I. L’INVASION
N décret du 13 février 1790 avait supprimé les monas-
tères de France. On pouvait craindre l’application de ce décret à la Savoie si les armées françaises en envahissaient le territoire. La Cour de Turin s’en émut.Cette mème année, le juge mage de Bonneville communiquait à la vénérable prieure de Mélan un arrêté lui interdisant de « recevoir à l'avenir sans une permission spéciale aucune religieuse étrangère ou mème sujette qui aurait fait profession dans un autre couvent situé hors du pays, ni aucune postulante qui ne serait pas sujette du roi!. »
Cette mesure de prudence devait être inutile. Dans la nuit du 21 au 22 septembre 1792, les Français, sans déclaration de guerre, entrèrent en Savoie sous la conduite de Montesquiou. L'Assemblée nationale des Allobroges, réunie dès le
1 Journal de Méclan, pp. 211-213.
mois d'octobre dans la cathédrale de Chambéry ne tarda pas à prendre des mesures de rigueur contre le Clergé et les Ordres monastiques. Le 26 octobre pour prévenir la dilapidation des biens qui devaient être déclarés patrimoine de la nation, elle décrète « qu’il sera nommé des commissaires pour se transporter dans les communautés religieuses où se trouvent des fabriques, usines, artifices, hois et forêts, prendre note dans leurs registres de leurs avoirs, devoirs, recettes, titres, papiers quelconques relatifs aux dits objects, vérifier leur état actuel, recevoir les plaintes et dénonciations des citoyens sur les baux et autres conventions qui peuvent avoir été faits au préjudice et en fraude de la nation et enfin que le rapport de ces commissaires sera fait à la commission provisoire d'administration qui prendra les déterminations qu'elle jugera convenables !. »
Le mème jour, l’Assemblée déclara par un décret, « que tous les biens du clergé tant séculier que régulier, passaient en propriété à la nation. »
La Commission nommée pour les inventaires, arrête « que tout individu ou agent des maisons religieuses, corporations et établissements quelconques seront sommés de prèter serment sur la sincérité de leurs déclarations, leur notifiant que leur refus, s’ils y insistent, fournit de violents soupçons d’infidélité de leur dites déclarations. et si elles viennent à être prouvées infidèles, ils encourront outre la peine de la privation de leur traitement, celle imposée par la loi aux faussaires *. v
Le 31 ectobre, cette Commission déléguait les citoyens Thévenet” et Décret“ pour procéder à l’inventaire des meubles et immeubles du monastère de Mélan*.
La Révolution ne perdait pas une heure. Aux premiers jours de novembre, les deux commissaires se présentaient à
1 Procès-verbaux de l’Assemblée nationale des Allobroges publiés par Dessaix, p. 244.
? Procès-verbaux par Dessaix, p. 331.
3 Originaire de Maglanil et notaire à Bonneville.
4 Décret était citoyen de Bonneville et membre de la Commission provisoire des Allobroses, (Abbé Lavorel, Cluses et le F'aur.,t. 11, p. 144.)
$ Cardinal Billiet, Mémoires, p. 29 et suiv.
Mélan, et le 15 du même mois leur travail était achevé. Le procès-verbal de l'inventaire! dressé par eux comprend deux parties, la première nous donne les noms de 340 débiteurs devant ensemble 104.550 livres. Ils se répartissent en 28 communes. Taninge à lui seul en fournit 66 pour 30.000 livres de dettes, et Mieussy 29, pour 13.286 livres. Viennent ensuite : les Gets, Samoëns, Morzine, Onnion. etc.
La seconde partie de l’inventaire passe en revue les objets meubles qui se trouvent dans chaque partie du couvent, de la cave au grenier, dans les fermes et les divers artifices voisins du monastère et lui appartenant. On trouva dans la sacristie : un calice et sa patène ; 3 croix processionnelles ; 2 lampes d'église ; 22 nappes d’autel et 6 de communion; 42 coussins pour pupitre ; 18 chandeliers ; 17 amicts ; 19 aubes ; 16 ornements complets de diverses couleurs; 4 douzaines de purificatoires ; 100 lJavabos et divers autres petits objets ; 18 essuie-mains. Les heures de travail des filles de saint Bruno.sont en grande partie consacrées au service des autels, aussi n'est-il pas étonnant que l'inventaire nous montre leur sacristie relativement beaucoup mieux entretenue que le reste du monastère.
