‹ Histoire de mes ascensions;Chapitre 9 sur 32 · CHAPITRE QUATRIKME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIKME

Ascension de Paris !i Neuilly-Saint-Fronl |Aisne) (80 k^lomèlreH en 35 minutes) le 7 février, 18(î!>.

Ce voyage exécuté SOUS les auspices de mon ami M. Henry Giffard dans son petit ballon Y Hirondelle, offre un remarquable exemple de la vitesse extraordinaire que peuvent atteindre les courants atmosphériques supérieurs, au-dessus des nuayee, puisque nous avons parcouru l'espace de 80 kilomètres en :î5 minutes. Voici le récit très exact qui a été publié par un témoin oculaire de notre dramatique descente; nous le rapporterons d'abord, avant déparier du voyage.

Ce récit, dû au maire de Neuilly-Saint-Front, a été inséré dans le Journal deC Aisne le 11 février 1861):

« Notre commune vient d'être mise en émoi par la descente d'un aérostat qui s'est précipité dans les campagnes environnantes, dans les circonstances les plus intéressantes ; je suis heureux de pouvoir les signaler,

» Dimanche dernier, 7 février ISfiil, MM. W. de Fonvielle, rédacteur de la Liberté, et Gaston Tissandier, chimiste, directeur du laboratoire de l'Unionnationale,AAns le but de continuer leurs études météorologiques, s'étaient élevés de Paria ù 1 1 heures llô minutes, montés ilans la nacelle du ballon l'Hirondelle cubant 700 mètres environ.

> Le vent soufflait déjà furieux, et le départ n'eut de comparable que la rapidité de l'oiseau dont l'aérostat porte le nom.

» La course futde courte durée dans les airs; mais la vitesse fut vertigineuse, puisque à midi dix minutes nos jeunes savants touchaient terre

U HISTOIRE DE MES ASCKNKI OXS

une première fois à. environ 4 kilomètres de Neuilly-Saint-Front. après i avoir parcouru une distance qui, en ligne droite, e^i de 80 kilomètres.

» Dès le départ, quelques fissures s'étaient déclarées dans l'enveloppe vernie, et nos intrépides voyageurs, pour se maintenir à hauteur, avaient été forcés de se débarrasser delà plus grande partie de leur lest; il n'était i donc plus possible de retarder la descente, et le vent, plus violent encore qu'il n'était au moment du départ, l'avait rendue très périlieuse.

» Emportés parla rafale, ils essayentde jeter l'ancre ; mais la rapidité de la course l'empêche de mordre suffisamment la terre et, malgré son J poids de 90 kilogrammes environ, elle semble voltiger autour d'eus ; elle 1 touche une seconde fois la terre, mais c'est pour se briser en morceaux ] contre une roche quelle rencontre et qu'elle fait voler en éclats.

» Le ballon, débarrassé du poids de son ancre, fait de nouveaux efforts Lrpour s'élever dans les airs; ils sont impuissants, et le traînage prend alors I fftne intensité eïTrayante. Tantôt ia nacelle bondit sur le sol, tantôt elle ■traverse de grosses branches d'arbres qu'elle brise avec fracas.

> Cette scène émouvante eut de nombreux témoins, qui constatent que, malgré les obstacles qu'il avait rencontrés, l'aérostat avait parcouru une ' distance de près d'une lieue en quatre ou cinq minutes.

» La course continue, furieuse et terrible; nos voyageurs, que l'on peut croire perdus, maintiennent énergiquement du fond de leur nacelle la corde de soupape, et le gaz qui s'échappe du ballon lui fait perdre de sa ' force, mais rien de sa rapidité; il bondit encore, et cette vitesse n'aurait pas de fin si des habitants de Neuilly, accourus en toute hâte, et que je suis heureux de pouvoir remercier ici, n'étaient pas parvenus, après mille efforts, à saisir la corde d'ancre et à arrêter un peu l'aérostat qui bondit toujours malgré la grappe humaine qui se pend à ses cordes. — Il est cependant vaincu et il s'afifaisse épuisé sur le sol.

I MM. de Fonvielle et Gaston Tissandier peuvent enfin sortir de leur I nacelle ;ils sont couverts de sang, mais le premier seul est blessé, et sa blessure heureusement est sans gravité ; il en est quitte pour une foulure | et des écorchures que M. le docteur Coppeaux, appelé en toute hite,

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! de soigner et que quelques jours de repos achèveront de guérir.

• > L'accueil la plas sympathique a été fait à nos voyageurs par les membres du Cercle de rUuion et par tous les habitants qui se pressaient sur le passage. Les voyageurs sont loin d'être découragés. Nous pouvons constater au contraire qu'ils sont tout disposés, dans l'intérêt de la

SLÏence, à recommencer prociiainement leurs périlleuses expéditions.

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