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LES SOUFFRANCES DU VOYAGE

même le jour de Pâques. Elle en voulait aussi au mal de mer d'avoir dérangé son union avec Dieu : « La maladie de mer est un mal véritable. Elle afTecte autant la tète que l'estomac, on n'est capable de rien. Les pensées sont toutes courtes. A peine pouvais -je tirer de mon cœur de petites aspirations et affections froides. Je ne savais que Vltà Pater, ou : « J'ai tout quitté pour vous, ô mon Dieu ! «

Malgré cette souffrance et cette impuissance, elle n'en soutenait pas moins le courage de ses sœurs , surtout de -;rpur Catherine, qui, toute déroutée, répétait qu'elle ne

lyait pas qu'elle dût aller si loin. Durant les mauvais Itinps, la bonne fille, dans son trouble, faisait de la nuit le jour et du jour la nuit. Le beau temps revenu, elle protestait qu'une fois à terre tout irait à merveille, et qu'elle ne voulait pas retourner en arrière. Elle se rassurait d'ailleurs en chantant de sa belle voix l'Are maris sfcJla, que tout le monde écoutait avec admiration et con- -nkition. On avait observé que cette hymne avait le don (le ramener le beau temps. Aussi le capitaine, quand , l'iiragc menaçait, avait coutume de dire aux religieuses du Il ird : « Mesdames, chantez-nous donc cette belle chanson ilu soir, qui fait venir le bon vent. »

La lettre de M"»*^ Duchesne, envoyée de Cuba, annonçait que la navigation touchait presque à son terme : « Car <[u' est-ce, disait-elle, que 180 lieues comparées à plus de '2.200, en bonne ou mauvaise route, parcourues depuis Bordeaux ! »

j Le reste du voyage fut heureux. Un nouveau passager F du nom de Martinez , venant de la Havane , ayant appris f que les cinq religieuses allaient en Amérique pour y por- ! ter le bienfait de l'instruction chrétienne, leur til don de |i 40 piastres, environ 200 francs, les engageant à venir

s'établir à Cuba, si elles ne pouvaient le faire dans la Louisiane. Ce denier de la charité, fructifiant pendant quarante ans entre les mains de Dieu, devait finir un jour par procurer à Cuba la maison du Sacré-Cœur que l'île possède maintenant.

Enlin , le 2.^ mai , la Rébecca entra dans les eaux bourbeuses du Mississipi, dont la couleur se distingue de celle de l'Océan à une grande distance. Le navire, dirigé par un pilote du port, s'avança lentement, à travers les récifs, vers une côte plate et basse de laquelle on voyait surgir de hauts peupliers, et, par derrière, de vertes plaines qu'entrecoupaient des marécages et de grands bois.

Le vendredi 29, on atteignit le rivage. Par une coïncidence où il était impossible de ne pas reconnaître une attention miséricordieuse du Ciel, ce jour était celui même de la fête du Sacré-Côeur! Tous ces retards de la route semblaient avoir été ménagés providentiellement pour amener la joie de cette beureuse journée. Plein de ces sentiments, M. l'abbé Martial lit une exhortation aux religieuses , qui toutes cinq renouvelèrent leurs vœux ; puis il célébra la messe sur la Rébecca pour la dernière fois.

La Nouvelle-Orléans n'était plus qu'à six lieues. On brûlait d'impatience de s'y rendre par terre. Le Cœur de Jésus -Christ pouvait -il refuser cette grâce suprême en un pareil jour? Cependant le soleil baissait, et déjà l'on se résignait à passer encore cette nuit sur le navire, quand, à sept heures , deux voitures se montrèrent sur le bord du fleuve, réclamant M. l'abbé Martial et les religieuses qu'il amenait. Deux prêtres de la ville, informés de leur approche, venaient au-devant d'eux. Deux heures après, la colonie, laissant la Rébecca remonter lentement le Mississipi jusqu'à la hauteur de la ville, descendit à terre, où les attendaient les chevaux.

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