PAUVHETÉ DE LA MISSION
ranle prêtres à peine étaient dissénainés lorsque M^'' Dubourg s'était rendu en France , comme nous l'avons vu , pour y recruter une milice, encore trop peu nombreuse, mais digne par son zèle d'une si riche conquête. Tous ceux qu'il avait amenés étaient de véritables ouvriers de l'Evangile, quelques-uns étaient des hommes éminents et des saints. Nous apprendrons à connaître Félix de Andreis, Joseph Rosati et Léon de Nekere , par leurs relations avec M"*^ Duchesne. Le plus grand nombre de ces prêtres, ainsi qu'Acquaroni et le frère Blanca, étaient des lazaristes italiens. D'autres appartenaient à divers ordres religieux ou au clergé séculier, comme Antoine Blanc, Mathias Loras, Chalon , Michel Portier. M^'' Dubourg les avait recrutés en France et en particulier dans le diocèse de Lyon, qui commençait à devenir ce qu'il est aujourd'hui : une pépinière d'apôtres pour les missions étrangères.
A son retour de France , M^'' Dubourg laissa la Nouvelle- Orléans et la Basse-Louisiane, où il avait rencontré de graves difficultés , à un administrateur, et s'en fut établir sa résidence à Saint-Louis , comme au poste le plus avancé de la conquête apostolique qu'il entreprenait.
C'est là que le 21 août 1818 M™° Duchesne, obligeamment conduite par le patron du steamboat, le capitaine Reed, arriva entin auprès de IVP' Dubourg, qui lui fit le plus paternel accueil. Au premier aspect de la demeure épiscopale, la supérieure put comprendre ce qui l'attendait €ans cette rude mission. Une seule et pauvre chambre sortait de dortoir, de réfectoire et de salle d'étude à l'évêque et à quatre ou cinq prêtres dont plusieurs étaient malades. Son église était une baraque en bois, trouée de toutes parts. Le 2S août, surlendemain de l'arrivée de la petite colonie du Sacré-Cœur, on y célébra la fête patronale. M"'° Duchesne, habituée à la dignité des offices pontificaux
dans les églises de France, ne fut pas peu surprise de voir un si grand évèque se tenir debout près de l'orgue, comme un simple chantre , pour y soutenir le chant pendant une heure entière. « Nous voici bien au centre de la pauvreté, écrivait-elle de là quatre. jours après; il y a grande apparence que nous sèmerons ^dans les larmes; heureuses de notre sort, s'il procure à d'autres de moissonner dans la joie, et de voir les enfants de nos prières les environner avec empressement ' . »
Ce que M™° Duchesne trouvait en Amérique , c'était donc l'Eglise des temps primitifs avec sa pauvreté, mais aussi avec ses héroïsmes. Elle se fit de ce spectacle un encouragement. « Je bénis Dieu, écrivait-elle le 2 septembre à la mère Thérèse, de m'avoir caché les obstacles que nous avons trouvés, ou plutôt je le bénis de les avoir entrevus et d'avoir voulu les surmonter... Savez-vous ce qui m'excite? C'est l'exemple des saints pasteurs de ce pays, que le zèle transporte : d'un M*"^ Cheverus, évêque de Boston; d'un M'" Flaget , évêque de Bardstown , couchant dans une houle de sauvage , si percée que les cochons y entrent par les trous. Il dessert plusieurs paroisses, donne jusqu'à sa dernière chemise, et est si pauvre qu'il n'a pas deux sous pour payer le passage de la rivière. Il change la face du Kentucky, où l'on ne connaissait aucune religion il y a dix ans. Enfin, par-dessus tout, c'est l'exemple de Monseigneur, se faisant tout à tous , souffrant avec magnanimité, travaillant sans relâche , sans autres ressources que celles qu'il a tirées de France. Les peines ne lui manquent pas. Mais il est grand dans ses peines ! »
Il était grand , en effet , cet évèque qui , au sein du plus complet denûment personnel, trouvait moyen de bâtir
-s Saint-Louis, 2'J et 31 août. A M'"'^ Uarat ot à la mère Thérèse.