‹ Histoire de mes idées; autobiographieChapitre 6 sur 14 · ETUDE SUR L'HISTOIRE DE MES IDSES · texte numérisé non relu

ETUDE SUR L'HISTOIRE DE MES IDSES

Ici s'arrête, trop tôt, hélas! V Histoire de mes Idêe$* Je voudrais prolonger l'écho de ces années ; ces souvenirs ont fait pendant vingt-trois ans la joie de notre foyer. Ils rendaient au proscrit ses chers horizons. Dans nos promenades d'exil , la petite centaurée rose lui rappelait aussitôt sa vie agreste, entre les patres et les bouviers , et il était tout fier dt3 discerner encore à son vol, à son chant, le moindre oiselet. Que de fois il a revu en songe la rustique habitation de Certines , moitié château, moitié chaumière, au milieu des cerisiers en fleurs! Qu'il a aimé son pays bressan! Virgile parle-t-il de sa chère Mantoue avec plus de tendresse?

J'ai revu il y a quelques jours notre Campo Santo de Certines. Quelle désolation! Plus amère

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qu'en 1839, lorsqu'il trouva sa maison rasée. L*a venir, c'était lui. Aujourd'hui tout est mort dans ces lieuK chéris, les vestiges même s'effacent, rentrent sous terre.

Le plan delà maison est seul visible, gravé dan=; le gazon : l'herbe n'a pu croître sur les fondements de pierre; plus charitable que les hommes, la nature a respecté l'empreinte de colle demeure à jamais bénie.

Trois noyers ombragent encore l'entrée; plus bas, un groupe de frênes,' été oublié par la hache; mais lous les arbres du verger ont été arrachés, même le cerisier dont les branches entraient par les tenétres.

Des pommiers , doiiop pommiers , chantés dans Merlin, , il en reste trois ; ils ne donnent plus de fruits, ils vont périr. Les rosiers arborescents sont devenus églantiers, dans la haie de mûres sauvages qui entoure l'enclos.

Un bel acacia s'élevait encore l'année dernière au-dessus des décombres, il n'existe plus, on vient de le couper à ras le sol. Pendant l'exil, une amie bressanne nous rapportait au printemps une de ses branches fleuries. L'automne passé, il me prêtait encore son ombrage. Le voilà disparu, ce vieux témoin.

Le soleil jetait ses derniers rayons sur la chaîne

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rtu Hevermont; la soirée était si douce; un chant mélancolique ( une musette, je crois ) retentissait dans le silence de la campagne. Les travaux des champs continuaient paisibles comme au temps où tout ici était vie, animation. Deux grands bœufs, semblables à Bise et Froment^ erraient en liberlé sur la pelouse ; prés du char de maïs qu'on venait de ramener, la fermière et sa fille dépouillaient le gros blé ; autour d'elles poules et pigeons becquetaient le grain ; les ruches dans le jardin des abeilles ont encore fourni cette année leur miel... Quelle paix, quelle sérénité dans le tableau champêtre! et au fond quel deuil ! Tout est fmi. Kicn ne survit ici, que des pages printaniéres où retleurii ce doux passé.

Le portrait qu'Edgar Quinet a tracé de ses parents ne laisse rien à ajouter. Leur supériorité morale est résumée dans la réponse de Jérôme Quinet à cette question de sa femme : En quoi consisiela félicité éternelle des justes après leur mort?

— € Dana la connaissance des secrets de Cuni' vers. •

La nature agit-elle avec les êtres pensants comme avec les fleurs , nées d'une même graine par mil-

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liers , et dont une seule devient le type de son espèce? Ou bien, serait-ce la loi de l'atavisme qui détermine la part des aïeux dans la formation d'un grand caractère? Peut-être faut-il une longue lignée de générations pleines d'honneur pour produire un Juste, un sage, type de l'humanité.

La famille Quinet, établie depuis trois siècles en Bresse, jouissait d'une réputation universellement reconnue d'austère droiture. Quand la jeune et brillante Eugénie Rozat-Lagis accepta la demande en mariage de l'avocat Jérôme Quinet, ce fut, dit-elle, avant tout, parce qu'il appartenait à une des familles les plus honorables du pays. Fille de M. Rozat , secrétaire d'ambassade et ami de Rulhières , elle était , par sa mère , originaire du canton de Vaud. Les Lagis possédaient une propriété à Crans. C'est là que M*"* Rozat-Lagis revint mourir, après avoir passé sa jeunesse à la cour de Hesse-Cassel.

Edgar Quinet attribue à sa mère tout ce au'il y avait en lui de meilleur. Ce qui est surtout vrai, c'est que la tendresse fut le plus puissant moyen d'éducation. Le père aux armées, la mère et l'enfant ne se quittaient jamais. Il était déjà son confident , son ami ; elle lui parlait comme à un homme; l'obéissance était exigée; pour tout le peste, elle le traitait comme un esprit mûr. Ce li*est pas le côté le moins original de ce caractère,

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mélange de courage Spartiate et d'enjouement du dix-huiliéme siècle.

