Voici los poids exacts du matériel
Êloffe du ballon 1G60 kilog.
Filel 1230
Gordea d'équateur 400
Soupape 110
Nacelle et cercle 300
Guide-ropes DOO
Ancre et cordea d'ancre 150
ToT«i 435C kilog.
NenC voyageurs et liagagoR 7(X)
Total Ô0û6 kilog.
La force ascensionnelle i-lant de C 500 kilograniniea environ, il reslail i\ enlever ISOO kilogrammes de lest.
HISTOIRE DE MES ASCENSIONS Champ-de-Mars, mais le public était concentré surtout sur le Trocadéro, où l'on pouvait aller gratuitement, et l'intérieur des enceintes payantes ne reçut pas plus de dis raille personnes. Notre entreprise était un échec financier. Par suite d'un inconcevable oubli des soixante cordes destinées à attacher le filet i\ la narelle, le départ qui devait avoir lieu à cinq heures, ne s'exécuta qu'à sept heures du soir, au moment où la foule commençait à faire entendre des murmures peu rassurants.
L'équilibrage du ballon ne se lit que dans de mauvaises conditions; les cent-vingt artilleurs qui retenaient les cordes d'équateur, ne pouvaient obéir aux commandements quegènait singulièrement la présence d'une foule encombrante. L'ascension s'exécuta avec une vitesse vertigineuse qui compromit le succès de notre voyage.
Le Pôle-No7'd bondit dans l'espace comme «ne fusée ; en moins de trois minutes il atteignit l'altitude de l}850 mètres et le spectacle de son départ fut magnifique. Lil, il fut saisi par un courantaérien, en sens inverse du courant inférieur, et il revint un moment sur la route, pour reprendre un peuplus bas lecourant nord -est inférieur.
Pendant que Sonrel exécute ses expériences avec Tardieu, que Fonviflle règle le jeu de lest, je m'occupe de l'arriraage de la nacelle, travail pénible, car il y a un poids de.")On kilogrammes de cordages à descendre, avec deux ancres de Wl kilogrammes. Mangin et Menu m'aident avec la plus louable activité, et mon frère s'occupe, pendant re temps, à dessiner. Jamais i terre crayon n'avait marché si vite !
Nous nous dirigeons sur Versailles et nous ne tardons pas à passer entre les deux étangs de Trappes. Le soleil est déjà dans le voisinage de l'horizon et les deux pièces d'eau sont éclairées par des rayons obliques. Elles apparaissent comme deux louis d'or brunis, de l'effet le plus poétique, le plus merveilleux. Bientôt le soleil lui-même ne tarde pas à se plonger dans la lirume. Il prend à ce moment une magnifique teinte cramoisie, et son diami'-tre horizontal s'allonge dansune proportion étonnante; on dirait un fanal électrique noyé dans le sein d'une nappe d'eau
En effet, de toutes parts des vapeurs transparentes ont smgi dans la campagne, elles cachent le eol d'une façon prcsi.{ue complète; de tous les objets terrestres on n'aperçoit que les étangs enflammés qui percent ce brouillard comme deux astres jumeaux sombres au fond d'un océan sans rivages. Ces vapeurs n'ont rien qui rappelle les nuages : plus de marne' Ions, plus de rides, plus d'ombres, tout est uniforme, comme la teinte des
vagues limpides et profondes; lu nuatictiH''iS''i-tre aquulque chose qui fait songer au lac de Genève par un temps de pluie: c'est une mer inlinie.
Après avoir assisté à l'entrée du soleil dans les brumes voisines de l'horizon, petit coucher préliminairf, nuus assistons au vrai coucher astronomique. Daus son extinctiou graduelle, l'astre conserve le diamètre horizontal beaucoup plus grand que le diamètre vertical : la mémo illusion d'optique continue jusqu'au dernier rayon de lumière.
Nous sommes tous immobiles et silencieu.\ devant ce panorama grandiose et saisissant ; mollement bercés dans l'atiiiûsplièrL', loin de la terre.
Gâ lilSTOlRË DE MES ASCENSIONS
nous voyons le disque solaire, rouge Comme une plaque de fonte ardente,
disparaître peu à peu dans la bruine lointaine.
Après avoir admiré ce spectacle, nous faisons le recensement des sacs de lest. 11 n'en reste qu'un assez petit nombre pour un si gros ballon. La nuit est sur le point de nous envelopper de ses ténèbres ; continuer notre route serait une imprudence, qui pourrait jusqu'à un certain point compromettre le succès de notre navigation aérienne. Je prends donc à regret la résolution de descendre, et j'examine avec une attention soutenue le paysage. Sans interrompre le jeu de lest, je laisse descendre le ballon plus rapidement que jusqu'alors, pas assez cependant pour que la banderolle se redresse.
