CHAPITRE QUATORZIÈME
de langue dur^edu ballon te Zénith, de Paris à Arcachon (Girondo), Ips Sn-3^ mars lfl75.
Si la sr.ience commence ù entrevoir les lois qui président aux mouvements de l'Océan, c'est que des navigateurs ont sillonné la surface de ses eaux, dans leur étendue tout entière; c'est que des observateurs ont jeté la soude dans leurs abîmes, ont mesuré leur température à différentes profondeurs.
Si nous voulons connaître l'atmosphère qui enveloppe notre globe, qui règle le cours des saisons, qui entretient la vie, il faut procéder de la même façon ; il faut la parcourir sur de vastes étendues, la sonder de bas en haut, depuis la surface de la terre jusqu'à ses plus hautes régions. De là, nécessité de deux modes d'exploration par les aérostats : ascensions de longue durée, ascensions à grande hauteur. C'est ce qui a été compris et proposé dans le courant de l'année \^'i\ pur un groupe de savants éminents.
Depuis le siège de Paris, les aérostats, autrefois délaissés, ont particulièrement attiré les regards. Une société savante, la Société française àe navigation aérienne, a été fondée. Présidée en 1874 par nu des plus illustres membres de l'Institut, M. Janssen', qui, par ses grands travaux accomplis dans tous les pays du inonde, et sa mAle énergie,
1. Noua rappellerons que M. Janssen a eii'L'nl-'' pendant 1.; sit':;ie de Paris unpmaunide soleil en Algérie.
iM HISTOIRE DE MES ASHENSIONS
s'est assuré déjà la reconnaissance de la postérité; présidée en IRir» par un autre membre éminent de l'Académie des sciences, M. Hervé Mangon, dont le rare dévouement à la science est connu de tous, dont le rôle si actif dans l'organisation de la poste aérienne, pendant la Ruerre, ne sera pas oublié, la Société de iiarigalion aérienne a vite attiré dans son sein la plupart de ceux qui se préoccupent de l'aéronautique et de l'étude \\e raliuosphèri'.
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En lH7i, c'est sous ses auspices, que Grocé-Spineilî et Sivel ont exécuté un magnifique voyage en hauteur, dont les savants ont apprécié les résultats. Nous rappellerons que grâce aux remarquables travaux pliysiologiques de Paul Bert, et à l'inhalation de l'oxygène, les intrépides voyageurs ont pu atteindre l'altitude de 7300 mètres, et rapporter de leur expédition le fruit d'observations nombreuses et fécondes.
V.n \%17>, la Sociéti' de n'irii/ti/ion firriennc a étudié un iiouveati pro-
lEG IIISTOIItE DE MER ASCENSIONS
ascensions accomplies jusqu'à ce jour; il a permis aux membres de l'expédition d'entreprendre, sans interruption, une série d'observations, et d'exécuter de nombreuses expériences.
Le départ s'est effectué le 33 mars, ii l'usine à gaz delà Ville tte,où la Coin-
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pagitie parisienne a fourni le gaz de l'éclairage nécessaire au gonflement. A six heures vingt minutes du soir, le ballon s'élève dans l'espace, emportant dans sa nacelle les aéronautes désignés par la Société de navigation aérienne : Sivel, Crocé-Spinelli, Albert Tissandier, Jobert et moi, 1 100 kilogrammes de lest formé de sable fin, des instruments et des appareils de physique et de cliiinie.
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HISTUIllE DE MliS ASCENSIONS
Nous montons dans l'atmospliére, traveraaat Paris, où des milliers de lumières sciatiUent comme les constellations d'un ciel étoile; nous passons lentement au-dessus du Jardin des Tuileries, au-dessus du d6mo des Invalides, et bientôt le spectacle de la grande métropole disparaît à rbori<:on. pour céder la place au tableau non moins majestueux de la
campaj^ne. Le soleil jutte ses derniers feux sur les brunies lointaines, amassées en grandes nappes de vapeurs, l'obscurité se fait, et nos lampes de Davy nous éclairent seules au milieu de la nuit. Après avoir mis en ordre la nacelle, rangé méthodiquement les sacs de lest, nous commençons à procéder à nos expériences.