Quel stoïcisme chez cette jeune mère qui remet à l'enfant une paire de pislolcls chargés en lui disant : Prends garde ! ils sont chargés , vas les porter au vieux monsieur du cinquième, il les examinera et les déchargera. Et l'enfant de cinq ans, tenant dans ses pclilos mains les deux armes, monte et s'acquitte de sa périlleuse commission.

Plus tard , elle lui permet de passer tout son temps sur le bateau de la rivière étroite et profonde, où sa vie était cent fois en danger.

Elle l'exposait aussi à des épreuves morales pour lui apprendre à en triompher. Le jour où il recevait le sou, alloué à ses menus plaisirs, au moment où il se réjouissait d'aller acheter un bâton de chocolat ou de sucre d'orge, elle lui montrait chemin faisant un petit pauvre et lui disait : Il n'a pas de pain, veux-tu lui donner ton sou ? Mais je te préviens que tu n'en auras un autre que dans huit jours.

On avouera que ces hardiesses ne réussiraient pas avec tous les enfants. La lecture de llamlvi, de Macbetk à sept ans ne serait pas non plus goûtée par tout ce petit monde.

Souvent il s'est demandé si sa mère n'avait pas été pour lui trop sévère. Elle le voulait parfait et ne tolérait aucune faihlcsse.

gii.NJ.I. — l,;-M'|Ut DK Mt.S ll»l fS. 18

Iu2 DOCUMICNTS INÉDIT»

Quel que fût le système, tout réussit. Darri iVi'mtïe de Rousseau, le principe d'éducation c'est le raisonnement; chez Edgar Quinet, l'amour.

Il supposait à sa mère une puissance surnaturelle. L'enfant avait trois ans ; ayant entendu dire que les vrais pénitents pétrissaient leur pain dans la cendre, il voulut se faire un gâteau de cendres. Un coup de vent lui remplit les yeux de cette fine et mordante poussière; il se crut aveugle. Sa mère accourt à ses cris ; alors le pauvre petit, d'une voix lamentable, désespérant déjà de revoir la lumière du jour, lui dit: Si j'ai les yeux crevés, sauras-tu m'en faire d'autres?

La véritable éducation s'est faite avant le collège, jusqu'à la septième année. De loin, l'influence maternelle s'exerça toujours ; le désir de plaire à cette mère adorée fut le meilleur aiguillon au bien. Si le collège ajouta le complément des connaissances, il ne contribua en rien au développement intérieur. Que de fois il m'a dit : Je sens trèsbien que j'étais dès lors ce que je suis aujourd'hui.

Cette parole peut pfaraître extraordinaire; elle vaut la peine d'être méditée.

Il est certain que la vie morale s'éveille chez lui de très-bonne heure et à un rare degré. Cette pensée précoce est née de l'amour ; première étincelle de l'esprit avivée par le cœur. L'amour filial, voilà le point de départ de toutes ses facultés;

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elle*^ s'épanouirent sous le rayonnement de Tinlellijrt'iice maternelle.

La lucidité extraordinaire de sa mémoire atteste d'une façon précise cette intensité de vie. Dans ces derniers temps, il se souvenait encore des moindres détails de son existence et remontait jusqu'à sa Irnisicme année. Il apercevait ce lointain passé avor la netteté de ceux qui ont gravi les haiit.s sommets, et dont la vue, naturellement excolleule, embrasse les points les plus éloignés de l'horizon, doucement éclairé par la lumière matinale.

On sait que le père était d'un caractère très-vif, très-impatient ; comme tous les hommos de son époque, il n'admettait pas que les enfants fussent une cause de gène et d'ennui, il ne supportait ni un cai)rice, ni un pleur. J'ai dit ailleurs maints détails ([ui m'étaient racontés en 1852 à Bruxelles par la bonne Madeleine, retrouvée après 45 ans :

« L'enlant avait dix-huit mois quanà j'enti'ai au service de M""* (Juinel. C'était un enfant délicat , très-doux, mais très-malin. Nous partîmes pour Wesel pour rejoindre le père. La guerre s'étant rallumée, nous revînmes après quatre mois à Colmar, chez la femme du général Puthod et de là à Bonrg.

* L'enfant s'amusait avec moi toute la journée, il aimait tant jouer. Dès quej'avais fini mon ouvrage, j'habillais mon garçon et nous allions promener;

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Tété j'allais le baigner dans la rivière claire et lim pide ; séché, rhabillé, je le ramenais à la maison ; souvent on trouvait le père sur l'escalier, une badine à la main. Malheur, s'il eût entendu des pleurs! Gela arrivait très-rarement ; en ce cas je me sauvais avec mon garçon dans un fenil d'où l'on ne pouvait l'entendre. »

Cette rigueur du père explique pourquoi l'enfant a été mis de si bonne heure en pension.