Je ne tarde pas à voir une plaine d'un aspect riant, et je fais ouvrir la soupape, mais le ballon persiste à rester en l'air plus longtemps, sans contredit, que n'aurait plané un aérostat de force ordinaire. Des bois mcnai;ants s'avancent, quelques sacs de lest jetés à propos rétablissent l'équilibre. Aussitôt que nous avons franchi ce rideau, une nouvelle plaine se présente; elle est couverte de moissons, mais il faut à tout prix descendre. Maintenant quclopératiou est commencée, il faut qu'elle s'exécute avant l'invasion des ténèbres définitives, car les guide-ropes ont déjà mordu. On les sent qui tirent, et le ballon commence à s'incliner, comme s'il voulait doimer un coup d'épaule.
Aussitôt que les guide-ropes sont sortis d'un bois où ils semblent vouloir s'accrocher, on les entend qui frôlent les lierbes ; ils rendent alors un son musical; on ne saurait mieux le comparer qu'au froufi'ou d'une robe de soie. Nous sommes en train d'admirer celte mélodie fantastique, lorsque nous sentons un choc, mais bien plus lOger que celui que nous nous attendions à recevoir. Rarement la première caresse de la terre a été aussi douce. Ce choc est uatureliement suivi d'un ressaut un pou plus vif. Nous nous cramponnons à la corde de soupape que nous ouvrons béante, et le ballon retombe en avant, La nacelle s'incline, et nous commençons le traînage par un vent qui, sans être fort, ne manque pas d'une certaine vigueur. Les paysans qui nous ont vus passer nous ont raconté
que nous courions avec la vitesse d'un cheval il la course, et que de temps en temps nous faisions des bonds d'une trentaine de mètres. Des bonds â*uue trentaine as mètres, sontpeu de chose quïnd ou setrouv^ dans une bonne nacelle d'osier flexible renforcée p3r de solides traverses. Les chocs ne sont pas violents, mais le panier rase le sol et se penche sur la côté ; nous sommes six sur un angle de la nacelle qui est inclinée sens dessus dessous, et nous recevons dans la tète les jambes pendantes de Tardieu et de Tournier, qui se cramponnent aux cordages au-dessus de nous et qui se livrent aux cabrioles les plus involontaires. Il est vraiment à craindre qu'un des passagers ne soit lancé en dehors de notre véhicule, mais nous tenons ferme, et personne ne manifeste la moindre frayeur.
Le traînage, du reste, est très doux, parce que nous pouvons nous mouvoir à notre aise et nous cramponner aux différentes parties du bordage.
Bientôt le ballon commence à s'arrêter. Deux ou trois paysans, plus robustes, plus hardis que les autres, se précipitent sur nos guide-ropes, auxquels ils se cramponnent avec toute la force que peut donner l'humanité à de solides biceps campagnards. Nous leurs passons la corde de soupape qu'ils saisissent à travers les cordages, nos bras épuisés commençaieut à ne tirer que pour la forme : la sortie du gaz, trouvant une ouverture plus grande, s'accélère. Une fois notre présence devenue inutile, nous songeons à nous tirer de la nacelle, et nous nous laissons couler les uns après les autres du côté des guide-ropes.
Nous étions à Auneau, petito ville de la Tîeauce (^Eure-et-Loir).
Ainsi se termina cette ascension du Pàle-Xurd, qui ne devait être que la première partie de nombreux voyages aériens. Mais, comme nous l'avons dît, les frais de l'ascension ne furent pas couverts par le public payant, et il me fallut faire rentrer le Pôlc-Xord dans son hangar.
11 ne me resta de cette entreprise que l'amitié de Gustave Lambert, noble soldat de la science et ardent patriote, qu'une balle ennemie levait frapper au cœur pendant la guerre franco-prussienne. Notre com-
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pagnon Sonrel, lui aussi, devait être une des victimes du siège de Paris,
et il précéda de quelques seiuaines Gustave Lainijert dans la tombe!
Les résultats suientiflyues du voyage du Pôle-Nord ne furent pas nombreux. Cependant Auiédée Tardieu rapporta des faits sur le mouvement du pouls à dilférentes hauteurs, et Albert Tissandier exécuta plusieurs paysages fort intéressants sur les curieux aspects du ciel au moment du
coucher du soleil. Ajoutons que l'ascension en elle-même offre de l'intérêt au point de vue aéronautique, puisque nous avons conduit dans les airs à l'état libre, le plus urand ballon qui ait jamais été construit avant l'aérostat captif de 18(8.
Un peu plus d'un mois après l'ascension de l'aérostat ie/'o/tf-A'ort/, Eugène Godard voulut bien m'olFrir une place dans son ballon, la Ville-de- Florenve ', qui devait exécuter à Dijon, une ascension publique le 1" août
Tut acciduiitullciacnl raùroiiiiutu Trautais
\ la suite (l'une aBcension t Florence le ballon da Godard ;. La ville de Florence ouvrit une souscription et offrit à
suivant. Très désireux' d'apprécier l'hiibileté du célèbre iiéronaule, je a eus garde de refuser, et je pris soin de ne pas manquer le rendez-vous. Je quittai Paris dès le matin pour arriver par train express à l'heure du départ aérien.
Pas '
Le T'aoùt 1800, à houres M minutes, le ballon estgonllésurlaplacede Dijon. Nous sommes quatre à prendre place dans la nacelle, Eugène Godard, deux voyageurs : MM. Jules Bordel et Dunioutier, et moi. A 6 heures minutes nous planons déjà à la hauteur de 1000 mètres environ. La iempératurc qui, à terre, était de 2(j° '), se trouvait de 90". L'atmosphère
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était peu humide.comine l'indiquait le thermomètre à boule mouillée que
j'avais iostalté dans la nacelle.
