‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 124 sur 247 · INSTALLATION A FLEURISSANT · texte numérisé non relu

INSTALLATION A FLEURISSANT

avaient été amenées à la ferme de Fleurissant : x On est , (Ut M""" Duchesnc, tellement accoutumé à être mal logé dans ce pays, qu'on n'est pas rebuté de nous conlier des pensionnaires des plus riches familles. » Les soins de l'éducation donnée à ces enfants, une retraite prêchée par M. de Andreis et les travaux des champs, remplirent les quatre mois environ que dura le séjour à la ferme. ^ A la lin de décembre 1819, le curé de Fleurissant écrivit à M"""* Duchesne que « la terre sainte était prête et lui serait ouverte avant Noi'l ».

Celle-ci y fut le 21 décembre de grand matin. « En

arrivant au village, raconte une de ses lettres, j'entendis

sonner la messe, et allai d'abord à l'église. Les paroles.

de la liturgie m'ayant rappelé qu'on célébrait en ce jour

'■ la fête de saint Thomas apôtre , mon âme se sentit dilatée

'■ par la joie de mettre le pied dans notre établissement en

'■ un tel jour. Saint Thomas et les deux saints François

I Xavier et Régis furent tour à tour suppliés d'obtenir de

S Jésus et de Marie que cette fondation fût à la gloire de

\ leurs Cœurs ^ . »

)^ Le 23 et le 24, les autres religieuses, empaquetées dans il des couvertures de laine , transies de froid , hérissées de glaçons, poussant difficilement leurs bestiaux devant elles, arrivèrent successivement, à pied et enfonçant jusqu'aux noux dans la neige, sans autre indice de route que la ice récente des cochons et des animaux sauvages. Mais faut permettre à M""" Duchesne de nous donner ces détiils, dans une simplicité qui met les personnes et les •"hoses sous les yeux: « Le froid, écrit-elle, nous ôtait •'>ut mouvement. J'avais voulu conduire avec amitié notre rnifTC vache, n'ayant jamais pu la lier, et j'avais rempli

1 LeUre du l" mars 1820. Journal, p. 13.

mon tablier de maïs dans l'espoir de me faire suivre. Mais elle , préférant sa liberté , courait à travers les champs et les broussailles, que nous traversions pour la rattraper, enfonçant dans la neige, et accrochant aux buissons nos voiles et nos habits ; de sorte que nous linîmes par prendre le parti de la laisser retourner à l'habitation... Je portais dans mes poches mon argent et mes papiers; mais les attaches se rompant, tout tomba dans la neige, ainsi qu'une montre, qui s'y enfonça comme le reste. Le vcnl ayant soufflé de la neige sur mes gants, ils étaient gelés sur ma main ; et mes doigts étant incapables de rien tenir, il fallut qu'Eugénie vînt m'aider à ramasser sac et poches que je dus porter sur le bras. »

On arriva tard, s'étant trompé de route. C'était la veill( de Noël. « L'endroit destiné à tenir lieu de chapelle fu aussitôt débarrassé du bois qu'il contenait; des draps rem placèrent la clôture du fond; on s'occupa à dresser ui autel à la hâte, et le reste de la soirée fut employé à \> garnir et à se confesser. A minuit, M. Delacroix y célébn la messe ; toute la maison y assista ; les ouvriers employé à la construction y vinrent aussi et y communièrent, étan' tous pieux ^ . »

Cette construction de la maison du Sacré-Cœur fut 1 dernière œuvre du vénérable trappiste Marie-Joseph Du nand. Autrefois compagnon de l'abbé de Lestrange dan l'émigration, envoyé par lui dans le Kentucky el l'IUinoi!; il avait commencé à y élever deux maisons que le feu, It maladies et diverses calamités avaient anéanties. Enfin après avoir parcouru les déserts , bravé les immenses ii candies des savanes, échappé à la poursuite des jaguars <

1 Lettre du !<"■ mars 1820 aux élèves de Sainte-Marie, feuille 2 5 et 6. — Item, Journal, p. 13.

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