En effet pour quarante religieuses, la lingerie n'offre que les articles suivants : 10 douzaines de serviettes, 21 nappes de réfectoire, 15 autres nappes communes, 13 draps grossiers tant bons que mauvais, 39 essuie-mains, 35 frottoirs, et c'est tout. Nous avons, en outre, pu constater dans cet inventaire l’absence absolue de tout luxe. Les mots : de peu de valeur, mauvais, usé, etc... reviennent quarante-quatre fois sous la plume des commissaires et assez souvent se rapportent à toute une partie de l'inventaire, comme à celle qui concerne la menuiserie, qui se termine par ces mots: « Le tout très mauvais. » |
Le mécontentement des commissaires dut égaler leur surprise. Ces monastères qui leur semblaient des coffres-forts ou s’engouffrait l'argent du peuple n'étaient donc réellement que d’austères et pauvres retraites où des âmes inoffensives
1 Archives de Mélan.
passaient leur vie dans la prière et les plus dures privations.
Les commissaires avaient reçu 6 liv. par jour pour le voyage et 2 liv. seulement par journée pour ce travail, parce qu'ils avaient été nourris et logés au monastère !. L’inventaire achevé, les délégués nommèrent deux régisseurs, chargés d'administrer les biens de la chartreuse, puis se retirèrent laissant les moniales dans une anxiété facile à comprendre.
Le flot révolutionnaire, d’ailleurs, montait toujours. Les religieux de la Grande Chartreuse qui, malgré les orages du dehors, avaient continué de suivre les prescriptions de leur sainte Règle jusqu’au 16 août 1792 reçurent par un décret de ce mème jour l’ordre de se séparer. Le P. Général, Dom Nicolas Albergati Geoffroy, quittait son monastère le 17 octobre suivant pour se réfugier en Italie. Ces nouvelles jetèrent l'alarme dans tous les monastères cartusiens des pays limitrophes. Les événements devaient bientôt justifier dans notre pays ces appréhensions.
Le 10 avril, le Conseil général du département du Mont- Blanc ordonna que tous les prètres qui n'avaient pas encore prêté le serment civique fussent aussitôt mis en état d’arrestation par leur municipalité. A Taninge, Révérend Jean Vuilliet, curé, et Revillod, vicaire avaient quitté, officiellement du moins, leur paroisse vers la fin de février 1793. Le dernier acte, signé Revillod vicaire, est daté du 13 février“. Révérend Briffod, recteur de Sainte-Anne (Taninge), continua d'y exercer quelque temps encore le saint ministère. Puis on imposa à cette paroisse Jean Dénariaz, curé constitutionnel de Rivière- Enverse. M. Curton maire de Taninge, catholique sincère, s’y opposa formellement et interdit à l’intrus l’exercice du culte sur son territoire. Comme les PP. Chartreux de Mélan n’avaient pas encore été inquiétés, le maire et les fidèles de Taninge purent assister pendant quelques temps aux offices religieux qui se célébraient au monastère. Mais bientôt les Pères durent eux aussi prendre la route de l'exil. Nous ne connaissons pas la date précise de leur départ, mais ils sont
1 Card. Billiet, Mémoires, p. 147.
2 Registres du presbytère.
portés sur la liste des émigrés dressée le 13 septembre 1793 !.
Cependant les moniales ne furent pas privées de tout secours religieux. Un abbé Coppel de Combafol, paroisse des Gets, qui pour détourner l’attention de la police, s'était mis à fabriquer et à vendre des paniers, se rendait souvent à Taninge. Arrivé au hameau de Fry, il prenait avec lui le jeune Burtin Joseph, devenu plus tard curé de Rivière-Enverse ; puis accompagné de son servant de messe, passait par Rons où se donnaient rendez-vous les personnes qui avaient besoin de son ministère. Les deux voyageurs arrivaient ensuite, avant l’aurore à Mélan. Au signal donné, la porte s’ouvrait. Le prètre et son servant se rendaient à la chapelle. M. l’abhé Coppel y entendait les confessions des religieuses, célébrait le saint sacrifice et se retirait ensuite emportant quelques paniers à vendre*.