La séparation exalta encore sa tendresse filiale. Pour avoir des nouvelles, il surmonte les dilïicultés de l'écriture et de l'orthographe. Il a su écrire avant de savoir lire ; en voilà la meilleure explication.

Un matin, n'osant demander une plume, il réussit, blotti dans une écurie, à écrire avec une allumette. Le billet suivant constate une seconde tentative. Les mois soulignés par l'enfant marquent déjà son exactitude scrupuleuse :

« A Jasseron, le 22 octobre (1808).

€ Ma bonne mauiRu. Presque toujours on dit que je suis bien sage. Je m'amuse bien et je pense à toi toujours. Je serai bien content de te voir. C'est Virieu qui m'a donné le papier, les plumes et l'encre. Je voulais bien t'écrire ce maUn, mais je n'avais

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pas pu parce que je n'avais que des allumelles

pour plumes.

« EDGAR, ton fils el ton ami. i

Son enfance a passé par deux phases distinctes ; la vie pastorale et la vie nomade. Le petit moissonneur de Gertines transporte à Charolles, est élevé en plein air dans le pele-mele du temps, soldats, ouvriers, prisonniers de guerre.

Ces rudes mœurs effacèrent les traces de fine culture el d'élégants loisirs de l'enfant de Gertines qui récitait le rôle d'Eliacin. Il traverse une phase stérile pour l'instruction , fertile en coups d'estoc et de taille ; il en résulte ce qu'il a appelé depuis son époque de barbarie. Sa mère ne lui trouve plus ce caractère de douceur angélique et lui reproche la brusquerie, l'humeur taquine. Dans ce cas le châtiment ne se faisait pas attendre; si on était à la campagne, elle repartait pour la ville, et laissait le petit pénitent tout seul.

Je retrouve une lettre de la neuvième année écrite pendant une de ces séquestrations à Ger- Imes; l'écriture est beaucoup plus informe qu'à cinq ans. Le pauvre garçon écrit sur une étroite bande de parchemin d'un mètre de longueur, empruntée sans doute à un in-folio de la vieille biblioihéque du grand-père Philibert Quinet. Pour

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l'expédier, il a dû la rouler à la façon des palimpsestes. Dans la solitude où le confine la rigueur maternelle, il méditait déjà en jeune philosophe sur son défaut tant reproché, la taquinerie. Mais sa contrition de courte durée trahit une préoccupation très-vive, le goût de la chasse. En vrai Robin des bois, il ne rêve que poudre et balles. Voici en quels termes il rend compte à sa mère de l'examen de conscience qu'elle lui demande :

« Gerlines, mercredi 23 (181:2).

« Ma chère maman,

« Je m'occupe ici à me corriger de mon défaut, et j'y réussis. Et à m'habituer à pouvoir être éloigné de toi, mais je ne peux y réussir. Je pense toujours à toi. Je suis désespéré que j'aie fait en sorte que je sois détesté d'une si bonne mère; mais j'espère que par ma douceur et mon bon caractère, je recouvrerai de nouveau ce cœur qui m'est indispensable. Ma chère maman, je te prie de donner de l'argent à Perret pour qu'il m'achète un quarteron de poudre à tirer dont je manque absolument, et de lui dire d'y aller sans manquer.

« Claudine a très-soin de moi ; je lui en suis bien reconnaissant. Je te remercie beaucoup do m'avoir envoyé une brioche et ma casquette. Je te

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proniols que je m'aperçois bien que je ne suis

pas tout à fait corrigé; mais je suis heureux de

pouvoir croire que je le serai.

« Dis à Philippine ^ qu'elle n'ait pas de rancune

conlre moi. Quand j'irai à Bourg, je pourrai

réparer mes torts. Adieu pour elle, adieu ma chère

maman.

« EDGAR, ton fils et ton ami. •

Les fréquentes séparations de la mère et de l'enfant prolongeaient ce temps de sauvagerie ; ce fut bien pis quand on le laissa chez M. Terrât (la classe était tenue par un vieux capitaine de dragons) ; les bulletins trimestriels ne brillaient guère par les bons points et le pauvre enfant avait la candeur d'annoncer lui-même ces déplorables résultats :

« CharoUes (1812).

€ J'ai été dernier aujourd'hui, ma très-chère et très-chérie maman, quoique j'aie fait tous mes ellorts. Mais c'était en vers et cela ne décide pas beaucoup. Je redoublerai d'efforts et j'espère qu'à la lin je parviendrai au but où je tends. Adieu , ma cnère maman.

