LE SACRÉ-CŒUR EST ENVOYÉ A SAINT - CHARLES
Août 1818
La ville de Saint- Louis, bâtie sur une base de roc, I au-dessus du Mississipi , se dresse sur sa rive droite, à quelques lieues au-dessous du point où le Missouri vient se joindre au « Père des eaux », comme les indigènes appellent le Mississipi. Centre d'un cercle d'environ neuf cents milles de rayon , à égale distance de l'extrémité des grands lacs et du golfe Mexicain , des rivages atlantiques et du pied des montagnes Rocheuses, elle règne de là sur l'immense vallée que des collines boisées limitent seules à un horizon lointain. Des hauteurs environnantes, le coup d'oeil est magique. En prolongeant ses regards devant ou derrière soi, on voit se déployer une campagne verdoyante, coupée du nord au sud par une large bande argentée et un peu sinueuse , qui semble une eau dormante , mais qui
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n'en roule pas moins à la mer une des plus grandes masses liquides qui se meuvent sur le globe ^ .
C'est la France qui, la première, a colonisé la vallée du Mississipi. Après avoir fondé la Nouvelle-Orléans, en 1718, à l'embouchure du fleuve, elle établissait en 1764, à cinq lieues en aval de son point de jonction avec le Missouri, un poste de commerce qu'elle appela Saint-Louis, du nom du plus grand de ses rois. Les débuts de la bourgade avaient été laborieux. Saint- Louis ne fut d'abord que le point de départ de ces hardis trappeurs, qui s'enfonçaient dans les déserts pour faire des échanges avec les Indiens , chasser le castor et le bison, et qui revenaient ensuite entreposer leurs pelleteries dans ce lieu de négoce, après chaque campagne. Dès l'origine, la religion avait eu sa place d'honneur dans la petite colonie. Le premier acte des fondateurs avait été de consacrer le sol à Jésus-Christ, en y élevant un autel. Un missionnaire, le Père Meurgu, y célébrait primitivement la messe sous une simple tente où il baptisait. Une petite église de troncs d'arbres avait remplacé latente, en 1770. Rien, dans le village d'alors, ne faisait pressentir le berceau d'une grande ville.
A l'époque de l'arrivée de M'"*^ Duchesne, Saint-Louis ne comptait guère que six mille habitants. Cependant la ville entrait dans une phase de progrès, qui devait faire un jour d'elle et de Chicago les deux reines de l'Ouest. Depuis 1803, elle avait été cédée, avec la Louisiane, aux Etats-Unis, par le premier consul ; et soixante millions de francs avaient suffi à payer toute cette vaste province française, dont les limites n'étaient pas mêmes tracées, et
1 V. Le Monde américain , Souvenirs de mes voyages aux Etats- Unis, par L. Simonin, p. 171 et suiv.; Saint-Louis, ou la Vallée du Mississipi. Hachette, 1876.