Mais les moniales ne pouvaient plus espérer en la pitié des tyrans : on commençait à concentrer dans les magasins de la nation les effets des couvents. Le 6 mai, la municipalité de Cluses réclame à Bonneville les linges provenant de Mélan, alléguant que Cluses en avait plus grand besoin que Bonneville, car il devait loger plus de soldats *. Cet état de chose ne pouvait durer. La Savoie comprenait par expérience quelle liberté lui apportait la Révolution. Celle-ci avait dit : « Vous aurez votre religion catholique, vos prêtres, tout ce que vous désirez. » C'était exactement le contraire qui avait lieu. On était privé de tout, même de pain, car la misère grandissait chaque jour dans nos pauvres campagnes. L’indignation rendit la Savoie aussi héroïque, mais en même temps aussi malheureuse que la Vendée. Megève avait donné l’alarme dans le Haut-Faucigny en refusant tout volontaire aux armées de la Convention et en poursuivant jusqu’à Cluses les commissaires de recrutement. Bien-
1 Relevé général des émigrés du département du Mont-Blanc, (abbé Lavorel, Cluses, t. II, p. 299.)
2 Déposition du R. P. Vidonne supérieur du collège actuel, qui tient tous ces détails de M. Burtin lui-même.
3 Abbé Lavorel, op. cit., t. II, p. 30.
4 Abbé Grosset : Histoire de Megève pendant la Révolution. — Abbé Lavorel, op. cit.
tôt après, la vallée de Thônes se soulevait avec un véritable enthousiasme contre les envahisseurs.
La vallée du Giffre allait suivre cet exemple. Le 10 février elle avait choisi les électeurs qui devaient se rendre à l'assemblée nationale de Chambéry pour y nommer les députés de la Savoie à la Convention nationale. Son choix indiquait un esprit nettement hostile à la tyrannie révolutionnaire.
M. Blanc, archiprêtre de Samoëns écrivait le 14 février 1793 à M. le chanoine Besson : « Les neuf électeurs de ce canton sont gens de bonne trempe, tous dignes de la confiance des quatre communes ; parmi eux se trouve le chanoine Milleret qui aura le courage de monter à la tribune, vous en ferez un héros. J'ai été obligé de travailler pour ne pas ètre nommé parce que je suis plus utile ici, que je ne l'aurais pu être à Chambéry !. »
Le 17 août, l’armée sarde avait infligé une défaite aux Français au pont de Saint-Martin près Sallanches. Les vaincus, dans leur fuite, traversèrent Cluses et se retirèrent jusqu'au pont de Sierne, près Genève. Le comte de Veyrier qui commandait un détachement sarde passa alors dans la vallée du Giffre pour organiser la résistance en cas de retour offensif. Taninge, Samoëns, les Gets, Morzine, Onnion, Mieussy, l'acclamèrent comme un libérateur. On choisit Mélan pour centre d'opération. Il n'était évidemment plus question de clôture en pareille occurrence. On tint dans ce monastère plusieurs séances, où la défense fut organisée avec une habileté digne d’un meilleur succès. Curton, maire de Taninge, appela aux armes ses administrés, qui répondirent avec empressement. Le châtelain de Samoëns, Duc, âgé de 32 ans, leva dans sa commune un véritable escadron de cavalerie. Anthonioz, châtelain des Gets, ne déploya pas moins d’activité : il envoya en Valais un certain nombre de ses jeunes compatriotes quien rapportèrent «de la poudre et du plomb®. »
Les craintes des généraux sardes se réalisèrent. Une co-
! Extrait du procès-verbal de l’administration provisoire du départementdu Mont-Blanc séante à Chambéry, le 6 mars 1793. (Archiv. Mélan.)