C EDGAR. 1 *■ Sa bonne.

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Ces lettres frustes humiliaient l'amour-propre maternel. La calligraphie et le papier laissaient aussi à désirer ; mais n'était-ce pas trop exiger d'un enfant que le désarroi des classes pendant les guerres de i'empire ramenait à des formes primitives ? Le singulier programme d'études de ce temps -là, où le professeur expliquait ai; lieu de la syntaxe les manœuvres de cavalerie, avait dû nuire aux progrès littéraires de l'élève.

Je retrouve deux autres lettres de la même année pendant un voyage de madame Quinet mère. Elle a effacé à grands traits de plume les tournures incorrectes. Elle le comparait à ses petits cousins parisiens élevés en serre chaude et qui maniaient des phrases toutes faites, écloses dans l'atmosphère des salons ; ils les ont répétées toute leur vie.

Voici cette épître, la plus critiquée de toutes, bien que Forthographe soit irréprochable :

* Geptines, juin 181:2.

t Ma chère maman, « Je te remercie beaucoup de m'avoir donné de l'argent en partant. Que tu es bonne mère < Tu penses toujours aux plaisirs de tes enfants

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Blanche * se porte très-bien, et moi aussi. Elle t'a écrit une lettre, Philippine lui menait la main. Cest toujours elle qui l'a incenlée ; le mérite n'est pas dans l'écriture,

« Comment se porte ma chère tante qui était si bonne pour moi quand j'étais petit et qui l'est toujours à ce que je pense, à présent. Cette Ici Ire est bien mal écrite, mais ma plume n'était pas bonne et je n'avais pas d'autre papier pour recommencer. Tu m'écriras aussi bien vite et une bien longue lettre. Reviens bientôt.

« EDGAR, ton cher enfant. »

Quelques jours après, il reprend la plume, mais ac réussit pas mieux :

• Gcrtines, 13 juillet 1812.

€ Ma chère maman, tu crois que je ne t'ai pas répondu, mais moi je t'assure que je t*ai écrit. C'est donc que la lettre ne t'est pas parvenue. Je me souviens bien que tu m'as dit en partant de t'écrire. Si lu savais comme je pense souvent à toi ! Je ne m'amuse plus beaucoup depuis que tu es partie. Je te promets que quand tu reviendras ici, Blanche

* Sa peliU sour.

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ni Philippine, ni Annette^ ne diront que je les ai contrariées.

a Je le jure que je t'aime beaucoup. Je prie Dieu qu'il te protège et moi aussi. Je vais bientôt me confesser et Blanche pense déjà se confesser. Elle est très-gentille.

« Mon papa était allé à Etrées ^ ; pendant ce temps Philippine ne sortait presque jamais, et quand j'étais couché elle me lisait.

« J'ai un petit écureuil qui se porte très-bien et dont j'ai grand soin pour que tu puisses le voir. Tu serais bien contente de lui voir faire toutes ses petites gentillesses. Blanche a été très-joyeuye quand elle a vu la longueur de sa poupée. Philippine avait déjà fait des matelas, mais ils sont trop petits, elle va en recommencer d'autres. Hàte-toi donc de revenir pour que je puisse te voir et t' embrasser. Adieu, ma chère maman.

« EDGAR, ton cher enfant. »

Voilà dans leur texte littéral ces épîtres qu'Edgar Quinet trouvait d'un vandalisme surprenant. C'est pourquoi je n'ai pas osé insérer dans la Correspondance les pauvres petites lettres de 1812 à 1816. Qu'il me soit permis de leur donner au moins ici une place ; elles se rattachent à UHisloir9

* Les deux bonnes.

* Château du convenlîonnel Baudot.

de mes Idées, elles en sont la préface naturelle. Le caractère del'enfant s'y dévoile, et rien n'est indilférent dans une élude biographique. On ne me reprochera pas de montrer ces premières eflusioiis filiales, dépourvues d'agréments littéraires, mais qui ont la grâce de Tenfance ; elles révèlent celle âme droite, aimante, d'une véracité absolue, et déjà ce précoce amour de la justice qui deviendra la règle de sa vie. Peul-élre les enfants de ce temps-ci écrivent-ils mieux ; y en a-t-il beaucoup dont les lettres naïves renferment les indices certains de leur avenir moral ?

Edgar Quinet a raconté la révolution qui se fit dans son éducation après la chute de l'empire, et ses deux années de nostalgie, au collège de Bourg. Si les réformes scolaires sont reconnues nécessaires de nos jours, qu'on juge ce que devait être l'enseignement en 1815 ! Une instruction maussade et stérile, une scolastique insipide, l'interruption de toute éducation véritable.

L'élève en proie au plus morne ennui tomba dans une détresse morale profonde.

