SA MALADIE ET SA GUERISON
que dans cette circonstance : c'était un père qui ne trouvait de consolation qu'à soulager notre peine , nous pro- ' mettant qu'il serait toujours notre protecteur , notre soutien et notre plus fidèle ami. Il resta avec nous pendant deux jours, et ne repartit qu'à regret le troisième,, rappelé à Saint-Louis par une lettre pressante. »
j ,Grâce au ciel , M*^ Duchesne fut mise hors de danger. I Elle en avait aussitôt reconnu la gravité , mais sans en être [ ni troublée ni déconcertée ; et voici avec quel calme elle en j écrit le 30 octobre à M""^ Barat : a J'ai fait une maladie I qui, avec la convalescence, a duré deux mois. J'ai reçu ; le saint Viatique : jamais je n'ai été si près de voir Dieu. [ Après avoir eu tant de fois des désirs brûlants d'être avec \ Lui , au moment où je pouvais espérer de le posséder, je j n'ai senti que le néant de mes œmTes, l'exactitude des ï jugements de Dieu et le vide de mon cœur. » La même ; lettre exprime sa reconnaissance envers le jeune docteur \ qui l'avait soignée avec une sorte de religion , et un désin- > téressement qu'elle appelait filial.
Mais ce fut surtout au divin médecin qu'elle voulut * rendre grâces. L'empressement qu'elle mit à l'aller visiter, faillit même compromettre son rétablissement. « Un jour, dit M™"^ Aude , qu'il faisait extrêmement froid , pouvant à peine se soutenir, elle profita d'un moment où je n'étais pas dans sa chambre pour s'habiller et descendre ellemême dans la chapelle , qui est une vraie glacière. Elle y resta jusqu'à ce que le cœur eût achevé de lui manquer. Je tremble que cette mère que nous aimons tant ne nous -^oit enlevée par quelque imprudence; elle n'écoute que les mouvements de sa ferveur ^ »
Elle relevée, une autre tomba. A peine M™° Duchesne
' A M^e Barat; octobre 1820, p. 201 du Recueil.
reprenait-elle quelques forces , que M"^'' Octavie se fractura le bras, et dut prendre le lit pour trente à quarante jours, avec une tièvre ardente , accompagnée de délire. M'"" Aude, de son côté , épuisée de fatigues , était fort languissante : « Ah! écrivait cette âme altérée de Dieu, si le Soleil de justice daignait seulement darder un de ses rayons sur ce fruit encore vert, et le faire prompt(àment mûrir pour le ciel, afin que de la sorte il ne fût plus en proie au ver rongeur de l'orgueil! J'en éprouve une joie qui fait d'avance tressaillir mon cœur? Et que fais- je ici -bas, où je n'aime pas Jésus ? Non , je n'aime que moi. Demandez que j'aime Jésus pour consoler ma misère, mais surtout que je l'aime en sachant souffrir^. »
C'est au milieu de cette détresse que la communauté perdit M. de Andreis, qui était pour elle un guide, un père et un modèle. M"^^ Duchesne écrivait encore le 30 octobre : « Monseigneur, tout le diocèse, et nous en particulier, avons fait une grande perte en la personne de M. de Andreis, provincial des Lazaristes, premier vicaire général, homme grand en sainteté et en talents pour le ministère , avec une science prodigieuse. Une fièvre putride l'a enlevé, comme j je commençais à être mieux. Tout Saint-Louis , y compris juifs et protestants , a suivi son corps et regretté sa mort. On compte déjà plusieurs miracles de lui *. »
1 Fleurissant, 20 mai 1820.
- M^ Rosati raconte que le jour des obsèques de ce grand serviteur de Dieu, le 15 octobre au matin, à l'heure où son corps fut s exposé revêtu de Ses habits sacerdotaux , une grande et belle étoile apparut dans le ciel, au sein d'un jour serein, exactement audessus du point où reposait le corps de ce saint homme. Son éclat fut visible pour tous , durant trois heures , et elle ne disparut qu'au moment où le corps fut conduit à l'église pour l'inhumation. {Life of thc venji Rev. Félix de Andreis, ch. vui, p. 171.)