Sivel, à qui nous avons dû, par son éner^île, par -jon amoUr de la
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science, pur sou îiitatigable persévérance, le succès de l'ascension, s'occupe de déterminer la direction de notre route, au moyen de la boussole, et d'une cordelette longue da 800 mùtres, qui, traînant à terre, se dirige ' toujours à l'arrière de la nacelle, Crocé-Spinelli commence ses observatious spectroscopiques, à l'aide de deux beaux appareils de modèle diffé rent, qu'il devait à M. Duboscq. Jobert lance par-dessus bord les imprimés, destinés à être recueillis à terre par les habitants, et à être renvoyés par eux à Paris, avec les indications de la pression barométrique, de la température, de l'état du ciel, sur tous les points au-dessus desquels a passé te Zénith. Albert Tiasandier dessine, d'après nature, les paysages aériens, il reproduit notamment le curieux spectacle de la déformation de la lune qui vient de paraître au-dessus des nuages dontla surfacesupérieure est unie comme celle d'un lac (page 153i. Quant à moi, je fais passer successivement 100 litres d'air, â l'aide d'un aspirateur à retournement, dans des tubes à pierre pouce imbibée de potasse, ou l'acide carbonique absorbé sera dégagé plus tard dan» le laboratoire, et dosé à l'état gazeux par une nouvelle méthode imaginée par M. llcrvé Mangon et que nous avons étudiée dans ce but spécial.
Il faut, en outre, noter constamment la pression barométrique, dont une lampe des mines, éclaire le cadran, inscrire la température qui, pendant la durée de la nuit, atteint le minimum de 4 degrés et demi au-dessous de zéro, prendre les degrés des deux thermomètres k boule sèche et à boule mouillée, du psychromêtre dont l'eau malheureusement ne va pas tarder à geler, mais que l'hygromètre à iioint de rosée, de Regnault, remplacera avec avantage ; il taut descendre de la nacelle un long lil de cuivre de 200 mètres, et y approcher fréquemment un électroscope à feuille d'or, poui' relever l'état électrique de l'air ; il faut enfin considérer ce spectacle infini du ciel resplendissant, où l'étoile filante trace parfois sa courbe lumineuse, de la terre, que les rayons argentés de la lune éclairent d'une pâle lueur, et qui, par une illusion de la vision, se creuse sous la nacelle en prenant l'apparence d'une immense lentille concave. Que de fois ne nous a-t-on pas dit, au retour de notre voyage, (juo la nuit devait être
UlSTOIKk DE MES ASCENSIONS 15ll
loogue et le froid morduntl Jamais, au contraire» le temps ne ts'est écoulé plus vite pour chacun de nous; jamais les heures n'ont été mieux remplies.
Le ballon, grâce à l'habileté de Sivel, se maintient sur une liyne horizontale, de 7iX) mètres à 1 100 mètres d'altitude, et déjà nous sommes persuadés que notre séjour dans l'atmosphère sera prolongé.
Au moyen d'un appareil imaginé par un des membres les plus actifs de la.Sociétéde navigalion aMenne, M. A. Penaud, et que Crocé-Spinelli
et Jobert font fonctionner, nous pouvons constamment déterminer, du haut des aira, la vitesse de notre marche. Cet instrument est rornié d'un limbe gradué au centre duquel se meut une alidade mobile autour d'un axe. Un observateur vise sous un angle de 30 degrés, un objet visible sur terre, dans le sens de la marche du ballon ; quand cet objet a passé sur la ligne de l'alidade, ii remonte celle-ci à 60 degrés, puis il attend que le même objet ait été exactement relevé une seconde fois. Un autre observateur a noté le temps écoulé entre les deux lectures; à l'aide des deux angles, et connaissant en outre l'altitude, une simple formule trigono-
tiiàllinuH fmmnl fin lUiiuirtf Im \i{enne de Vaéroidat. CHte ezpétKDc«. nHtimtiif It filiiHli'iiri) rKi,rinm, h Aounéilcn chiffre» Irè» précis, comme on M (iH !*■ vi'iUU'f ii((rï«t l'dxi.MItloii.
NMilit|iiiflnr"iiM l'iiil II Ilxiiiro (I<;h râHuItntH (généraux de notre ascennloilt rwiiilliitiijiiN iiKtiJolli'ltiKtit tiolri! voyage qui H'cxéuute toujours par un vnril N,-N,'l£., ilatin lu dlniotlon du lu llodioilo et d<! l'Océan.
