VENUE DES JÉSUITES AU MISSOURI
kenborn, homme d'une grandeur d'âme et d'une constance de foi qui le plaçaient au-dessus de tous les événements. Le père Temmermann , autre type du zèle apostolique et de la sainteté religieuse, avait la charge d'assistant. C'étaient les deux seuls prêtres et profès de cette petite troupe. Cinq novices de bonne famille, s' arrachant furtivement et précipitamment aux bras de leurs parents , les avaient bravement suivis dans leur exil : l'un d'eux était Pierre de Smet, le futur apôtre de l'Orégon, du Kansas et des montagnes Rocheuses. « Sept jeunes "gens, tous Flamands, remplis de talents et de l'esprit de saint François Xavier, avancés dans leurs études, âgés d'environ vingt-deux à vingt-sept ans, avec leurs deux excellents maîtres et quelques frères, voilà, écrivait M*"' Dubourg, ce que la Providence accorde enfin à mes vœux! S'il m'avait été permis de choisir, je n'aurais rien pu désirer de meilleur. »
Ils acceptèrent donc les oll'res ou plutôt les espérances .de M"'' Dubourg, car il ne pouvait guère leur donner autre chose : « Ils viennent ici sur l'unique fonds de la Providence, écrivait M""" Duchesne, mais d'autant plus contents... L'acquisition de ces pères est inappréciable pour un pays comme celui-ci, où la devise de la plus grande gloire de Dieu doit être leur seule richesse et leur seul soutien'. » L'évêque disait de môme : « Je voulais prudemment avoir des fonds avant de chercher des hommes. Mais voici que les hommes viennent avant les fonds. C'est la manière de Dieu de déconcerter les plans de notre pauvre prudence humaine : que sa sainte volonté soit faite! » Et dans un autre endroit : « Pouvais-je refuser cette sainte troupe d'apôtres sous l'indigne prétexte
1 A M™e Barat. Fleurissant, 20 mai 1823.
que je ne sais où prendre de quoi los nourrir? C'est Dteu qui les a appelés, c'est lui qui les envoie : il ne les laissera pas mourir de faim. Aussi, jamais je n'ai ressenti de confiance plus entière et plus paisible que dans cette entreprise si au-dessus de mes forces. L'unique sentiment que j'éprouve est celui d'un entier abandon, mêlé à une joie inexprimable , avec un certain aloi de confusion et de crainte , à la vue des grandes miséricordes de Dieu * . »
M'' Dubourg savait, du reste, comme il le dit, que « ses jeunes missionnaires n'étaient pas hommes à reculer devant les difficultés ». Ayant demandé au maître des novices de Georgetown comment ils feraient le voyage, s'excusant de n'avoir point d'argent à lui donner : « Ah ! ne vous en inquiétez pas , répondit le saint religieux , nous irons à pied, et nous demanderons l'aumône. Il n'y a pour cela qu'un vœu parmi ma troupe. » Ils avaient donc fait ainsi plus de quatre cents milles, dont environ deux cents à travers des pays submergés, inondés, ayant souvent de leau jusqu'à la ceinture. C'est de la sorte que, le 3 juin 1823 , ils arrivèrent au poste qui leur était assigné.
Cette résidence était cette même ferme de l'évèque, voisine de Fleurissant , où nous avons vu naguère camper le Sacré-Cœur. Elle allait devenir le quartier général des saintes expéditions de cette petite troupe.
Les missionnaires- prirent donc possession de la maison, où plutôt de la cabane en bois que nous connaissons déjà. Mais il fallait subsister, et pour cela travailler, défricher, cultiver, sans autre aide que trois nègres , plus à charge qu'à profit. C'était une vie de fer: et. dans ce dénuement absolu d'argent, de vêtements, de viyi^es, les novices
1 A M. Louis Dubourg, son frère. Georgetown, 17 mars 1823. Annales de la propagation de la Foi, 1. 1 , n» v, p. 38 , 39 et 41.