DÉSOLATION DE SON ZÈLE
d'autant plus chère qu'elle est plus abjecte et plus souffrante ^ . »
Hjme Barat lui tît une belle réponse : c'est une humilité qui répond à une autre, pour se relever ensemble dans le môme sentiment de la conliance en Dieu. « Ma chère Philippine, comment espérez- vous être déchargée de la supériorité? Une autre que vous aurait plus de vertu, sans doute; mais ne pouvez-vous pas, par votre zèle pour votre œuvre et le salut des âmes, acquérir ce qui vous manque? Hélas! ce n'est guère à moi de vous faire cette leçon; j'en ai plus besoin que vous; et cependant ne faut-il pas que je continue à porter mon fardeau, qui augmente tous les jours? Ayons donc confiance dans le Cœur de Jésus. Il soutiendra notre faiblesse, il réparera nos sottises; et même il les fera tourner à notre bien. S'il en agit ainsi envers votre mère coupable et si infidèle, que ne fera-t-il pas pour vous ' ? »
jjme Barat avait raison. Dieu ne détruit que pour construire ; et s'il démolissait le pensionnat pierre par pierre , c'était dans le dessein de porter tout TefiTort de ses courageuses filles sur un autre terrain , où il se préparait à édifier de grandes choses.
On pouvait déjà remarquer au milieu de ces désastres que , chose étrange ! le noviciat de Fleurissant croissait en proportion de ses adversités. L'arbre gagnait en racines ce qu'il perdait en rameaux. Le 20 mars 1822, M™® Duchesne mandait à ses mères de Paris : « Dans cette lettre, je ne ferai point de jérémiades, parce que je suis consolée d'avoir donné le voile, lo dimanche dans l'octave de saint François Xavier, à notre sœur Elisabeth Hubert, élève de l'école externe, âgée de seize ans, bonne, travailleuse et
* Fleurissant, !«' septemJjre 1824. — - Paris, 1er janvier 1825.
ferme dans sa vocation. Un plaisir plus grand encore nous était réservé pour la fête de saint Joseph. Hier, nos sœurs Xavier et Régis Hamilton et la sœur Mary-Anne ont fait leurs premiers vœux : c'est la fleur de nos novices, les deux premières surtout. Sœur Régis croyait ne pas pouvoir passer ce jour sans mourir, tant sa joie était grande. Elle le rappelait si souvent que je commençais aie craindre. Nous eussions fait une grande perte! »
La pauvreté eut bien les honneurs de la fête, car à quels expédients les novices et les professes ne durentelles pas recourir pour se procurer leur habit complet! Les restes d'une vieille soutane laissée à Fleurissant par le père Dunand avaient fourni un manteau à la sœur Régis. La sœur Mary-Anne Summer avait trouvé son fichu et son voile dans la robe de crépon d'une pensionnaire; la sœur Xavier Hamilton, la seule habillée à neuf, ne s'en fût pas consolée, si on ne lui avait donné une vieille pèlerine usée et misérable, « pour porter en quelque endroit les livrées de son Epoux , pauvre volontaire. »
Certes rien d'humain n'entrait dans de telles vocations; et cet état de pauvreté leur donnait un caractère de désintéressement, ce rude apprentissage leur donnait des garanties de solidité, qui faisaient de cette vie de martyre le sujet des actions de grâces de M"^"* Duchesne : « Il y a cet avantage ici, que nos novices s'exercent à une vie dure et de privations. Je vous dirai que je plains un peu celles qui ont eu toutes leurs commodités. Ici il faut être à tout : l'une va tirer les vaches, non dans une étable, mais souvent dans un pied de boue, à la pluie, à la neige; l'autre s'enfume à la cuisine; l'autre chauffe le four. A chaque instant on traverse des cours , vraies fondrières de terre grasse qu'il n'y a pas moyen d'affermir. Les appar-