LA MISÈRE DE FLEURISSANT
jour... Ne porté -je pas sur ma poitrine : Cor iinum et ; anima iina? Fleurissant, Paris, Grenoble, Amiens, Saint- Aclieul, etc., sont tous renfermés dans cette chère devise. Les milliers de lieues, la mer, le Mississipi, ne sont pas des distances dans le centre adorable du Cœur de notre Maître ^ . »
Donnant le ton la première à cet h^mne d'action de grâces, M"^*^ Duchesne écrivait peu de temps après :
Toutes, nous persévérons dans l'espérance que nous
Mins bien établies un jour. Mais maintenant les ténèbres t bien profondes pour y voir. Nous avons du moins
xpérience qu'on peut allier le bonheur avec beaucoup . peines. Nous sommes toutes contentes de notre destination, n'avons aucun repentir, et sommes disposées à Itmeurer en paix au milieu des mauvais succès *. » Cette disposition, elle la montra bien, lorsque, dans ce même temps, son frère, qui n'avait pu comprendre son départ, lui ayant fait offrir une somme pour revenir en France : ■( Dites-lui, lui tit répondre sa courageuse sœur, qu'il . emploie plutôt cet argent à payer le voyage de deux nouvelles religieuses pour la Louisiane. »
Ainsi, comme une sentinelle d'avant-poste, perdue dans le désert, loin des grandes batailles et des affaires glorieuses, M™« Duchesne protestait qu'elle et ses filles resteraient à ce poste, patiemment et joyeusement, l'arme au bras, manquant de tout, sous un ciel de glace ou de feu, jusqu'à ce qu'elles fussent relevées de leur faction par la mort ou par la victoire.
L'œuvre de la charité, de l'hospitalité, telle que nou-
iions de la peindre , ne préjudiciait pas à celle de l'édu-
• * Fleurissant, 19 mars 1819. — ^ En 1820 (sans date de mois),
cation. Même celle-ci semblait avoir gagné à la translation de l'école au sein d'mie solitude tranquille. Si Fleurissant avait le désavantage d'être éloigné de la ville, il avait en retour, remarquait M™" Duchesne, « moins de chaleur que Saint-Louis, moins de moustiques et de maringouins, moins de visites de parents et de sorties d'enfants ^ . » Dès le mois de mai 1820, M""^ Aude faisait savoir en France que le pensionnat comptait vingt et une élèves, dont la moitié environ était de la congrégation des Enfants de Marie. « Ici nos pensionnaires vont bien mieux qu'à Saint- Charles, » écrivait M™^ Duchesne dès novembre précédent-. Elle racontait, dans une autre lettre, des traits d'humilité dont le courage faisait son admiration. Telle grande jeune fille allait de son propre mouvement se jeter aux genoux de sa compagne en plein réfectoire, et lui demandait pardon d'avoir mal parlé d'elle; telle autre s'appliquait à reproduire la vertu de saint Louis de Gonzague ; telle encore à imiter le zèle de saint François Xavier. Chacune avait choisi son patron et son modèle, s'eftbrcant i l'envi de faire do Fleurissant une sorte de ciel sur 1; terre ^ . « Nous avons aussi , écrivait la supérieure quelques élèves protestantes qui paraissent bien disposée: pour notre religion. Mais M""^ Dubourg est d'avis di prendre toutes les précautions , pour que les jeunes personnes restent maîtresses d'elles-mêmes quand elles fon un pas de cette importance. » Plus tard , on adressa ]\Imc Barat une lettre rédigée par une des pensionnaires et revêtue de la signature de seize de ses compagnes, dan laquelle on disait : « Ma bonne mère, priez pour nous Offrez-nous au sacré Cœur de Jésus, et priez-le qu'il nou
1 Lettre du 10 mars 1821. — - Lettre du 28 novembre 1819. - 3 Lettre à M"« L. de Vidaud, 10 avril 1821.