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SA VISITE AU GRAND-COTEAU

l.a joie de M™® Duchesne, plus profonde, plus calme, fut un peu diminuée par l'air maladif qu'elle trouva à la rolonie : « M"^" Eugénie m'a frappée, dit-elle, par son air défait, ainsi que sœur Mary Layton , qui a été bien malade pendant que j'étais là. M™" Xavier a une petite lièvre nerveuse; M"^° Gérard serait renversée par un souffle. 11 n'y aura de santé que dans mes deux novices , et dans la sœur Carmélite, fille du pays qui est d'un grand secours. Lui trouvant les qualités nécessaires, j'ai engagé M'"'^ Eugénie à la mettre du chœur. »

Bien que le temps de cette visite fût celui des vacances, quelques pensionnaires étaient restées au Grand-Coteau. L'une d'elles, bien jeune alors, fut chargée de complimenter la grande visitatrice. Cette jeune fille d'espérance était 31"*^ Hardey, qui, devenue plus tard religieuse du Sacré-Cœur, puis supérieure - vicaire , et enfin assistante générale de la Société, n'a cessé d'être une mère pour ces maisons d'Amérique dont elle avait été une des premières enfants.

On profita de cette visite pour faire ensemble une retraite. A défaut de prêtre, M'"'' Duchesne dut accepter d'en être le prédicateur, faisant à la communauté des conférences générales et des directions intimes, qui produisirent chez toutes un bien inappréciable, comme nous le témoigne cette lettre de M'"'' Murphy, écrite le 27 août à la mère Barat : « Je viens donc d'avoir la consolation d'embrasser notre chère mère Duchesne. J'avais fait une neuvaine au sacré Cœur de Jésus pour obtenir son arrivée. Vous pouvez aisément comprendre mon bonheur ! Comme le vieillard Siméon, j'aurais presque dit que je n'avais plus rien à désirer, et que j'étais contente de finir mon pèlerinage. J'avais besoin de parler, d'ouvrir mon cœur à quelqu'un en qui j'eusse confiance... La mère Duchesne, à qui j'ai

découvert mes pensées, a apaisé mes craintes. Elle me comprend en français : jamais je ne me suis ouverte avec plus de facilité et jamais non plus je n'ai éprouvé plus de paix qu'en recevant sa décision. Elle est une femme selon mon cœur tout à fait. »

]\Imo Duchesne manifesta la pleine satisfaction que lui donnait le Grand-Coteau : « Cette maison m'a charmée, faisait-elle savoir à la mère générale. La chapelle est dévote, la sacristie bien montée en vases sacrés. Dieu bénit visiblement cet établissement , surtout par les progrès étonnants que les enfants ont faits dans la piété comme dans les études. » Elle en donnait des preuves. « Telle jeune tille, par exemple, qui, jusqu'à quinze ou seize ans, n'avait jamais entendu parler de Dieu, qui jurait comme un démon, qui fumait comme un homme, qui ne se plaisait qu'avec les nègres, avait été baptisée, confessée, communiée, et maintenant elle faisait oraison tous les jours. Telle qui était entrée, ne sachant ni lire ni écrire, lisait et écrivait le français et l'anglais^. » Ces transformations morales et religieuses, un missionnaire les attestait dans les lignes suivantes : « Les dames du Sacré-Cœur font le ^ plus grand bien aux Opelousas ; on leur envoie de petites pensionnaires à demi sauvages, et, au bout de quinze jours, elles les ont rendues comme des anges-. »

On comptait alors dix-sept pensionnaires. « Dieu bénit visiblement tout ce que fait Eugénie, répétait M™° Duchesne dans une de ses lettres; il y a même du merveilleux. » Et ailleurs encore , se plaisant à reconnaître la supériorité de cette vaillante femme : « M"^'' Eugénie est une de ces

1 A M™« de Brosses. Nouvelle-Orléans , il septembre 1822.

2 Lettre de M. Odin, 2 août 1823. — Annales de la propagation de la Foi, t. I, n. v, p. 76, 77; mars 1825.

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