PROGRÈS DE LA RELIGION
Aussi sommes-nous fermes dans la persévérance. Aucune de nous ne se repent d'être ici , et chacune désire y rester et y mourir. Loin de nous lasser dans notre état de médiocrité, nous l'aimons et serions mal dans le bien-être; nous rions dans nos viles occupations comme d'autres dans leurs fêtes, et la mélancolie ne nous rendra pas malades. »
Maintenant il s'agissait de marcher en avant. Le corps d'armée des missionnaires en donnait l'exemple dans toute la Louisiane. M"" Dubourg, que des conflits malheureux avaient éloigné de la Nouvelle -Orléans, venait d'y reparaître, et les populations s'étaient pressées enthousiastes sur ses pas : « La religion triomphe, écrivait- on de là à M'"^ Duchesne. Notre évêque est reçu, partout où il passe, comme le successeur des Apôtres. On va l'attendre à une ou deux lieues sur la route, et on le conduit à l'église, en grand cortège, au son des cloches et du canon. Le peuple se prosterne sur son passage. Quant à lui, il ne cesse de bénir, de prêcher, de confirmer. »
La lièvre jaune qui ravagea la ville, à la fin de l'année 1822, y avait provoqué de nombreuses conversions. André Ferrari, jeune Lazariste génois du talent le plus distingué, y avait trouvé une mort digne d'un saint, d'un héros et d'un martyr. Plus près d'elle, M"'® Duchesne voyait Saint-Louis pourvu d'une cathédrale nouvelle, capable de recevoir la foule des catholiques qui croissait chaque jour. Entin, à l'extrémité de ce vaste diocèse, la tribu des Osages avait député ses chefs vers M""" Dubourg, le Père des Robes noires, pour le conjurer de venir à eux. «'C'est le trait qui me touche le plus, » écrivait M™<= Duchesne, s'adressant au Père Barat. Elle lui mandait» ({u'en allant en mission chez les sauvages, on pourrait encore espérer le martyre, soit de leur part, soit plus sûrement
encore des hommes déréglés qui commercent avec eux ». Deux voyages de l'abbé Delacroix, parmi les Grands- Osages, avaient amené le baptême de plus de quarante Indiens, enfants et vieillards, et donné l'espérance d'y établir une église. C'était d'ailleurs le plan de M^' Dubourg d'espacer des logs-houses faites en bois et en écorce, parmi les chrétientés, encore en formation , et leur servant d'églises, avec une résidence pour les missionnaires qui devaient vivre de la culture des terres d'alentour.
Il n'en fallait pas tant pour activer l'ardeur de M"^"^ Duchesne. Elle aussi projetait de nouvelles conquêtes : « En arrivant ici, écrivait- elle, le 15 août 1821, à la mère Barat, je croyais être au bout de mon ambition, mais je m'en sens encore dévorée jusqu'au Pérou. Ces désirs sont cependant plus modérés que ceux que je vous témoignais en France et qui vous ont tant importunée. »
La supérieure générale avait précédemment décidé qu'avant de procéder à de nouvelles fondations , il fallait que l'Amérique eût fourni son contingent à la Société. Cette condition remplie, on pouvait donc marcher. M'"'' Barat écrivit qu'elle envoyait de Paris un renfort de trois missionnaires qui, se joignant aux recrues faites à Fleurissant, permettrait de tenter de nouvelles entreprises.
Le Sacré-Cœur en Louisiane n'était plus une simple tente qu'un coup de vent renverse sur le sable du désert; c'était un arbre qui, ayant ses racines dans le sol, pouvait commencer à couvrir la terre de ses rejetons.