2 Déposition faite à M l’abbé Constantin par M. Martin notaire et
acte de l'arrêt de mort prononcé à Paris contre les citoyens Duc, Curton, Pralon et Bozonnet. (Arch. Mélan.)
lonne de 300 Français, sous les ordres du commandant Ligour, marCha bientôt sur Saint-Jeoire, exerçant des déprédations dans l'endroit et jusqu’à Mieussy qu’elle voulait piller et incendier. Le comte de Veyrier alla s’établir dans cette dernière commune avec 200 soldats. Il tailla continuellement de la besogne aux Français, ne les laissant ni manger, ni dormir, leur tuant tous les jours des hommes! Surpris d’une résistance si opiniâtre, les ennemis battirent en retraite le 30 août, et allèrent rejoindre le gros de l’armée française. Celle-ci, apprenant l'insuffisance des troupes sardes dans la vallée d’Arve et appelée par les jacobins du pays, revint à Bonneville. On apprit bientôt que Kellermann abandonnait le siège de Lyon pour venir prêter main-forte aux troupes de la Révolution en Savoie. Le général Verdelin fut chargé de reprendre les opérations en Faucigny. Il divisa son corps en deux colonnes. Le 14 septembre pendant que la seconde colonne allait livrer, au pont de Marignier, une bataille désastreuse pour nous, la première sous les ordres des généraux Sarret et Rondeau, arrivait au col de Châtillon, en vue de Taninge. Le comte de Veyrier et le marquis de Sales qui l'avait rejoint disposèrent leurs troupes dans l’enclos du couvent de Mélan*. Il faut croire à une surprise des commandants sardes, car le choix d’une telle position était déjà une défaite.
L'attaque commença du côté des Français par une décharge d'artillerie à feu plongeant qui jeta l’épouvante dans les rangs de nos soldats improvisés. Mme Duchesne, prieure de Mélan, se mit à sa fenêtre et faillit payer cher sa curiosité, car un boulet passant dans l’embrasure, au-dessus de sa tète, alla percer le mur opposé de sa chambre. D’autres boulets causèrent de graves dégats dans les bâtiments. Il y en eut un qui se fixa dans le mur sud du réfectoire, où on le voyait encore trente ans plus tard. Il est aujourd’hui au musée du collège. Le feu se déclara même dans certaines parties des édi-
1 AbbéLavorel, Hist. Cluses, t. II.
? Voir notre Aperçu historique sur la Révolution de 1792 dans la valdée du Giffre, pp. 111-120.
fices, mais les religieuses parvinrent à éteindre ces incendies partiels !.
La résistance devenait impossible, nos soldats s’enfuirent, les uns dans la direction des Gets, les autres vers Samoëns, Sixt et le col d’Anterne. Les Français descendirent alors à Taninge. On s’empara des chefs de la résistance : Duc, de Samoëns, Curton, maire de Taninge, Claude-François Pralon notaire et Jean-Baptiste Bozonnet, capitaine de la garde nationale de la même commune. Ces citoyens réfractaires furent conduits à Cluses*, où le tribunal du département du Mont-Blanc les condamna à la peine de mort le 6 janvier 1794. Le 3 mars ils étaient transférés à la prison de la conciergerie à Paris. Le 28 avril de la même année, le tribunal révolutionnaire de Paris, ratifiait leur condamnation et le 26 mai suivant la tête de ces quatre braves faucignerans tombait sous le couteau de la guillotine.
Cependant, le corps expéditionnaire du Giffre voulait un exemple plus immédiat, et on proposa de passer plusieurs habitants au fil de l’épée. Un officier français, qui avait habité Taninge et qui se disait allié à la noble famille savoyarde des de Maugny, dont il portait le nom, intercéda pour eux et déclara aux généraux que cette localité serait excellente lorsqu'elle aurait été défanatisée. Alors déjà, comme aujourd’hui, on appelait fanatisme la liberté de conscience. On se contenta donc de tenir attaché pendant plusieurs jours à l’affût d’un canon, un certain Jean-Baptiste Burtin, veuf Grange (sic) qui avait eu l’audace de promener dans Taninge un porc décoré de la cocarde tricolore. Ce fier citoyen répondit à toutes les questions qui lui furent faites par ces deux seuls mots : Dieu et le Roi! on l’attacha ensuite à la table de communion de la chapelle Sainte-Anne (Taninge), puis on le garda quelques jours en ôtage à Mélan, enfin, on le conduisit à Cluses où il fut condamné à être fusillé:
1 Lettre de Vénérable Mère Fébronie Messy, religieuse chartreuse de Beauregard, qui tenait ces détails des dernières survivantes de Mélan. (Arch. Mélan.)
