VICAIRE : D. AMÉDÉE COLLONGES
A noble famille de Menthon avait, dès l’origine de
notre monastère, donné plusieurs saintes moniales à
Mélan. Elle lui donne aujourd’hui son avant-dernière prieure. Marie-Thérèse était née à Annecy de noble Jérôme de Menthon, seigneur des Costes et d’Aviernoz et de dame noble Marie de Marigny (dame de Berbey et du Rosay, de Mieussy!.)
Elle se trouvait ainsi par sa mère, alliée à la famille de saint François de Sales et par son père à celle de saint Bernard. Deux de ses frères, les généraux Claude-Ferdinand de Menthon comte des Ollières et Jean-Antoine, comte d’Aviern07, S’illustrèrent dans les armes, honneur qui s’est perpétué chez leurs descendants jusqu’à nos jours.
1 Voir Tavernier, Mieussy, p. 23.
Entrée en religion vers 1753, Marie-Thérèse de Menthon était maîtresse des novices lorsque survint la mort de Mère Morand. Dès que la nouvelle du décès fut parvenue en Chartreuse, l’attention du R. Père se porta sur la maîtresse des novices, qui fut instituée prieure le 20 janvier 1765. Ce fut une vraie joie pour toute la Communauté qui avait pu déjà apprécier les rares mérites de cette femme.
Un des premiers faits que nous remarquons dans ce priorat est la visite que fit à Mélan Mgr Biord, évèque de Genève. Lui-mêème nous la raconte dans un manuscrit autographe intitulé : « Mémoires chronologiques et historiques des principales choses qui se sont passées pendant l'épiscopat de Mgr J. P. Biord, évêque et prince de Genève pour servir à l'usage de ses successeurs.» Voici son récit: « Dans le cours de mes visites, j’arrivai le 4 octobre 1766 à Mélan et l’après-midi, je fis l’examen de quatre religieuses qui devaient être consacrées. Le lendemain, dimanche, je fis la cérémonie de la consécration en célébrant la grand'messe pontificale et le tout suivant le rit prescrit dans le pontifical romain ; sauf qu'on donne à chacune des religieuses l’étole et le manipule, ce qui n’est pas porté dans le pontifical. Mais ayant été instruit que mes prédécesseurs avaient fait cette cérémonie, je n’en fis aucune difficulté.
« Ces dames auraient souhaité que je fusse entré dans l’intérieur de la clôture, ainsi qu'il s’était pratiqué presque ordinairement; mais, je ne jugeai pas à propos de le faire pour éviter l'entrée de bien d’autres personnes qui auraient voulu me suivre !. »
Tel est le récit succinct de cette belle fète. Nous n'avons pu trouver le nom des quatre religieuses qui prirent part à ce sacre.
La crainte, qu'avait Mgr Biord d’être contraint de laisser entrer bien d’autres personnes, prouve déjà que le monastère était entouré de l’estime générale et que de hauts personnages se pressaient sur les pas de l’évêque aux jours solennels du sacre. Mais nous avons d’autres preuves de cette estime.
1 Communiqué de M. l'abbé L. Chavaz, vicaire à Genéve.
Vers cette époque, les familles distinguées des environs de Mélan sollicitent à l’envi l'honneur d’être affiliées à l’Ordre cartusien.
On connaît la nature de cette affiliation. Par lettres dites de participation, en parchemin, le Chapitre général ou le R. Père, donnent part, pendant la vie et après la mort, aux bienfaiteurs ou amis de l'Ordre, à toutes les messes, communions, prières, veilles, jeûnes, aumônes, etc., qui se pratiquent dans tout l'Ordre.
Or, nous avons eu sous les yeux trois de ces lettres obtenues par D. Collonges, une pour la famille de Presle, en 1748, une pour la famille Vuÿ du 28 avril 1766 et la troisième du 21 avril 1771, en faveur de la famille Perrier. Nous donnons aux pièces justificatives les Lettres envoyées à la famille Vuÿ. |
Du 23 juillet au 18 août 1767, eut lieu à Mélan la visite canonique. Elle était faite par D. Antoine Callas, prieur de la Chartreuse de Lyon et D. Antoine Pellet, prieur de Saint- Hugon, visiteurs ordinaires de la province. La carte de cette visite que nous citons {#7 extenso aux preuves, n’a pas le ton solennel des précédentes, mais les éloges qu’elle renferme sont aussi magnifiques pour la vénérable Mère de Menthon, les sœurs de chœur et même les sœurs données.
Nous y constatons en particulier que Mère de Menthon est éprouvée par la maladie ce qui ne l’empêche pas de remplir admirablement sa charge. Quant à la Communauté : « L’union, la paix, la charité que nous avons trouvées dans cette maison, disent les Pères visiteurs, nous persuadent que le Seigneur appelé un Dieu de paix y a établi son séjour, que son Esprit y règne et avec lui toutes les vertus religieuses. »
En terminant, les Pères visiteurs déléguent pour les confessions les vénérables Pères D. Antoine Gabillon, coadjuteur et D. Simon Goutry procureur. Voici l’état de la maison, tel qu’ils l’ont trouvé.
| Sœurs : 25 religieuses de chœur, 3 novices, 13 sœurs données et une postulante.
Religieux : 3 Pères, 3 frères donnés, un novice.
Domestiques : 17.
Ferme : 9 chevaux, 2 bœufs, une suffisante provision de blé, vin et fromage, et environ cent écus en bourse.
D. Antoine Callas, Visiteur, ne quitta pas Mélan aussitôt après la visite. On le trouve encore au monastère au mois de septembre. Et voici dans quelle occasion.
Mélan possédait alors deux cloches. La seconde, cassée, fut refondue par Léonard de Lagrange-Combe au val de Morteaux, en Franche-Comté. Mélan lui servit toutes les fournitures et lui donna pour main-d'œuvre 140 livres !.
Cette cloche fut baptisée en septembre 1767 par D. Amédée Collonges, vicaire, le parrain fut D. Antoine Callas et la marraine vénérable Mère Marie-Thérèse de Menthon.
Volée à Mélan pendant la Révolution française, elle arriva, on ne sait trop comment, à la Muraz, paroisse du diocèse d'Annecy. On peut encore l’admirer aujourd’hui au clocher de ce village. Elle donne l’uf et a un son très pur. En voici la description :
Grandeur : Diamètre : 0m78 1/2; hauteur (vide) 0"66; circonférence (extérieur) 2746.
Dessins en relief : Sainte Vierge couronnée, avec enfant Jésus dans les bras ; côté opposé, le Crucifix ; à gauche du crucifix, effigie inconnue.
Au dessous du Crucifix :
LOVIS LEONARD DE MORTEAUX M. F. (me fecit ?)