A ilIlHlittlii'liniH tri'iiLn iTiliiiiliiH lin niutln, un spectacle grandiose va «t> iti'AHMPiJiii ft iiiin yniiH, Ijii liijiit ijiii n'a jiHH cewsé ilo briller dans l'azur
avait diminué d'opacité au moment du lever de la lune, ce qui avait déterminé une ascension de l'aérostat. Elle allait se dissiper complètement deux heures après le lever du soleil. Quelques cirrus suspendus dans les hautes régions de l'air étaient très visibles pendant la durée du halo et restèrent dans l'atmosphère, avec plus de persistance que la buée inférieure, jusqu'à onze heures et demie. En s'abaissantà l'horizon, ces cirrus prirent l'aspect d'une longue chaîne montagneuse couverte de pics glacés. Pendant quelques minutes même, l'illusion fut si complète, que nous crûmes voir apparaître au loin le massif pyrénéen. Ajoutons enfin que d'autres cirrus très élevés se montrèrent encore dans le ciel vers trois heures de l'après-midi.
Le halo et la croix lumineuse, qui ont graduellement apparu, disparaissent de même, lentement et progressivement; la lueur se dissipe avec l'apparition du ciel, qui se montre bientôt au-dessus des nuées lointaines. La terre s'éclaire, et l'Océan ouvre au loin l'immensité de ses eaux. Nous sommes en eflet en vue de La Rochelle, et à ce moment Sivel observe avec attention la direction du Zénith. Par bonheur le vent s'est relevé vers le nord et lance l'aérostat vers le sud. Nous allons pouvoir côtoyer la mer pendant de longues heures, nous en approcher et ne jamais la perdre de vue.
Aussitôt que le soleil a dépassé la ligne de l'horizon, l'atmosphère, toujours sèche à la hauteur de 1 8.j0 mètres où nous planons, se charge subitement d'électricité. Les feuilles d'or de l'étectroscope approché de notre fil de cuivre se dévient en effet de O-jOG. La quantité d'électricité décroît successivement, pour devenir très faible, jusqu'au moment où nous passerons au-dessus de la Gironde, qui réfléchit les rayons solaires avec intensité, et produit une élévation de température considérable- Cette traversée du grand fleuve, exécutée à dix heures du matin, en vue de la Tour de Cordouan, est certainement un des moments les plus émouvants de notre voyage. Le Zénith s'engage sur la Gironde à l'endroit de sa plus grande largeur, il y passe majestueusement et n'atteint l'autre rivage que trente-deux minutes après. Pendant que nous planons au
milieu du tieuve, des bateaux à voile en silloanent la surface navires à vapeur eii descendent le cours; ils tracent leur sillage juste auJ dessous de notre nacelle, et i ce moment ils font hisser trois lois leurs pavillons tricolores. Nous répondons h ce salut sympathique en agitant nos mouchoirs. Ce Ileuve vii en plan, ces navires lilliputiens, ce phare de Gordouan, réduit à la proportion d'une épingle brillant sur un fond brumeux, cette onde jaunâtre que rident les vagues, se colorent par les toi chauds d'un beau aoleil et forment un de ces tableaux délicieux, laissent dans l'esprit les impressions les plus durables (Voyez p. 153)
Pendant cette partie du voyage, nous avons opéré le lancement successif des quatre pigeons voyageurs que nous avait confiés M. Cassier, un des colombophiles du siège de Paris. Le premier pigeon a quiltâ! nacelle à neuf heures du matin, les trois autres ont été Uchês avant] après la traversée de la Gironde, f^e dernier pigeon ne s'est pas éli immédiatement dans l'espace: il est resté juché sur le bord de la naci en proie à une hésitation très apparente. Les quatre oiseaux message se sont rapprochés de terre en décrivant de grands circuits dans l'atmi phère, mais aucun d'eux n'est revenu au colombier. Il est à présti! qu'ils auront été désorientés par l'influence d'une longue nuit passée les airs, et qu'en outre, la distance qui les séparait de Paris, était trop considérable pour qu'ils aient pu retrouver leur chemin.
Après avoir traversé la (lironde, le vent régnant nous entrai) vers l'étang de Carcans, que nous apercevons bientôt, et vers l'Océai qui n'en est séparé que par une mince langue de terre. Heureusemeitl linéiques feux, allumés à la surface du sol au milieu des plaines maréci geuses qui couvrent les landes, laissent échapper une fumée épaisse qi se dirige dans la direction du S.-E. Cette observation nous indique neti ment qu'il existe à la surface du sol un courant aérien de N.-O,, doni nous pourrons profiter pour nous éloigner de la mer.
