‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 131 sur 247 · LES DEUX SOEURS HAMILTON · texte numérisé non relu

LES DEUX SOEURS HAMILTON

rieur très engageant , un cœur mâle , une âme généreuse et capable de grands sacrifices. Elle a eu beaucoup à faire pour vaincre l'amour d(^s siens, la délicatesse d(> l'amourpropre. Ce dernier ennemi surtout excita bien des tempêtes dans un cœur naturellement fier et attaché à son jugement. Dieu la laissa longtemps dans de terribles combats : dégoût de ses supérieures, jalousie contre ses sœurs, dépit dé ses fautes , doute contre la foi , tentations de toutes sortes, désespoir même jusqu'à désirer de s'ôter la vie. Son courage et sa foi surmontèrent tant de maux. Indifférente à tout pour la nourriture et le vêtement , elle affligeait sa chair par des ceintures de fer et de fréquentes discipline;? qu'il fallut modérer quand on s'en aperçut. Sous le pressoir des tentations et sous le poids du chagrin, elle était aimable, soumise, toujours prête à obéir, ne donnant jamais un signe de mécontentement'. »

M"^ Duchesne, heureuse de ces virginales conquêtes, se plaisait à en attribuer la grâce au sacrifice suprême d'Aloysia. Cette nièce victime venait d'expirer à Grenoble, le 21 janvier 1821 , dans l'embrassement joyeux de Jésus et de sa croix. M"^° Duchesne se sentait un appui dans le ciel : a C'est, observe-t-elle, depuis la mort de M. de Andreiset d'Aloysia, que les vocations se déclarent. » Et, en particulier, parlant de la prise d'habit de M"° Mathilde : « Il me fallait, écrit-elle, cette consolation pour la perte d'Aloysia 2. »

Une autre consolation à cette immense perte lut ce qu'elle apprit de la précieuse fin de cette chère prédestinée. En ayant lu le récit envoyé de Grenoble , elle n'en pouvait

1 \£uio Duchesne, Vies des religieuses du Sucré-Cœur en Amérique. — Manuscrit antographe, p. 2 et suiv. * A Mme Bigeu, 23 juin 1821.

taire son admiration : « Combien j'ai été touchée des détails de la mort de cette nièce , qui m'a tant devancée dans la vertu et dans la récompense ! » écrivait-elle au P. Barat, peu de temps après ^ Et un peu plus tard à la mère générale : « Cette vie si courte et si bien remplie me fait davantage sentir l'inutilité de la mienne, et l'abus de tant de grâces qui me laissent imparfaite et immortifiéc. Plus je les repasse, plus elles m'étonnent et me font trembler. Je distingue entre toutes celle d'appartenir à la Société à qui j'ai procuré Aloysia. Puissent ses mérites couvrir mes fautes et m'obtenir la réparation du passé ^. » Et enfm, écrivant à sa sœur M""' Jouve , pour la consoler, elle commençait par lui dire que « la distance n'avait fait que resserrer dans son cœur le tendre lien de l'amitié, que la religion n'avait fait que la spiritualiser pour la faire durer toute l'éternité » . Puis sa foi couvrant ce deuil d'une image de gloire : « Je t'appellerai une mère heureuse, lui écrivait- elle, puisque ce que ton cœur souffre de la séparation d'avec ta fille chérie, ne peut balancer la consolation de donner des saints à la religion et des protecteurs devant Dieu à toute ta famille ^ . »

Par suite de ces exemples et de l'initiative des deux sœurs Hamilton, il y eut un élan vers le Sacré-Cœur tellement prononcé dans le pensionnat, que la prudente discrétion de l'évêque s'en effraya. « Monseigneur ne veut pas, écrit M™° Duchesne, que nous laissions rien lire à nos enfants qui les détermine pour nous, car les parents commencent à s'en effrayer. Il exige que nous répondions, quand elles parlent de vie religieuse, qu'il faut d'abord qu'elles aillent dans leurs familles pour s'éprouver*. »

1 Fleurissant, 23 juin 1821. — 2 A M'"" Barat, 2'i juin 1821. — 3 Fleurissant, 17 septembre 1822. Recueil, p. 103. — '' Au P. Barat, 23 juin 1821.

