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SA CHARITÉ POUR LES PRÊTRES

des serpents, il faisait maintenant la guerre, avec non [ moins de vigueur, à des vices plus indomptés que les i bêtes. Sa paroisse l'adorait. Mais, épris du souvenir de sa I première solitude, le Père Prieur aspirait à aller reprendre l sa chère clôture de la Trappe; et, en effet, nous le voyons |; se rembarquer pour la France au mois de mai suivant. On put bientôt comprendre à quelle fin providentielle le Seigneur avait placé dans cette campagne retirée la petite colonie de M™° Duchesne.

En premier lieu, Fleurissant se trouvait être, par suite :[ du voisinage de la ferme de l'évêque, le quartier général des missions de la Louisiane et du Missouri. Là, en effet, 1 venaient se reposer de leurs fatigues et prendre le mot i d'ordre pour de nouveaux combats les prêtres dispersés dans l'immense diocèse. M^^ Duchesne comprit que la mission du Sacré-Cœur était de les recevoir et de les assister, et quel empressement généreux elle y mettait! I 11 jour, par exemple, M^"" Dubourg, ayant dîné à la maison avec quelques-uns de ses prêtres, ne fut pas peu surpris de trouver, en sortant, le pauvre repas des religieuses installé sur un banc, faute de l'unique table qu'on venait de lui prêter : « Sans doute , écrivait la charitable supérieure à la mère générale, cela cause des dépenses <rargent, de temps et surtout de régularité. Je ne m'en \ suis consolée que parce que ces pauvres prêtres, ruinés de j: travail , trouvent un peu de lion air et de repos à Fleurissant, où ils ne peuvent être traités que chez nous. C'est d'ailleurs une partie de ma vocation, ainsi que je vous le disais avant mon départ de France : « Quand je ne « servirais qu'à faire la cuisine aux prêtres, je serais « contente \ »

' Fleurissant, 29 août 1820.

On le comprend, ce n'était qu'en se privant de tout que la communauté pouvait donner un peu. La même lettre disait : « Je me suis trouvée , ce mois-ci , avec six sous el demi en bourse, outre les dettes. » Et ailleurs : « La pauvreté ne nous coûte point, quand elle ne fait que retrancher pour nous. Une pauvreté abjecte, dépendante, rebutée, étant celle de Notre-Seigneur, nous l'embrassons comme venant du Cœur de Jésus. Ce que je vous exprime là est le sentiment de chacune de vos filles de la Louisiane. Mais ce sont les dettes qui me piquent le cœur. »

Ces dettes s'aggravèrent tellement, qu'il arriva un moment où les créanciers menacèrent de saisir la nouvelle maison et d'en expulser la communauté. Dieu intervint ù temps. Des secours envoyés de France par la mère générale , par les mères GeolTroy, de Marbeuf et de Gramonl d'Aster, ainsi que par M"»"® de la Grandville et Rollin. remirent à flot la petite barque : a Ah ! disait M"^° Duchesne dans sa reconnaissance, je suis si confuse des peines que l'on prend pour nous, et de tout ce que nouï coûtons, que cela serait capable de me faire repentir d< mes anciennes poursuites pour venir ici , si je n'étais tou' jours persuadée que c'est la volonté de Dieu que nous \ soyons ' . »

C'était de concert que ces âmes oublieuses d'elles-mèmei bénissaient, glorifiaient cette volonté divine, si rigoureusi qu'elle fût : « Nous sommes bien contentes dans notre pe tite maison de briques, écrivait M™° Berthold à la mèr générale. M™"' Duchesne nous y donne l'exemple de toute les vertus ; et malgré la souffrance que me cause la dou leur d'être éloignée de vous, je n'en serai pas moin courageuse à consommer le sacrifice renaissant chaqu

1 Au P. Barat, mars 1821.

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