Et pourtant le collège d'une ville de préfecture était supérieur à celui de Charolles. Il était sage d oter le jeune combattant à ce milieu tapageur où le temps se passait à donner et recevoir des liorions, où l'unique délassement qui adoucit ces

mœurs belliqueuses était la confection de bagues de crin, talent cultivé avec Tarrière-pensée de les oflrir aux petites Béatrix de la pension Jouette. Mais pourquoi lui faire considérer le collège comme un châtiment ? On se servait de longue date de cet épouvantait, on Ten menaçait. Le but fut dépassé. Quand il fallut se quitter, l'enfant au désespoir, manqua de se faire écraser sous les chevaux de la diligence qui emmenait sa mère. Le collège devint pour lui un lieu d'exil, le ton de ses lettres ne l'indique que trop :

« Collège de Bourg, novembre 1815.

t Ma chère maman, je pense continuellement à toi; loin de toi, je n'ai point de plaisir véritable. Que je regrette maintenant le temps que j'ai si mal employé en excitant contre moi la meilleure des mères. Oh! pardonne~moi, maman, je t'en conjure et sois assurée de mon repentir.

« Il n'est pas nécessaire de me dire de relire tes lettres souvent. C'est ma lecture la plus chérie, et dès qu'à l'étude j'en ai le temps, je les rehs.

« Je prie mon papa d'avoir la bonté de ne pas m'oublier et de recevoir mes respects.

« J'ai acheté des crins ici et je ferai des bagues. Jîe voudrais bien que tu aies la bonté de m'envoyer

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un peu de clieveux bien noirs. J'espère pouvoir remplacer la bague que tu as eu la bonté de me })reler en partant. iMa chère maman, dis-moi si tu te portes bien à présent; je t'embrasse mille ei mille fois.

« EDGAR QUINET

Une correspondance suivie s'établit désormais entre la mère et le fils. Le père abandonnait la direction de l'éducation à celle qui s'en acquittait si bien; mais s'il écrivait rarement, ses lettres (dont il ne reste qu'un très-petit nombre), marquent une rare élévation d'esprit et de caractère.

Le pauvre petit captif répondait de son mieux à tout ce qu'on exigeait de lui ; parfois les droits de l'âge l'emportent sur sa docilité et sa bonne volonté de progresser en science et en sagesse. L'echo lointain des mascarades de la pension Jouette hante son esprit ; la confection des bagues est encore au rang de ses préoccupations. Cependant il s'y mêle le goiii de la lecture qui deviendra bientôt une passion. Mais quelle chute, de Il ami et et Macbeth à Gonzalve de Cor doue et à Sama Pompilius!

Dans la lettre du 11 janvier un mot rappelle la Terreur blanche. M. Baudot qui habitait son château d'Elrées, fut jeté en prison, puis obligé

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au cœur de Thiver de partir pour l'exil. Il était très-lié avec la famille Quinet ; ses enfants étaient ',es camarades d'Edgar; celui-ci ressentit vivement le malheur qui les frappait.

Voici dans leur ordre de date les lettres du collège de Bourg, de la première année scolaire, xle n'ai pu retrouver celles de la seconde année ; elles devaient marquer le passage de l'enfance à l'adolescence :

« Collège de Boui^, 27 décembre 1815.

« Ta lettre, ma chère maman, m'a fait un grand plaisir, parce que tout ce qui vient de toi m'en fait, mais aussi elle m'a causé beaucoup de chagrin, car tu m'écris que tu ne me reverras peut-être plus!... Tu me demandes si je suis content. Gomment pourrais-je l'être lorsque je sais que tu t'éloignes de moi pour tant de temps !

t J'ai été cinquième, mais j'espère bien que si tu reviens au printemps. Ton te dira que l'on a été content de moi. Ma chère maman, ne m'oublie pas, je t'en conjure, et aime-moi! J'en suis digne, je te le promets. Je prie bien Dieu. Je le prie avec ferveur défaire en sorle queje te revoie au printemps, car il me semble qu'il y a déjà longtemps queje ne l'ai vue.

€ La bonne Philippine aura ia bonlé de remercier Alexandrine Boucot de m'avoir envoyé des dragées de sa noce. Adieu, ma bien chère maman. Reviens avec le printemps, je t'en conjure, reviens embrasser ton Edgar. Ne m'oublie pas et écrismoi sans cesse.

t EDGAR, ton fils qui te chérit. »

« Collège de Bourg,* 1i janvier 1816.

f C'est avec beaucoup de plaisir, ma chère maman, que j'ai reçu ta lellre; car outre que tout ce que je reçois de toi m'en fait un bien grand, j'ai appris que ton voyage avait bien réussi. Tu me dis que Blanche n'est pas encore consolée de ne plus me voir. Qu'elle ne croie pas que je l'oublie. Je pense toujours à toi et à elle. J'ai été triste lorsque j'ai vu sur ta lettre que M. Baudot^ allait être obligé de quitter la France. Cependant le roi avait promis qu'il leur pardonnerait. Combien jo te remercie de ne m'avoir pas élevé comme Oscar. 11 est bion malheureux, puisqu'il ne pont s'habituer à des usages plus sévères que ceux nux([uels il était accoutumé, il sera donc oblige aiisei de s on aller avec son papa?

