MONSEIGNEUR DUBOURG
cathédrales, églises, collèges, etc., et d'entretenir chaque jour à ses propres frais plus de cinquante personnes, prêtres, clercs, séminaristes, pour le service de l'Eglise. Aussi magnanime de cœur qu'il était faible de corps, lui aussi avait connu la persécution révolutionnaire qui l'avait contraint de s'expatrier. Né dans l'île Saint-Domingue, de colons français , attiré de bonne heure vers le sacerdoce , amené en France pour y faire ses études ecclésiastiques, ordonné prêtre à Paris et entré dans la vénérable compagnie de Saint-Sulpice, il venait d'être mis, jeune encore, par M. Emery, à la tètede l'école préparatoire d'Issy, lorsque la veille du fatal 2 septembre 93 , cette maison ayant été envahie et fouillée par les brigands marseillais et les fédérés du 10 août, il ne dut qu'à la faveur d'une absence fortuite, d'échapper au sabre des septembriseurs. Réfugié en Espagne, où il séjourna deux ans , il était ensuite parti de là pour l'Amérique, où une colonie de prêtres de sa compagnie sY'tait lixée à Baltimore, dès 1791. M*" Dubourg résidait au séminaire de cette ville, lorsqu'il fut demandé par M""' Carroll pour diriger le récent collège de Georgetown, près de Washington. C'est à un ministère pareil qu'on l'employa ensuite à la Havane, puis à Baltimore, où il fonda le collège Sainte-Marie, lequel prospéra à ce point que, dès 1803, la législature de Maryland lui conféra le titre d'Université. Professeur, prédicateur, controversiste , directeur d'âmes, il fut un des premiers à comprendre la vocation de l'illustre M"»® Elizabeth Seton , et à la diriger dans la voie des oeuvres qui la firent si grande. Nommé Vicaire apostolique de la Nouvelle -Orléans, il était donc 1 venu en Europe, en 18lo, recevoir à Rome même le sacre épiscopal ; et c'est au lendemain de cette consécra- 1 lion que nous lavons vu, tout rempli de l'Esprit-Saint, parcourir la France et les Pays-Bas, en em])rasant tous
les cœurs du zèle le plus ardent pour les missions étrangères.
Son retour en Louisiane fut une véritable odyssée apostolique. Ayant débarqué au port d'Annapolis % il se rendit à Baltimore, et de là à Saint-Louis, en vrai pauvre de Jésus- Christ. A la tète des prêtres qu'il avait amenés , on le vit faire bravement cet immense parcours d'au moins cinq à'six cents milles, à travers le Maryland et la Pennsylvanie, un bâton à la main, par des pays sans route, à travers d'épais halliers , se déchirant aux épines; et quand, près de Pittsburg, ses compagnons, le voyant épuisé de fatigue et les pieds ensanglantés, lui avaient amené un cheval : « Je ne m'en servirai pas, leur avait-il répondu. C'est au capitaine à donner l'exemple à ses soldats. » De Pittsburg à Louisville , la descente de l'Ohio s'était faite sur un bateau dont l'évêque était à la fois le patron, le pilote et le matelot , faisant le quart à son tour, et se succédant à la manœuvre lui et ses missionnaires. Dès que, touchant enfin au pays des Illinois, il s'était senti le pied sur le sol de ses missions, il avait commencé par y planter une croix, et à genoux il avait supplié le Rédempteur d'appliquer à cette terre tout le prix de son sang. Il avait profité de son passage par Louisville pour aller visiter près de là, à Bardstown, M""^ Flaget, un ami qu'il n'avait pas revu depuis huit ans. C'est dans sa compagnie qu'il était enfin arrivé à Saint-Louis, le 9 janvier 1818. Son peuple l'y attendait : il marcha droit à l'église, où toute la ville, catholiques et
1 Mp- Duboui'g fut l'apôtre de la flûte du roi la Caravane, qui le ramena en Amérique. Tous les matelots et bon nombre d'officiers se confessèrent à lui , et , arrivés au port , tous lui demandèrent à genoux sa bénédiction. Il était temps de pourvoir à leur salut éternel; car la Caravane, en retournant en France, fut assaillie par une tempête , et l'équipage périt presque tout entier.