2 Curton compte parmi les détenus à Cluses le 1” septembre 1793. (Abbé Lavorel, t. IT, p. 69.)
Comme il marchait à la mort, il rencontra sur le pont de Cluses Santerre qui lui fit grâce à la prière de quelques amis. Burtin revint à Taninge où il mourut paisiblement le 41 novembre 1830!.
Avant de se rendre à Mieussy, l’armée française avait laissé à Taninge une garnison chargée d’y maintenir le respect des nouvelles institutions et de présider à la réorganisation de la commune. Les élections du Conseil général de Taninge eurent lieu dans le sens de la pression jacobine. Aussi les élus, par zèle ou intimidation, se mirent-ils à l’œuvre révolutionnaire sans retard. Le 14 octobre, ils nommaient une délégation de trois membres de cette commune : Pierre Burtin, officier municipal, Claude-François Jacquier et Claude Coppel, notables, pour procéder à la vérification de l'inventaire des biens de Mélan, dressé l’année précédente. « Ces délégués devront se faire assister des deux régisseurs du-dit monastère et du citoyen Rouge qui remplira la place de secrétaire. » « Les vendanges, que les régisseurs du monastère étaient obligés de faire faire en ce moment, ajoute le procèsverbal, retardèrent de dix jours l’exécution de cet arrêté *. »
Le 28 octobre, les délégués se rendirent donc au couvent, où ils sommèrent « la citoyenne Ducheine cy-devant prieure de la dite maison, de même que toutes les autres cy-devant religieuses, de leur exhiber tous les titres, papiers, meubles et effets appartenants à la présente maison. » Celles-ci obéirent ; l’état du monastère fut trouvé conforme à celui déclaré par le premier inventaire, à l’exception de certains articles dont l’absence est si gnalée par les délégués en ces termes : « Nous commissaires avons sommés les citoyennes cy-devant prieure et procureuses du cy-devant couvent de Mélan de nous dire si elles n’avaient plus rien entre les mains et si il n'existait plus rien dans l’intérieur dépendant de la dite maison que ce qui est décrit cy-devant, attendu que cela ne fait pas le complément de ce qui est porté dans l’inventaire dont sagit, elles
1 Registres parois. de Taninge.
2 Archives de Mélan.
nous ont répondus que non, en nous observant que quant à l’argenterie qui était dans la sacristie avec quelques chassubles et habillements, cela avait été envoyé pendant que le pays était occupé par les ennemis au ci-devant religieux de cette maison qui étaient dans le Vallais, et c’est ensuite de leurs réquisitions auxquelles elles ont adhérées pensant que dans ce temps ils en eussent le droit, et quant à divers autres articles, tels que les linges, étaims et autres articles, elles nous ont aussi observés que dans Îa crainte d’ètre incendié, ou pillié, elles les avaient envoyés du côté de Samoën dans un tonneau, et que ce tonneau qui renfermait quantité d’effets à elles appartenants avait été pris au dit Samoën par des volontaires de la République qui l’ont conduits ou fait conduire à Bonneville, en foi de quoi nous avons dressé le présent à Mélan ce vingt-quatre octobre mil sept cent quatrevingt et treise, l'an second de la République une et indivisible !. »
Au milieu de cette triste besogne des commissaires, un différend avait surgi. Les délégués prétendaient n'avoir à procéder qu’à l'inventaire et voulaient ensuite se décharger de toute responsabilité. Les régisseurs de leur côté déclaraient ne vouloir se charger que des rentes. Ils en écrivirent au chef-lieu du district, et le ? novembre reçurent la réponse suivante : « Les régisseurs de Mélan devront se charger de tous les titres, rentes, créances, meubles et bestiaux qui sont nécessaires à l'exploitation de la ferme et régie des biens. Pour les autres meubles et effets, la municipalité doit s'en charger.
« Cluses, ce 12°me du 2€ moi de l’an 2 de la Rép. une et indivisible.
« Signé : DUFRESKE, sindic*.»
Le 6 novembre, la vérification de l'inventaire était achevée, et les clefs du couvent étaient remises aux régisseurs.
1 Procès-verbal de la vérification de l'inventaire de la cy-devant Chartreuse de Mélan (15 nov. 1793. — Arch. Mélan.)
2 Arch. de Mélan.