PAUVRETÉ ET ACCROISSEMENT DU NOVICIAT
tenicnts et les habitudes se sentent do ces inconvénients. Point de sabots ni de galoches, cela est inconnu. » Mais I l'amour supporte tout : Omnia suffert. Les nouvelles religieuses, novices et aspirantes, le disputèrent en courage avec les anciennes; et ne voyant dans ces labeurs et ces privations que le calice de Celui qu'elles venaient d'épouser^ elles écrivirent collectivement à M"'^ Barat, pour lui foire part, disaient-elles, « de l'excès de leur bonheur, » l'assurant, en même temps, de leur résolutioa « d'être des victimes dévouées au sacré Cœur de Jésus ».
La mère Barat leur envoya le 22 avril sa bénédiction : « Vous serez les premières pierres destinées aux fondements de l'édifice du Sacré-Cœur dans ce pays immense. Le Seigneur vous bénira; il multipliera votre nombre, et, comme en France, vous verrez plusieurs établissements se former par vos soins. »
On touchait à l'accomplissement de ces vœux; l'année suivante apporta à la communauté, et au noviciat en particulier, le plus désirable comme le plus inespéré des bienfaits du Ciel. Ce fut celui d'une direction qui, s'inspi- 'rant de l'esprit primitif de l'Institut, allait imprimer un mouvement uniforme , propre et régulier à la colonie du Sacré-Cœur, provoquer, soutenir, organiser son zèle par un puissant exemple, et ainsi faire entrer son progrès spirituel et son apostolat dans une nouvelle phase.
Depuis son arrivée dans les missions étrangères, M'"^ Duchesne n'avait cessé d'appeler pour elle et ses tilles un directeur de la Compagnie de Jésus. Si dès l'enfance elle avait suivi d'un regard d'envie et d'admiration les missionnaires de cette Société parmi les tribus sauvages, combien plus aujourd'hui désirait-elle leur présence , dans ce pays naguère fécondé par leurs sueurs et arrosé de leur sang! Longtemps elle avait pi-ovoqué et espéré la
venue du Pore Barat. Mais ce père se faisait vieux, et, désespérant d'obtenir l'autorisalion de ses supérieurs, il répondait aux instances de M"^"^ Duclicsne « qu'à moins d'être enlevé et porté par un cheveu, comme le prophète Habacuc, il n'avait plus l'espoir de traverser les mers ». Le Père Varin disait de même dans une de ses lettres : « Vous avouerai -je qu'avec une pauvre et chétive santé, je sens tous les jours un désir pressant de consacrer mes derniers efforts et mon dernier souffle au service et à la consolation de votre petite colonie ? Il me semble que je serais au comble de mes vœux, si Notre-Seigneur, par l'organe de ceux qui le représentent, me disait : « Pars, « et va au secours de ma nouvelle famille de la Loui- « siane'. » C'était là purement le rêve d'une grande âme; personne n'y voyait rien de plus.
Mme Duchesne fut exaucée, mais d'une autre manière. A cette époque, onze Flamands, pères ou frères jésuites, chassés de leur pays par la persécution du roi des Pays- Bas, Frédéric-Guillaume de ^'assau, étaient venus chercher un refuge en Amérique, dans le collège de Georgetown, qui appartenait à la Compagnie de Jésus. Dans ce mème< temps, M^'" Dubourg venait de quitter Saint-Louis, et, I inquiet de la disette de prêtres que son départ laissait aui Missouri, il s'en fut à Georgetown demander aux réfugiés' de venir s'établir dans son diocèse. Ayant, dans ce même voyage, visité à \Yashington le président de la république, il en avait obtenu la promesse de sa protection, et même celle d'un subside, pour l'établissement des missions ini' diennes sur le Missouri et le haut .Mississipi. C'était principalement cette œuvre qu'il proposait aux réfugiés de Georgetown. Le recteur était le père Charles Van Quic-«
1 Paris, 13 avril 1820. Recueil de M"* Duchesne, 26e lettre, p. 39.