordre pendant cinquantesix ans.

Marie-Françoise était fille de N°! Balthazar Duclos de la Place et de Marguerite d’Arenthon d’Alex,sœur de Mgr d’Arenthon, évèque de Genève. Née et baptisée à Cluses, le 16 avril 1663, elle était entrée à Mélan le 8 octobre 1679 et mourut à l’âge de 71 ans. C’est à elle que Mgr d’Arenthon écrivait des Gets, dans une tournée pastorale le 27 juin 1695.

« Ma très honorée sœur et très chère nièce,

« Il n’est pas possible d’être à une lieue de Mélan sans vous assurer de la continuation de mon estime, et de mon retour pour vos bontés, également religieuses et engageantes. Je vous assure, ma très chère nièce, que je voudrais bien vous l'aller protester de vive voix; mais il ne se peut cette fois, parce que je me trouve engagé à suivre ma route, qui me conduit dans les vallées du Chablais, jusqu'aux confins du diocèse de Sion et de Valley. Vous me serez partout présente à l’autel dans mes sacrifices. |

« Assurez votre KR. P. Vicaire et votre très vertueuse et

sainte Communauté et singulièrement V. M. prieure que je les honore du meilleur et du plus profond de mon cœur, et que je fais un très grand cas de leurs saintes prières.

«Le V. (sic) sera toujours mon garant pour cela, comme il est vrai que je le révère de la vénération la plus réelle. Saluez bien les deux parentes de Rochette, et prenez soin de trouver une voie sûre pour faire tenir ce billet à votre chère sœur religieuse à Salenche, qui est une très bonne enfant que je chéris tendrement. Son mal me tient dans une grande peine. Travaillez cependant à votre perfection, comme à l’uniquement vraie affaire. Estimez les choses pour ce qu'elles vous seront à l’heure de la mort, que vous en jugerez selon les lumières du souverain Juge. Tenez-vous cachée dans son Sacré-Cœur et prenez-y tous vos penchants et vos mouvements. C’est là où je suis tendrement et solidement tout à vous !. »

La sœur de notre moniale dont il est question dans cette lettre s'appelait Claire. Elle était religieuse ursuline à Sallanches. Quant aux deux parentes de Rochette chartreuses à Mélan, il s’agit évidemment de Sr Madeleine morte en 1723 et de S° Marie-Marguerite morte en 1733.

En 1736, Mère Gasparde de la Grange, née à Taninge en 1663, professe et sous-prieure qui vécut louablement dans l'Ordre pendant plus de cinquante ans.

En 1737, Sr Marie Roux, donnée.

En 1739, Mère Innocence Conche, professe et sous-prieure, qui vécut louablement dans l’Ordre pendant cinquante ans.

S' Marie Gérome de Mugnier, professe, antiquior qui vécut louablement dans l'Ordre durant soixante-douze ans. Elle était née probableinent à Cluses où résidait une famille noble de Mugnier.

Sr Anne-Marie Page, professe.

En 1740, S' Marie-Françoise Bouvery, professe, anttquior, qui vécut louablement dans l'Ordre pendant plus de soixante-douze ans.

Sr" Élisabeth Bardin, donnée.

1 Vie de Jean d’Arenthon, nouvelle édit. Annecy, Abry, 1895.

En 1742, Sr Roseline Vuy, donnée.

En 1748, Sr Marguerite Guinet, professe.

En 1752, Sr Marie-Catherine Leyat, donnée.

En 1756, Sr Marie-Françoise Maniglier, donnée.

Sr Marguerite Pennet, née à Thonon, le 11 juillet 1699, professe à Mélan le 1° novembre 1720, puis maitresse des novices, morte le 27 juillet 1756.

Sr Antonie Faure, née à Lyon, le 1°" janvier 1693, professe à Mélan, 8 décembre 1714, portière, morte le 9 octobre 1756.

En 1760, Sr Marie de la Tour, professe, antiquicr, née à Chambéry en 1691, professe à Mélan le 6 janvier 1714.

Sr Agnès (raudin, donnée.

En 1764, S' Stéphanie Beaugé, donnée.

Sr Jeanne-Stéphanie Vuy, donnée.

Les dix professes mortes sous ce priorat eurent le privilège d’une messe de Beata dans tout l'Ordre.

Nous avons trouvé sous ce même priorat la mort de deux frères donnés de Mélan, Jean-Claude Taponier, en 1751, et Charles Granger, en 1752. Ce dernier mourut hôte de Salette.

Nous remarquerons, en finissant, la longévité du personnel de Mélan à cette époque. Sur les onze professes que nous venons de citer, cinq comptent plus de cinquante ans de profession, deux d’entre elles, mème, S' de Mugnier et S° Bouvery atteignent soixante-douze ans de vie religieuse.

Clef de voûte de l'église actuelle.

Église de Fleyrier, près Taninge.

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