* Le ronvenlionriel.

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€ Bonange ^ n'est pas revenu depuis que tu es partie, mais je vais toujours étudier à la même heure, ce qui fait que je n'oublierai pas. On a bien mal fait d'instruire Léon (Bruys) si tard, puisqu'il n'est qu'en sixième; tout ce qu il a appris sur le violon va donc être inutile s'il ne prend plus de leçons? Je prie bien le bon Dieu pour qu'il ne nous fasse pas manquer d'argent, et pour que tu sois toujours en bonne santé ainsi que mon papa.

« Ma chère maman, ne m'oublie pas, je t'en prie, quoique je ne sois pas aimable. Je ferai tout ce que je pourrai pour le devenir. Je te remercie bien d'avoir rangé mon fusil dans son enveloppe. N'était-il point abimé?

« Je remercie mon papa d'avoir eu la bonté de m'écrire une si jolie lettre. Tu n'avais pas besoin de me dire de serrer tes lettres. J'en ai bien soin et je les conserverai toujours.

« Adieu, ma chère maman, ne m'oublie pas, jf3 t'en conjure.

H EDGAR QUINET. t

« Collège de Bourg. 30 janvier 1846.

f Tu ne penses donc plus à moi, ma chère maman, puisqu'il y a si longtemps que tu ne m as

I Mailro <lo violon.

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écrit... Qu'ai-je donc fait pour que tu sois en colère contre moi? Le temps me dure bien, ma bonne maman, mais il me dure encore plus depuis quelques jours, car je suis désespéré de voir que tu m'oublies si vile. 0 ma chère maman, je t'en conjure, réponds bientôt à ma lettre, car je suis bien inquiet de toi. Tu m'avais promis de ne pas m'oublier. Pourrais-tu violer si tôt tes promesses?

« Je voudrais bien, si cela se pouvait, avoir quelques- uns de mes livres, surtout Gonzalve de Coidoue. J'en aurai bien soin. Essaie donc, ma chère maman, de m'en envoyer quelques-uns. Je n'ai pas besoin de ISuma Pompilius, car il y a un petit ici qui l'a, et qui me l'a prêté. Tu connais bien les livres que je lisais .avec le plus d'ardeur. Je ne dis pas ({ui in amusaient parce que je ne peux pas m'amuser quand je suis loin de toi.

Chaque jour je relis une de tes lettres. Adieu, ma chère maman. Je le conjure de ne pas m'oublier.

<C EDQAR QUINET. »

M CoUogo vie Bourg, 5 février 181$,

€ Je ne savais par, pourquoi tu lardais tant à m'écrire, ma chère maman, et je craignais que lu ne 711 oublies.

ÇCINtT. — IIISTOinE DE MES IDÉES. 19

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« J'ai été bien triste lorsque j'ai vu que tu avais souffert. J'espère que tes douleurs sont finies ; apprends-moi si mes espérances sont fondées.

« Tu es bien bonne de t'occuper de me faire des bas; je t'en remercie beaucoup. Bonange n'est plus malade. Je prends régulièrement mes leçons de violon, excepté le dimanche. J'ai déjà diné une fois chez ma bonne maman, et elle m'a encore invité. Adrien de Latournelle est venu me chercher, nous avons porté la tasse à ma bonne maman, elle en a été bien contente.

« Je te demande encore une fois d'essayer de m'envoyer quelques livres. Ce serait un grand plaisir pour moi et je te promets que j'en aurai grand soin. Madame Goleti a été assez bonne pour me prêter des comédies qui sont bien jolies, mais je les ai déjà lues. Je te remercie de me dire les fautes que je fais dans mes lettres ; je profite mieux de les leçons que de celles de tout autre, car j'ai bien envie de te plaire et je sais que ce n'est qu'en me corrigeant tic mes défauts et en m'instruisant que je peux y parvenir. Adieu, ma chère maman^ ne m'oublie pas, je t'en prie.

« EDGAR QUINET

Ce mélange d'expressions passionnées, puu aus'^ilôt le reti)ur au ton naturel de soo âge, le»

ÊTUDK SUR l/HIST()IIU<. DE MES IDEES 27'.)

lectures enfanlines qu'il réclame monlrenl bien les deux esprits qui s'agitaient en lui à cette heure.