A 7 heures 10 minutes, nous marchons vers le sud, et nous traversons à une faible hauteur, le chemin de fer. Un train passe sous notre nacelle; nous le saluons de notre drapeau : il nous répond par un coup de sifUet» salut de la locomotis'e. Nous continuons à descendre pour papilloiineu^' au-dessus du sol, comme le dit Godard. Par un jeu de lest très habile^j notre pilote nous fait, en effet, glisser à la cime des arbres et raser les champs à 10 ou 15 mètres de haut. Le temps est calme et nous pouvons causer tout à l'aise avec les habitants de la localité : un peu plus et nous : leur serrions la main.
Un sac de lest est vidé et nous lance de nouveau on l'air à une altitude de 300 mètres. Nous traversons lu rivière de l'Ouche; en nous penchant sur le bord de la nacelle, nous voyous l'image du ballon qui se rellète grâce dans ce miroir liquide.
Nous poussons un cri, et l'eau nous renvoie notre son. Gel écho est. général quand on passe en ballon au-dessus d'une masse d'eau ; souvent même il est répété plusieurs fois par les objets terrestres. -11 produit, toujours un bel et imposant elFet ci troublant le silence des hiiuteï régions.
A 7 heures 15 minutes nous planons k 1 âOO mètres d'altitude. La teni pérature s'est abaissée, mais le thermomètre marque encore IH'. On distingue les coteaux verdoyante qui se déroulent sous la nacelle, mais l'horizon commence à se voiler d'une brume épaisse. Nous marchons a»»"] sez rapidement vers des bois encore lointains, où le ciel est noir et épais^' ou la pluie tombe à n'en pas douter. Bientôt des éclairs eu branche s'élë-j vent au-dessus de la nappe des nuages sombres; on les voit former di raniilications de lumière, au-dessus de la ligne des nuées, qui se sépi nettement à l'horizon de la voûte céleste supérieure : des roulements d< tonnerre retentissent, voix terribles qui nous annoncent qu'il est temps de revenir à terre. Choae singulière, l'orage, comme on l'a souvent constaté, attire, aspire les ballons ; il se fait une diminution de pression dans .
la localité OÙ gronde le tonnerre, il se détermine un vide qui aspire la bouée aérienne.
A terre, le [vent augmente, comme nous le montre un morceau de papier qui voltige au loin après avoir été lancé delà nacelle. Il nous précède; par conséquent, il marche plus vite que nous.
L'orage est imminent. Kugène'îndard n'Iiésife pas à opérerla descente,
nous le regrettons tous, car il nou.'i rL'ste à burd du iiuniln'Ciix sacs de lest qui pourraient nous maintenir de longues liciires dans Ifs airs.
Le ballon se pose à terre, dans les bras do qnelq;;es paysans qui, nous arrêtent. Godard leur donne des cordes qu'ils tirent en maintenant l'aérostat à cinq ou six mètres au-dessus des cliamps, et il nous lait conduire dans un emplacement où il n'y a pas de dégâts à faire.
Une centaine de bras vigoureux nous Ibnt traverser une route et sem-
(» ■ lîISTontE DE MES ASCENSIONS
blent hésiter ànous poser dans un champ voisin. Nous sommes dans lesl plaines de Rouvres, à 12 kilomètres de Dijon. Un village est à droite, un autre à gauche ; chaque groupe se dispute l'honneur de nous posséder, et I tandis que les uns tirent le ballon à hu, les autres le tirent à dia. Eugèus j Godard rompt la discussion en restant en place.
Le ballon est en excellent état, la nacelle est remplie de lest ; je supplia 1 mon pilote de garder le ballon gonflé pourrepartir au clair de lune ; mais j le temps ne nous permet pas de mettre à exécution co beau projet.
Le vent commence à souffler, le ciel est noir et les éclairs sillonnent la ] nue. Une bourrasque est imminente.
J'aide Eugène Godard à dégonfler sonaérostat, et à peine nette besogna 1 est-elle terminée, que les rafales s'élèvent et soufflent avec impétuosité, nous montrant qu'il a été sage de quitter les régions inclémentes de l'at- | mosphère.
Cette ascension de Dijon m'a particulièrement intéressé parce que, pour la première lois, j'ai pu observer des éclairs dans la nacelle d'un 1 aérostat. Nous étions, il est vrai, loin du lieu de production des décharges , électriques, et peut-être n'y a-t-il pas à le regretter ; si un ballon gonflé | degaz combustible était foudroyé au sein de l'atmosphère, les voyageurs qui le montent se trouveraient aussitôt condamnés, sans nul espoir de salut, ïi la mort par le fouet par la chute.
Après cet intéressant voyage, plus d'un an allait s'écouler avant que je ' fisse une nouvelle ascension.
J'étais loin de soupçonner alors dans quelles conditions j'allais J entreprendre celle dont je vais donner le récit.