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LE VILLAGE DE FLEURISSANT

lies vagues ses herbes ondoyantes; et, pour que la ressemblance fût plus complète encore, il n'était pas rare que le vent y soulevât, comme sur TOcéan, de violentes tempêtes.

L'intendant espagnol qui avait le premier dressé le plan [I du village lui avait donné , en souvenir des souverains de sa patrie, le nom de Saint -Ferdinand, sous lequel nous le ; trouvons fréquemment désigné dans la correspondance de Il M™" Duchesne. On y avait bâti une petite église, à l'ombre I de laquelle une colonie de Trappistes chassés par la révojl lution avait trouvé asile jusqu'en 1812. Le curé, M. Dul| nand, était le dernier débris de cette humble commuli nauté : on continuait dans le village à le désigner par le '-\ nom de Père prieur. C'est lui qui s'était chargé d'approprier la modeste hal^itation destinée aux religieuses. Mais présentement, les travaux n'étant pas achevés, celles-ci durent provisoirement prendre leur demeure dans une . ferme que l'évêque avait achetée, au sein d'une solitude -auvage, environnée de grands bois.

Un prêtre y habitait, surveillant l'exploitation; c'était

'M. Delacroix, que nous venons de voir apparaître à che-

\al sur la rive du fleuve. Belge de naissance, il avait été

du nombre de ces vaillants séminaristes de Gand, que

Napoléon avait violemment incorporés dans son armée. Il

Il avait gardé une ardeur militaire qui le prédestinait à

l'apostolat. Aussi, lorsque M^"' Dubourg était venu à Lou-

vain faire une levée de missionnaires, Charles Delacroix,

un des premiers, s'était hâté de demander une place dans

l:i petite troupe. Les conquêtes hardies, périlleuses, le

tentaient; et on le vit bientôt s'enfoncer dans les régions

iiiculies du haut Missouri, où nulle robe noire n'avait en-

re osé s'aventurer. Intrépide comme un soldat, M. Dela-

oix ne craignait rien, ni le débordement des fleuves, ni

l'épaisseur des forêts, ni la rencontre des serpents et des bètes féroces, ni la profondeur des nuits dans des contrées sans route. Le signe de la Croix était son arme dans le danger. Simple comme un enfant, avait-il à traiter une affaire importante, il ne manquait jamais, avant de s'adresser aux hommes, de s'adresser d'abord à leurs anges gardiens, et à chaque fois l'expérience lui avait démontré que ce n'était pas en vain qu'on se confiait en eux. L'évêque l'appelait lui-même familièrement son ange. Il en avait, en effet, le cœur pour aimer Dieu; et on eût dit qu'il en avait les ailes pour le servir.

Les religieuses apprécièrent tout de suite l'abnégation de ce prêtre selon Dieu : « J'arrivai le soir de notre départ à la petite maison, rapporte M""" Duchesne. Là j'appris avec peine que M. Delacroix avait quitté cette demeure qui nous était destinée, pour se mettre dans une cabane ouverte de toutes parts comme une cage d'oiseaux. » C'était une de ces huttes à claire-voie où les colons avaient coutume de mettre sécher le maïs. « M. Delacroix y en-i trait par un trou qui servait de porte et de fenêtre, et si étroit que nous n'avons pas pu y introduire une chaise ^ »' Exposé à tous les vents , le charitable missionnaire y avaiti pris une fièvre qui le dévorait depuis plusieurs jours. Apprenant son état, Monseigneur ordonna qu'on lui bâtiti promptement une demeure fermée. On trouva de vieillesplanches que l'on ajusta, et c'est ainsi qu'en huit jours « une chambre fut faite et parfaite », dit M"^^ Duchesne.i On construisit auprès, sans plus de frais, une chapelle où l'on put garder le saint Sacrement. « Dès lors, dit cette* femme de foi, nous fûmes établies selon nos vœux, Car qui a Jésus a tout. » — « Le bon Dieu, dit-elle dans une autre

1 Fleurissant, 28 septembre 1819, et Journal, p. 10.

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