Quant à la bonne maman qui l'invite avec bienveillance à dîner, c'est la terrible grand'môre dont il a raconté le système d'éducation draconien. Elle venait à peine de se remettre des effroyables émo tiens traversées pendant l'invasion. Fuyant Bourg à l'approche des Autrichiens, elle avait dû se séparer de l'être le plus cher qu'elle possédât au monde... son chat. Rentrée dans sa maison après le départ des hordes ennemies, sa première pensée est [)0ur le bien-aimé. Elle le demande ; personne n*a le courage de lui apprendre la vérité. Suit une scène, à la façon de madame de Longueville : sa pensre rCosa aller pins loin.

Suffoquée d'émotion, comprimant son cœur à deux mains, elle répétait à ses gens d'une voix expirante : Parlez ! parlez ! mon sacrifice est fait !

Ces dîners, chez la bonne maman, séances pleines d'étiquette, étaient fort pénibles, en outre très-périlleuses. A la moindre inadvertance, les deux petits -fils Edgar et son cousin Lucien risquaienl leur part d'héritage. On voit par une lettre de 1821 qu'Edgar Quinet perdit en effet la terre de 'l'reconat qui lui était primitivement destinée ; mais le cérémonial des dîners n'y lut pour rien.

Cette terrible grand'mére poussait trop loin le

culte de la beauté et ne craignait pas à l'occasion de faire de la peine à celles qui en étaient dépourvues. Un matin elle congédie impitoyablement une ouvrière à la journée ; à peine elle l'entrevoit, que reculant d'horreur : « Que vous doit-on, mademoiselle? car vous comprenez qu'avec votre figure, il m'est impossible de vous garder. »

Un autre trait qui peint ce temps : à plus de cinquante ans, son fils, Jérôme Quinet n'osait se permettre la moindre familiarité avec elle. Un jour, il arrive pendant son dîner, on était au dessert; il y avait de fort belles poires. Soit par distraction, soit qu'il se crût un droit, il prend un fruit. Pétrifiée d'étonnement, elle l'arrête du regard et lui dit : « iMon fils, vous avez vos propriétés ; quand vous aurez envie d'une poire, je vous prie de la cueillir chez vous. »

On peut imaginer si le petit-fils était à l'aise au milieu de ces solennités ! Il préférait de beaucoup les invitations de madame Goleti, une amie de sa mère où il relrouvait son camarade Adrien de Latournelle dont il est aussi quesHon dans la Correspondance,

« Collège de Bourg, 17 février 1818.

« Ma chère maman, (( J*ai reçu le paquet de livres avec un bien

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grand plaisir. Auguste Baudot n*est pas venu me chercher pour aller voir son papa, car aussitôt qu'ils sont arrivés, la diligence est repartie, ce qui m'a bien chagriné. C'est M. Pacoud qui m*a apporté les livres. Tu les as très-bien choisis, ma chère maman.

a Que la lettre de Blanche est jolie! Et qu'elle m'est précieuse! d'autant plus que c'est la première que j'ai reçue d'elle. Je la conserverai toute ma vie. M. Valeuret m'a dit, comme M. Terrât, que je ne savais pas assez bien mes principes. Il m'a prêté une bonne méthode latine que je lis souvent et qui, j'espère, me fera profiter.

« Besseau ^ est venu me couper les cheveux ; il est bien mécontent, car il n'a point de nouvelles de son fusil.

« Adieu, ma chère maman. Embrasse Blanche pour moi.

f EDGAR QUINET. »

C'était le moment où la Terreur blanche recommcMipait ses prouesses contre le parti national désarmé. Le collégien cloUré au collège de Bourg n'assislail pa- lui-iueme à ces scènes terribles, elles lui lureiil l'aconlees par son père, deux fois tem 111 vMlaire de ces atrocités, en 1795 et en 1816,

* Perruquier oalrlol».

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Gomment le bonapartisme n'aurait-il pas été identifié pendant un quart de siècle avec le libéralisme? La contre-révolution frappait de pros cription les conventionnels.et les hommes de l'empire, ceux qni avaient sauvé la patrie en 92, et ceux qui en vérité l'avaient perdue en 1815, mais qui du moins défendaient pied à pied le sol contre Tétranger. L'invasion ramenait les princes du droit divin, les abus do l'ancien régime et le cléricalisme abhorré. Le bonapartisme de ce temps-là ne pouvait pas ne pas être populaire ; il représenta pendant quinze ans la France armée, le parti national contre les Bourbons, contre l'étranger. La justice sommaire exercée parles Trestaillons et autres bandits, choisissant les victimes parmi les bonapartistes comme parmi les républicains, forma ainsi le grand parti libéral.

C'est un miracle que les patriotes de 1815 no soient pas restés bonapartistes et qu'ils aient dégagé à temps la cause de la liberté de la cause du soldat qui s'identifiait alors pour tous avec la dél'ense du territoire.