Cependant le soleil est devenu très ardent : Ze Zénilh se gonfle avaAi rapidité, le gaz se dilate et s'écliappe par l'appendice en descendant flot jusque dans la nacelle.
Nous montons rapidement jusqu'à l'altitude de 1200 mètres, niveau qu'il y aurait imprudence à dc'passer dans un si proche voisinage de la mer. Sivel donne un coup de soupape, et l'aêroslat cesse bientôt de s'élever; mais l'action du soleil produit une dilatation du gaz si considérable que le Zénith, à peine descendu de 200 mètres, remonte encore, et c'est par cinq ou six fois qu'il faut ouvrir la soupape béante, pour le
faire revenir i\ 60 mètres au-dessus de la terre, où il est entraîné par le courant inférieur.
Ce courant inférieur était très humide, tandis que le courant supérieur était d'une sécheresse presque absolue, comme nous l'avons constaté, Crocé-Spinelli et moi, à l'aide de l'hygromètre à point de rosée et du spectroscope.
Le passage de raérostat,de la couche d'air supérieure à l'autre courant, fut signalé par des mouvements de rotation renouvelés et énergiques. Ou ressent une impression particulière quand on se trouve à la limite de séparation de deux vents ainsi superposés ; l'air est agité, le ballon frissonne
et ti>ort>inoaii«, son étolTe tremble, tandis qnll est parfutemeot immobile ^3Dd il estbieo équilibré dans l'atmosphère. Il y a li, entre les deux coarasta, d«s remous, des vagues aériennes qae Ton ne voit pas, mais dont l'aérostat snbit l'inQaence; il y a des moDremeots analogues à ceux quiexiateraîent à la surface inférieure d'ane couche d'huile glissant sur une nappe deau, douée eUe-mènae d'an mouvement rapide. Le courant inférieur va peu à peu diminuer d'épaisseur jusqu'à la 6n du jour, où il n'aura plus qu'une hauteur de 150 mètres environ, mais en même temps il gagnera de vitesse. Le courant supérieur, au contraire, va régner unifonnément ; c'est toujours le \.-N.-E., bien établi dans Fatmosphère, c'est le courant dominant, général, que les observateurs terrestres ne voient pas cependant, plongés qu'ils sont dans le courant N.-O, inférieur, superficiel, et probablement tout accidentel.
Pendant six heures consécutives, le Zénith a trouvé de précieuses res sources dans l'emploi de ces deux courants superposés ; huit fois successivement il est monté dans le courant supérieur, qui le dirigeait vers la mer, pour redescendre alternativement un môme nombre de fois dans le courant inférieur, qui le rejetait sur la terre ferme. La route dans la verticale est ainguliôrement tortueuse, sa marche en projections horizontales forme une série de zigzags, qui le rapprochent peu à peu d' Arcachon, près du bassin duquel il arrive à la fin du jour, après avoir tiré des bordées comme un navire à voile (Voyez le diagramme p. 165).
Après ce long voyage au-dessus des maigres sapins des Landes, que dénoupenl des flaques d'eau abondantes, après un séjour de six heures dans un air hn'ilant, où le soleil nous lance des rayons ardents, le Zénith touche terre à Monlplaisir, commune de Lanion ( Gironde ), dans le voisinage d'Arcaciion. La brise est forte et la nacelle est emportée avec rapidité; mais l'ancre jetée par Slvel mord immédiatement, sans secousse, grAce à un système d'arrêt très ingénieux, formé de frotteurs qui font glisser avec l'ancre des résistances toujours croissantes, le long ducâble oft eHe est attachée à l'aide d'une boucle. — Nous nous pendons à la corde do la soni)ii]n> «■! le Zénith esl bientôt maîtrisé.
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Nous avons déjà mis pied à terre, lorsque quelques bei^ers des Landes
accourent montés sur des échasses, en faisant entendre des cris de joie
et d'étonnement : ils nous prêtent de très bonne grâce l'utile concours
de leurs bras vigoureux (Voyez p. 101).
