LA PREMIÈRE NOVICE AMÉRICAINE
En eflet, ce fut bien en qualité de victime qu'entra au
Sacré-Cœur cette sœur Mary Layton% que, de la pomp(;
(Je cette fête, on vit passer résolument à l'étable de la
maison. « Notre novice persévère en toute humilité, se
plaignant seulement de n'être pas assez reprise, écrivait
M ■ "= Duchesne à la mère Barat. On ne peut se faire une
idi'O de ce qu'elle souffre à tirer les vaches dans la boue,
la neige , la glace , souvent avec la pluie sur le corps ou
I exposée à un froid qui ôte tout mouvement. Un jour il a
t fallu couper le lait avec un couteau et un marteau comme
y on casse le sucre. Et cependant l'hiver a été moins rigou-
l reux que l'année passée*. »
i ! Le rempart que l'orgueil avait opposé aux vocations reli-
I'.gieuses ayant été forcé par cette généreuse fîlle, d'autres [suivirent la même voie avec une ardeur pareille, et les . religieuses du chœur y entrèrent à la suite des sœurs coadjutrices.
Le 19 mars, fêle de saint Joseph, M"'' Emilie Saint-
'Cyr reçut le voile, en même temps que la sœur Summer.
'Puis une double vocation parut spécialement à M'"^ Du-
I ^fhesne la réponse de Dieu à tant de sacrifices. Depuis
i quelque temps ses lettres parlaient de deux pensionnaires,
l 'deux sœurs, d'une famille et d'un mérite distingués, qui
''lui semblaient être appelées au Sacré-Cœur. C'étaient
M-"- Mathilde et Eulalie Hamilton, les mêmes que nous
•ns vues précédemment demander à M"^° Barat l'aide de
- prières, pour n'être jamais séparées du Sacré-Cœur de
• Jésus.
La famille de ces deux pensionnaires d'espérance, sortie
' La sœur Mary Laylon est morte au mois de mars tsTO, apn' avoir travaillé cinquante-six ans dans la Société. - Fleurissant, 18 février 1821.
du Maryland, s'était établie proche Kaskaskias, dans la haute Louisiane. Cette maison était l'asile des missionnaires français que l'évèquc y envoyait pour y apprendre l'anglais, et qui y recevaient une hospitalité digne des anciens jours. Dieu l'en paya par la vocation religieuse d'Eulalie et de Mathilde. Leur grand'mère, M'"e Fenwick, une femme admirable, leur avait donné Texcmple d'une solide vertu. Mises ensuite en pension à la ferme de Fleurissant, elles y avaient entendu, sous la direction de M. de Andieis, le premier appel de Dieu à lui appartenir. La première, Eulalie, passa simplement, et comme de plain pied, du pensionnat dans le cloître, où elle reçut le voile le premier vendredi de mai 1821 , avec le nom de Régis qu'elle continue de porter, au service de Jésus- Christ, dans la Société. La seconde, Mathilde, fut plus éprouvée : au sortir du pensionnat, rejetée dans le monde, dont elle devint l'idole, elle y eût oublié ses hautes destinées, si le Seigneur n'eût fait entendre solennellement sa voix. Elle était à la veille de s'embarquer pour l'Europe, quand le P. Dunand, son parrain, étant venu chez elle, décida sa famille à la rendre au Sacré-Cœur. Ellq y revint la veille même de la prise d'habit de sa sœur. Cette cérémonie lit sur elle une telle impression de lu- ,mière et de grâce, qu'elle déclara que désormais, elle aussi, était à Dieu, à la vie, à la mort. Le 16 juin 1821, elle reçut le voile des mains de M'" Dubourg. « Elle prit, dit M™*^ Duchesne, le nom de Xavier, par amour poui l'apôtre des Indes, dont elle avait traduit la vie duran' son postulat, et avec lequel elle avait des traits de ressemblance. »
L'épreuve du noviciat fut pour elle un rude combati Elle le soutint sous le regard de M"i° Duchesne, qui eiij parle de cette sorte : « Notre sœur iMathilde avait un exté-