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Mais combien celte épreuve n'était-elle pas périlleuse! M''" Ducliesne plaignait celles de ses élèves qui, « ayant emporté leur vocation dans le monde, y avaient à lutter contre la répugnance extrême des parents, la séduction lies plaisirs, les sottes plaisanteries et les continuelles propositions de mariage. )> Elle plaignait également celles (jui, dans le pensionnat, devaient étouffer leurs désirs « et guider le silence, sous peine d'être retirées tout de suite lia Sacré-Cœur^ ». Mais revenue maintenant de ses préventions contre la prétendue stérilité du pays, M™« Duchesne lui rendait ce légitime hommage : « C'est parmi les Américaines que nous nous recruterons le plus promptement. Elles sont plus pieuses quand elles sont catho- : liques, et plus constantes dans leurs désirs-. » Il ne restait plus aujourd'hui qu'à rendre grâces au Cœur de Jésus de cette première victoire.

Un trophée de reconnaissance fut élevé en son honneur, à l'instigation de M"^'' Duchesne. Elle disait, au souvenir ■ de sa maladie de septembre 1820 : « Je regrettais de mourir avant d'avoir élevé un oratoire public au sacré ' Cœur de Jésus. J'en parlai à Monseigneur, et il a décidé que l'église de Fleurissant qu'il projetait de construire I serait dédiée au sacré Cœur, et que saint Ferdinand n'en i serait que le second patron ^ » Sa joie fut donc à son . comble lorsque, le 19 février 1821, elle-même présenta ; la première pierre de ce sanctuaire à M. Delacroix, qui déposa dans les fondements un écrit en latin où se lisaient ces mots : « Laudetur Jésus Christus! Ce 19 février, moi Charles Delacroix, par la permission de notre révérendissime évèque Valentin-Louis-Guillaume Dubourg, ai

^ A M. L. de Vidaiicl, 10 avril 1821. — - k M"" Barat, 23 juin 1824.— 3 Fleurissant, 20 octobre 1821.

posé la première pierre de cette église dédiée au sacre Cœur de Jésus, sous rinvocation de saint Ferdinand et de saint François Régis , M"^" Duchesne supérieure me présentant ladite pierre, et M'"^^ Octavie Berthold et Eugénie Aude étant présentes, ainsi que les autres sœurs, les pensionnaires et plusieurs personnes du village ^ » Ainsi s'accomplissait la parole que M"'*' Barat avait dite à ses tilles en leur faisant ses adieux : « Quand vous ne feriez, dans ce pays, qu'élever un seul autel au sacré Cœur de Jésus, c'en serait assez pour le bonheur de votre éternité. »

Après Dieu, le second hommage de la reconnaissance fut pour saint François Régis. Non contente de le prendre pour second patron de l'église, M™" Duchesne demanda à l'évêque qu'on y plaçât une image du saint : « Je n'en possède point, répondit-il, mais j'attends un envoi de divers objets qui nous est fait de Rome. S'il s'y trouve ce que vous désirez, je vous le donnerai. » Le premier objet qui se présenta à l'ouverture de la caisse fut justement un tableau représentant le saint missionnaire mourant, soutenu par un ange, qui lui montre le ciel où Jésus et. Marie s'apprêtent à le recevoir. On plaça ce tableau dans la chapelle réservée à la petite famille, et il devint l'objet de la dévotion spéciale de M™^ Duchesne.

Sans doute cette première campagne n'avait rien changé au sort misérable de ces braves religieuses, mais elle leur avait donné confiance dans l'avenir. Dès le 11 août 1821, M""" Duchesne écrivait à sa supérieure : « Nous avons un champ toujours bien étroit; mais sans nous le peu de personnes que nous servons ici n'auraient jamais bien connu leur religion et le Cœur adorable de Jésus -Christ.

1 Journal, u" 17.

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