Les patriotes illustres et obscurs étaient également menacés. L'ancien professeur de GharoUe» qui songeait beaucoup plus à indiquer les moyens de battre l'ennemi que d'enseigner le rudiment, fut destitué, ruiné, dans la misère. La lettre suivante du 14 mars parle des arrestations faites à

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Bourg. Elle coulieiit un trait louchant de sensibilité et de noblesse de cœur. Edgar se souvient de son ancien maître enveloppé dans nos revers et lui témoigne un profond respect. Voilà, je crois» des sentiments qui valent bien des phrases élégamment tournées •

« Collège de Bourg, 14 mars 1816.

• Ta lettre, ma chère maman, m'a fait un bien grand plaisir , d'autant plus que tu me dis que tu es contente de moi. Que j'en suis heureux ! Je fais aussi tout ce que je peux pour pouvoir te plaire et j'espère qu'à la iin j'y réussirai en quelque sorte. J'avais déjà porté la note à Pierrette, elle a été bien bonne pour moi et m'a fait exprès d'excellentes gauffres. Le bon M. Pacoud m'a demandé si j'avais de l'argent* avant que je lui aie donné la note. Il m'en a beaucoup donné. Je suis bien reconnaissant de la peine que tu prends de me faire des bas loi-méme.

t M. Paris est-il parti pour Paris? L'on a fait hier ici beaucoup d'arrestations, je ne sais pas pourquoi. On a arrêté deux Bichel, M. Rodcl, Didier et Guillot et beaucoup d'autres sont obliges de quitter le département.

€ Je vais au catéchisme que j'étudie le mieux

* Médecin et correspondant du jeune élève.

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que je peux ; nous devons faire noire premicro communion dans un mois.

a Le pauvre M. Terrât doit être bien Irisle. Oismoi où il est. Et s'il est à Charolles, je te conjure de lui donner au moins une fois à dîner pour le soulager un peu et lui montrer que lu ne l'abandonnes pas, quoiqu'il soit malheureux. Présente-lui, s'il te plait, mes respects.

« Adieu, ma chère maman; remercie la bonne Philippine qui se prive d'un ornement pour quelqu'un qui fut un jour son persécuteur, mais qui ne le sera plus. Adieu, ma bien bonne maman.

« EDGAR QUINET

c Collège de Bourg, 25 mars 1816.

« Ma chère maman, c'est à cause de l'examen du 30 de ce mois que j'ai tardé à l'écrire. Ce que nous avons à apprendre nous tient bien du temps. Nous allons en physique avec M. Bernard. L'on fait des expériences qui nous amusent beaucoup. Ma bonne maman m'a fait inviter à dîner. Je fais tout mon possible pour ne pas paraître désagréable à ma bonne maman. Dis-moi des nouvelles d'Oscar. Etrées n'est donc pas encore vendu, puisque madame Baudot se propose d'y aller avec Oscar?

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« Je le prie de faire bien des corapliments de ma part à M. Terrai lorsque tu le verras. Le collège est- il nombreux cette année; y travaille-t-on davantage que l'année dernière?... Est-on maintenant bien çai à Gharolles? El ne se ressouvient-on pas beaucoup des Autrichiens? Où est Estelle Baudot? Si elle est encore à Gharolles, je te prie de lui dire bien des choses ; son pied est-il guéri? Adieu, ma chère maman, je l'embrasse tendrement.

€ EDGAR QUINET

« Collège de Bourg, avril 1816*

« Ma chère maman,

€ Je profite d'un petit moment pendant que M. Olivier s'est écarté de la salle d'étude, pour te parler de mes sentiments, car il y a bien longleui, i que je n'ai pu avoir ce bonheur à cause du lonj]; devoir que nous avons toujours eu. Ce soir encore je n'aurais pu t'écrire sans la courte absence de M. Olivier qui veut que je m'occupe d'abord de mon devoir.

« J'ai reçu tout ce que lu m'as envoyé. La musifjue m'a fait un bien grand plaisir, mais je ne suis pas encore assez fort pour la jouer ; il faut que je joue d'autres (morceaux) avant ceux-là. (l'est pourquoi j'en ai acheté de mon argent, car

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M. Pacoud m'en a donné. Tu étais déjà prèle à Taccuser ce bon M. Pacoud ; j'avais toujours beaucoup de confiance dans sa bonté.

« Le gilet que lu m'as donné m'a fait bien plaisir ; je l'ai trouvé très-joli. Je le remercie, ma chère maman, d'avoir toujours èlé persuadée que je pensais à toi. Si tu savais comme j'étais triste de ne pouvoir t*écrire et combien je le suis encore, tu serais toujours assurée de mon amour pour toi.

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