‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 156 sur 247 · DIRECTION DU PÈRE RECTEDR · texte numérisé non relu

DIRECTION DU PÈRE RECTEDR

La maîtresse des novices qui parlait ainsi n'était pas la dernière à ressentir le bienfait de cette conduite spirituelle. A dire vrai, le Père Recteur ne la ménageait pas. M""' Berthold était une personne agréable, dont la rare beauté avait fait plus d'une fois trembler M'"'^ Duchesne. Mais, prédestinée par vocation et par choix à l'immolation, elle commençait à entrer dans ce rôle sacré par un état de langueur et d'ulcération qui la défigurait. C'est par là que le Père Recteur lui faisait sentir l'aiguillon d'or de la mortification. « Il lui reste une cicatrice à côté de la bouche, écrivait M'"° Duchesne à la mère générale. C'est ce qui sert au Père à lui faire pratiquer des actes d'humilité. Il se la fait montrer, puis il dit : « Oh! que « c'est laid ! » Le Père a beaucoup travaillé sur cette âme , et avec succès. Il la conduit par le renoncement, le détachement et l'humilité. Nous sommes toutes bien heureuses sous cette direction. J'aime mieux la pauvreté à l'ombre de cette influence que l'aisance sous une autre '. » Et dans une lettre précédente : « Les novices ne peuvent que profiter beaucoup sous cette direction. Nulle part dans le diocèse elles ne trouveraient la pareille*. »

M™'^ Duchesne, elle non plus, n'était pas conduite par un chemin de roses : « J'ai trouvé un Père iMaître qui ne me laisse pas faire ce que je veux, écrivait-elle. Encore a'est-il pas content de mon obéissance'. » Ces heures de mécontentement coûtaient cher à M^^ Duchesne. Par exemple, celle-ci-, émue de compassion en voyant les jeunes novices du Père Van Quickenborn « travailler comme des nègres », leur faisait-elle passer un repas mieux préparé, le Père le lui renvoyait, faisant dire sèchement « qu'il

1 Fleurissant, 22 novembre 1824. — 2 ibid., 19 février 1824. — » Ibid., 25 septembre 1823.

n'avait que faire des aumônes de M^^ Duchesne ». Par celte rigueur, qui n'est applicable qu'aux parfaits, il voulait lui enlever jusqu'au contentement de ses meilleurs actes, pour lui en laisser le mérite tout entier. D'autres fois, il lui refusait indûment l'absolution. Certaine épreuve de ce genre se prolongea tellement, qu'incapable de se passer davantage de l'union avec l'Epoux céleste , M™*^ Duchesne fit le voyage de Fleurissant à Sainte- Geneviève, pour trouver un confesseur qui voulût l'absoudre. On rapporte encore qu'à la suite d'une discussion au sujet d'un déplacement à faire dans la chapelle , l'un et l'autre s'ob.stinant dans leur sentiment , le Père Recteur signifia à sa fille spirituelle qu'elle ne communierait pas et ne renouvellerait pas ses vœux le lendemain. Ce lendemain était la fête du sacré Cœur de Jésus! Le matin de ce grand jour on fut fort étonné de ne pas voir à la chapelle la mère supérieure, qui, pour éviter le scandale, avait laissé croire à une indisposition, en restant au lit. Mais elle ne put y tenir, et sitôt qu'elle pensa que toutes ses sœurs étaient entrées à la chapelle, sûre de n'être pas surprise, elle se leva, et alla se prosterner derrière la porte, , où elle fut trouvée sanglotant et arrosant le pavé de ses larmes.

N'était-ce pas un excès que cette rigueur du Père"? L'esprit de mansuétude, l'onction de l'Evangile avait- elle suffisamment détrempé la rigidité froide de l'homme du Nord? Il est permis d'en douter. Toujours est-il que, loin de se plaindre de ces âpretés , M"»^ Duchesne , ne considé- j rant que l'élévation surhumaine de cette direction, y trou- ' vait au contraire l'allégement de ses maux : « Vraiment, écrivait-elle, parlant de sa misère, j'aurais mauvaise grâce de faire l'affligée, me voyant favorisée et soutenue par tant d'amis de Dieu. Le voisinage des SEiints et leur direc-

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