SON RETOUK DU GRAND-COTEAU
I âmes victimes unies au sacré Cœur, qui attirent les grâces I autour d'elles. Sa maison est mieux établie que la nôtre. I Elle est généralement aimée et estimée , et elle le mérite \ par son dévouement et sa prudence'. » Enfin, dans une autre lettre à M""" Barat : « Je ne pense pas que vous ayez en Amérique une fille qui ait plus de solidité d'esprit, des manières plus engageantes , et de plus grands talents pour le gouvernement que M'"'' Eugénie. Joignez à cela le plus entier dévouement et un courage au-dessus de son sexe -. »
Après trois semaines de séjour aux Opelousas, et une séparation qu'elle-même appelle « déchirante », le 2 septembre , M"^^ Duchesne quitta le Grand-Coteau , ramenant avec elle M"® Thérèse Pratt. Elle partit sur une charrette traînée par deux chevaux, dont l'un appartenait à M'"° Aude. « Ce dernier, qui ressemble au cheval de l'Apocalypse, raconte la voyageuse, ne voulait pas avancer ; tous les deux ont fini par s'abattre dans un bourbier; nous h^s tirions inutilement, ma pensionnaire et moi. Enfin le nègre s'est fait cheval, et il est parvenu à traîner la charrette, après que nous l'eûmes déchargée. Nous avons repris les bœufs pour traverser les grandes boues, puis le steamboat du Bayou, et finalement une voiture pour rejoindre l'auberge de Plaquemine. » C'est de là que M"^'^ Duchesne donnait, le 8 septembre , ces premiers détails , attendant depuis cinq jours le passage de quelque bateau sur le Mississipi , et prévoyant déjà que les eaux basses du fleuve opposeraient k son retour plas d'une diflficulté. Elle était loin de prévoir fout ce qui l'attendait.
Ce retour, en effet, ne fut qu'une série d'épreuves et de
1 A ]M™e Bigeu, -20 mars 1823. — 2 A &!■"« Barat, 25 septembre
périls mortels. C'était « l'heure du mal et de la puissance des ténèbres ». Il semble que l'enfer, se sentant menacé par ces braves entreprises, voulait tenter un eiïort suprême, désespéré, en déchargeant les coups redoublés de sa rage sur la tête indomptable de la servante de Dieu.
De Plaquemine, M'"'' Duchesne fut obligée de descendre à la Nouvelle-Orléans, pour y trouver un bateau remontant vers Saint- Louis. Elle y fut reçue de nouveau chez les dames Ursulines, ({ui n'avaient cessé de lui être secourables. Là, elle tomba malade. Les soins lui furent prodigués; mais le climat était contraire, elle ne put se remettre, et le médecin lui prescrivit de s'éloigner sans retard, si elle voulait échapper à la fièvre jaune , si meurtrière dans le delta du Mississipi. « Moi-même, écrit-elle, je désirais partir, quoique je ne me sentisse pas en état d'entreprendre un voyage de quatre cents lieues dans des pays déserts. »
Un steamboat, l'Hécla, se trouvant en partance, elle se hâta de le prendre. Elle n'y monta cependant, ainsi qu'elle s'exprime, « qu'avec une sorte d'horreur, » l'horrour qu'inspire le tombeau. A peine y fut-elle que les accès de son mal, jusqu'ici maldélini, devinrent plus violents et caractérisés : c'était la fièvre jaune. La terrible épidémie régnait sur le navire , et dès le second jour de la navigation, on y comptait trois morts , dont le capitaine , son second et un des passagers. Le même jour, un pauvre jeune homme qui venait de France, où il avait déjà été fort souffrant à l'hôpital de Lyon , se trouva pris de telles douleurs qu'on dut le déposer à terre, à l'entrée d'un village où il expira. « Il y avait là fort heureusement un prêtre, » écrit M'"" Duchesne, noblement indignée du peu de compte que ces gens faisaient de la vie de l'homme et surtout de son âme. « Je souffrais do toute manière , écritelle, de voir les hommes mourir là, ni plus ni moins que