Une ascension de longue durée, comme celle que nous venons de raconter, exactement retracée à l'aide d'un diagramme, dont les éléments ontété recueillis sans interruption, ne manque pas de fournir des faits gênéraus offrant un intérêt réel au point de vue de la physique du globe. Grâce aux imprimés lancés de la nacelle, et retournés k Paris au nombre de soisante, de tous les points de noire route, le diagramme que nous avons présenté à TAcadémie des sciences indique les températures de l'air inférieur. On voit que l'aérostat étant maintenu sur l'horizontale, suivait les proéminences du sol et s'élevait de lui-même, poussé par nn vent ascendant quand il passait au-dessus d'une colline. Ce fait est surtout rendu maniteste par le passage du ballon à 6(10 mètres au-dessus d'un monticule situé dans la Toiiraine, et dominant de 268 mètres le niveau de la mer. Le tracé graphique de l'ascension met en évidence la ligne courbe suivie par un courant aérien pendant un long parcours ; le ballon s"est fréquemment éloigné d'une direction en ligne directe : le tracé enfin donne les variations très appréciables de la vitesse du vent, qui fait environ 5 mètres A la seconde pendant la nuit, 10 mètres au lever du jour et qui diminue de vitesse dans les hantes régions, contrairement à ce qui alieu leplus habituellement. La vitesse du courant N.-N.-E. dans les landes de la Gironde ne dépassait pas la vitesse de 3 mètres à la seconde, tandis que le vent inférieur, dont la vitesse s'est accrue jusqu'au moment de l'atterrissage, était d'abord de 7 mètres à la seconde, pour atteindre ensuite près de 2 mètres.
Nous ne nous engagerons pas plus longuement dans le résumé de ces observations multiples. II faudrait entrer dans des détails trop minutieux pour parler des effets de nuages, des déformations du soleil et de la lune par la réfraction, phénomènes dont Albert Tissandier a retracé la succession par le dessin, indispensable complément des études oiétéoroJo-
glques. Mais nous devons ajouter quelques mots sur les obBCrvatioa^l spectroscopiques de Crocé-Spinelli, Quand le soleil et la lune ont été au-' dessous de l'horizon, les speclroscopes ont montré des bandes de vapeur^ d'eau extrêmement accusées. Aussitôt que ces deux astres se sont éltsrés' de quelques degrés seulement sur l'horizon, les bandes sont devenues inllniment plus faibles et ont fini même par être très peu visibles, ce qui lièmontralt que la quantité de vapeur d'eau daus les régions supérieure* de l'air était très faible. Une telle sécheresse est un fait qui iiiéritc d'être signalé. Le psychromètre, avant que l'eau qu'il contenait ne fût gelée, et l'hygromètre de Regnault ont, comme nous l'avons vu précédemment, vérifié ces observations.
Nous aurions encore à parler des soudes aériennes imaginées par Sivel, d'un appareil destiné àmesurer l'ombre du ballon que nous avons vue se dessiner sur le sol, sur les rivières, d'un remarquable thermomètre j enregistreur de M. Negretti, destiné à prendre des températures à , quelques centaines de mètres au-dessous de la nacelle, d'un nouvel ané- j moniètre de Crocé-Spinelli et Hedier ; mais nous ue voulons pas étendre j outre mesure ce chapitre déjà long.
Nous terminerons ici le résumé d'une ascension où, pendant vingt-deux -j heures quarante minutes, il n'a jamais manqué ni d'expériences A i exécuter, ni d'observations k entreprendre ; car, dans l'atmosphère, si peu connue, tout est à considérer, tout est à apprendre.
Nous espérons, disions-nous au retour de notre voyage, que la Société ] de nartgalion aifrieniie ne s'en tiendra pas à ces premières tentatives;-^ elle saura prouver dans l'avenir qu'elle était digne de prendre pour devise j cette belle parole: ■ Toujours plus loin et toujours plus haut ! »
Après avoir bien rempli le programme de l'ascension de longue durée, il restait à accomplir l'ascension à grande hauteur. Crocé-Spinelli, Sivel I et moi, qui devions l'exécuter, nous nous étions promis de dépasser les ' limites que l'homme avait jusque-là su atteindre dans les liiutes régions atmosphériques.
le les conlelelliia qui relit nacelle le» Ear>^ de Ictil rc
G. TI3SANDIËR CBOCÉ-SPINELLI
pl-iuss, va respirer l'oiygi'!!