SÉJODR CHEZ LES URSULINES
vellc- Orléans. Dès que les religieuses françaises reparurent à bord pour prendre leurs bagages, elles s'y virent l'objet d'une sorte d'ovation : « Le capitaine déclara qu'il n'avait jamais été plus content de ses passagers , rapporte M""" Duchesne dans une lettre du 7 juin à sa supérieure. Pour ménager les expressions , je ne lui dis pas que je ne Toublierais jamais, mais que je me souviendrais toujours de la Rèbecca. A quoi il a paru sensible. »
Quant à M. Martial, qui avait vu de près la générosité des servantes de Dieu, il écrivait, le 23 juin, à M""*^ Barat : « Monseigneur et vous avez voulu m'humilier pendant soixante-huit jours, en me chargeant de la conduite de personnes dont la vertu m'a souvent réduit au silence... Vous m'avez fourni du moins les moyens de me renouveler dans l'esprit intérieur par l'exemple journalier que j'en ai sous les yeux; car, il faut le dire, pas une seule de vos
I soeurs n'a été en défaut. Les passagers, l'équipage, tous ont été dans l'admiration. »
La colonie était au port ; et jusqu'ici la campagne qu'elle venait entreprendre paraissait s'ouvrir sous d'heureux auspices. Mais l'ennemi, « le fort armé, » veillait sur sa maison; et, du premier coup, il faillit ruiner tout le travail
■|i par sa base, en s'attaquant à la vie de M™° Duchesne.
Peu de jours après son débarquement elle se vit cou-
ji verte, sur tout le corps, d'enflures et de taches livides
? dont elle ne connaissait ni le nom ni le caractère. Elle
".'ii connut bientôt la gravité de son état; et elle l'envisagea :» sans trouble comme sans crainte. Il faut l'entendre raconter elle-même les sentiments qui l'émurent : « Le médecin du couvent me déclara d'un air sinistre que j'avais le scorbut, me faisant des questions qui annonçaient son étonnement de ce que le médecin qui inspecte le vaisseau à son entrée dans le fleuve ne m'eût pas observée. A cette
nouvelle, Octavie vint me dire tout haut, au réfectoire de ces dames : « Ma bonne mère , je vous en prie , ne vous « inquiétez pas! « J'étais loin d'être troublée, mais j'étais sérieitse, par la vue que Dieu ne voulait pas autre chose de moi. Je pensais qu'Eugénie pourrait conduire la barque, qui n'en irait que mieux. Plus heureuse que Moïse, j'étais du moins entrée dans la terre promise, et j'y avais introduit la colonie qui devait guerroyer pour le sacré Cœur. Je vous assure que la mort avait pour moi tous ses attraits , car j'ai bien sujet de craindre, en vivant, de gâter l'œuvre de notre établissement. »
Elle ajoute : « Mais Dieu n'a fait que me montrer ses charmes : après un traitement de quelques jours, je fus rendue à mon état ordinaire ^ . » Elle attribuait sa guérison aux soins de plus en plus dévoués des dames Ursulines : « La maison qui nous a reçues représente les nôtres, écritelle à sa sœur M""^ de Mauduit. Dans aucune autre nous n'aurions reçu plus de témoignages d'affection et d'attentions multipliées. Arrivées chez ces dames , nous y avons trouvé médecin , bains , boissons rafraîchissantes , nourriture choisie , linge de toute espèce : des mères ne pourraient faire davantage pour leurs enfants. Elles parlent même de nous donner plusieurs choses pour continuer notre route -. »
En attendant qu'une lettre de M^'' Dubourg , alors à Saint- Louis , lui assignât le poste où elle devait se rendre, M™" Duchesne observait, interrogeait, s'instruisait sur l'état du pays; et il est juste de dire que tout ne fut pas enchantement dans ce premier regard. La population de la Nouvelle-Orléans, qui était alors d'environ 1.5,000 âmes, tant esclaves qu'hommes libres, ne possédait que deuxlprêtres ! Et
1 Nouvelle-Orléans , 22 juin 1818. — - Item, 2 juin 1818.