‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 114 sur 247 · SAINT-CHARLES DO MISSOURI · texte numérisé non relu

SAINT-CHARLES DO MISSOURI

La maison que l'évêque avait louée pour le Sacré-Cœur dominait le Missouri, à une petite distance. Elle se com- IJi posait de cinq petites chambres, avec une pièce un peu ' plus grande, au centre. Si exiguë que fût cette demeure primitive, on y trouva place pour une petite chapelle, que l'on orna de son mieux Un jour M"^° Duchesne, étant à Grenoble, avait trouvé, parmi les balayures d'une église, une relique de saint François Uégis, et elle avait promis à son saint protecteur de la faire honorer quelque jour dans les missions , si elle obtenait la faveur de s'y rendre. La relique fut placée dans la chapelle de Saint- Charles, proche du tabernacle, comme un trophée de victoire. « Notre chapelle est grande comme le sanctuaire de notre maison de la rue des Postes, à Paris, écrivait M"^^ Duchesne, mais tout est dévot dans ce petit réduit. La statue de la sainte Vierge en touche le plancher. Il y a un beau tableau du sacré Cœur avec plus de cinquante tigures : il vient de Rome. » Un Sauveur ouvrant son cœur et venant aussi de Rome, une Naissance, une Adoration des mages ravissante, un reliquaire contenant sainte croix, épine, éponge, reliques de toute la famille de Jésus-Christ, (le tous les apôtres, papes, docteurs de l'Eglise, etc., reliques de saint Ignace et de saint Régis'!... Comment M'"^ Duchesne ne se serait-elle pas trouvée consolée et satisfaite, ainsi tout entourée des objets de son culte? ("était le ciel, pour ainsi dire, qui descendait sur la terre, ailn de l'assister.

Témoin du contentement de la petite communauté, l'évêque l'excitait par des paroles d'espérance : « Monseigneur nous anime par son exemple, écrivait encore la ■supérieure. Il dit que nous sommes le grain de sénevé,

1 Saint -Charles, 8 octobre 1818.

que les plus grands biens se préparent : il s'est montré fort content d'Eugénie et d'Octavie. Les voyant rire en rangeant leur pauvre maison, il me disait : « Voyez ces « jeunes personnes qui auraient pu briller ailleurs et qui « sont si gaies dans leur position! Ahl c'est superbe! « Quant à nous, nous ne sommes que de vieux pécheurs. » Il a ajouté une autre fois : « Elles sont toutes bien dispo- « sées et plusieurs vont à grands pas^ »

Le 8 septembre , fête de la Nativité de la sainte Vierge , l'évêque célébra la messe sur un autel provisoire; puis le 11, il laissa Notre-Seigneur présent dans la petite chapelle. Il partit le lendemain, car il devait se rendre au Portage - des -Sioux, où M^'^ Duchesne eût bien voulu le suivre, car elle ne perdait pas de vue ses chers sauvages.

Avant de quitter Saint-Louis, le 14 septembre, Monseigneur envoya à M™^ Duchesne l'approbation de l'Institut du Sacré-Cœur de Jésus pour tout le pays de sa juridiction. A cette approbation authentique, il joignit cette vive expression de sa reconnaissance : « Je n'ai qu'à remercier Dieu de ce que, vous envoyant vers des contrées confiées à ma sollicitude , il a comblé les vœux que je forme pour l'éducation de la jeunesse. La prospérité et l'avancement de votre établissement seront, n'en doutez pas, l'objet constant de mes efforts ; et je croirai tout le temps de mon épiscopat, quelque long qu'il puisse être, parfaitement employé , si je puis réussir à consolider et à propager votre Institut dans mon diocèse. »

Mais cet Institut, établi pour les besoins de l'ancien monde, alladt-il s'accommoder aux chrétientés du nouveau? C'avait été d'abord un doute pour l'évêque : « Dan»

^ Saint -Charles, 12 septembre 1818. Autogr.

APPROBATIONS DE l'ÉVÊQDE ET DU PAPE 215

; le principe, dit le journal écrit par M""^ Duchesne, Mon- ; seigneur avait songé à changer quelque chose à nos règles, pour nous conformer aux idées du pays. Mais ayant reçu de toutes la même réponse, que nous ne : changerions rien sans la permission de notre supérieure générale, il dit : « Vous êtes cinq têtes dans un seul «, bonnet; » et plus tard il reconnut qu'il ne fallait rien changer. »

Trois semaines après, M™^ Duchesne recevait un encouragement bien autrement élevé que celui de l'évêque , quelque précieux qu'il fût. Le cardinal Litta, naguère interrogé par M. l'abbé Perreau, nous nous en souvenons, sur l'opportunité de la mission du Sacré-Cœur dans les États de l'Amérique, lui avait transmis dans les termes suivants la réponse de Pie VII, dont communication fut aussitôt donnée à M"'^ Duchesne par la mère Barat. Son Eminence écrivait : « J'ai trouvé que le Saint -Père avait déjà connaissance de cet heureux événement, qu'il a appris avec bien de la satisfaction; et il renouvelle sa bénédiction apostolique à ces bonnes religieuses : « Je me réjouis « beaucoup de cette expédition, a dit Sa Sainteté, et je « prie le Seigneur qu'il daigne bénir les pieuses intentions de celles qui, pour la gloire de son nom, ont " quitté généreusement leur patrie et leurs parents. J'es- < père que Dieu accomplira les desseins de sa miséricorde sur cette vigne à laquelle il envoie maintenant de nom- « breux ouvriers * . »

A cette lettre en français du cardinal Litta, en était jointe une autre du cardinal Fontana, écrite en latin, et également adressée à M. Perreau : « Sa Sainteté, disait-

1 Rome, 3 avril 1818, copiée par M"»" Duchesne, Recueil ta-f<>j

elle, a vu avec bonheur comment, abandonnant tout pour suivre Jésus -Christ et s'élevant au-dessus de la faiblesse de leur sexe, ces courageuses filles n'ont pas craint de franchir un vaste espace de mers, afin de transporter leur pieux Institut dans des pays sauvages, et se consacrer ainsi à la plus grande gloire de Dieu, à l'honneur de l'Eglise et au salut des âmes. Sa Sainteté leur souhaite donc les succès les plus prospères, et elle a donné dans les termes les plus tendres sa bénédiction apostolique, non seulement à celles qui sont déjà parties, mais encore à celles qui se disposeraient à partir un jour. Il ne vous reste donc plus qu'à leur faire part de la bienveillance paternelle 'de Pie VII , et à procurer ainsi à ces saintes filles une consolation précieuse dans leurs peines et un soulagement bien dû à leurs travaux ^ »

jYjmo Duchesne comprit l'importance de ces pièces qui plaçaient son entreprise sous la consécration la plus auguste du monde. Elle voyait désormais sa petite nacelle naviguer, pour ainsi dire, à la remorque de la barque insubmersible de saint Pierre, et elle s'écriait dans une lettre du 8 octobre : « Que de douces larmes ont coulé de. mes yeux en voyant le souverain Pontife ajouter son autorité et sa bénédiction à tant d'autres signes de la volonté de Dieu sur notre mission !

« Demain nous chanterons un Te Deum, et on dira une messe d'action de grâces. »

M. l'abbé Perreau fit suivre ces deux documents d'une longue lettre personnelle à M™^ Duchesne. C'est une lettre de direction spirituelle et temporelle, tout éclairée des lumières de l'esprit de sagesse, tout embrasée des feux

1 Centocelle, 10 avril 1818, copie de M™^ Duchesne. — Ibid., p. IG.

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