‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 169 sur 247 · LE DÉNUEMENT DE SAINT- LOUIS · texte numérisé non relu

LE DÉNUEMENT DE SAINT- LOUIS

sidération qu'il fallait ([ue l'Amérique rendit à Jésus-Christ ce que chaque jour l'impiété lui faisait perdre en Europe : « Encore quelque temps, et vous serez peut-être plus heureuses que nous, plus libres d'accomplir le bien. » La crise redoutable que traversait l'Eglise, en 18'27, faisait regarder le nouveau monde comme une terre de refuge; et M""'' Duchesne semblait porter dan^ ses mains la suprême espérance de la Société.

Le premier mouvement de cette mère, en prenant possession de sa maison et de son grand jardin, avait été celui de la reconnaissance, et elle écrivait gaiement à M"*'^' Barat qu'elle « commençait à avoir l'air d'une comtesse ». Mais pour que ce domaine ne fût pas un désert, il y fallait Jésus au saint Sacrement. Elle s'en vit d'abord privée par sa pauvreté : « Nous ne pouvons garder le saint Sacrement, n'ayant pas de ciboire, » nous apprend son journal. Puis quand on eut obtenu la présence de l'Epoux, la demeure où il résidait était si misérable que ce fut une autre cause de douleur et de confusion pour le cœur de l'épouse. La chapelle n'était autre que l'ancienne cuisine de la maison, sorte de cave humide où rampaient d'énormes crapauds et où serpentaient les reptiles. M'"*^ Duchesne raconte que le soir, s'y rendant pour son adoration , elle entendait autour d'elle le concert « de grosses araignées qui chantaient, dit-elle, comme de petits oiseaux ». Encore cette humble cave eût été un paradis , si on eût eu un prêtre pour dire la sainte messe. A peine de loin en loin voyait-on venir de Fleurissant le Père Recteur ou quelque religieux de sa résidence, arrivant à midi, à jeun et à pied, pour offrir le saint sacritice et communier les sœurs, s'il en était temps encore. Celte dernière ressource leur fut encore ravie : « Le Père Recteur, écrit-elle, m'a dit de ne plus compter désormais pour la messe ni sur lui, ni sur

ses prêtres qui vont faire leur troisième an. » Ici , laissant éclater la douleur de son âme, ainsi privée de Dieu : « J'en ai versé, ajoute-t'ellc, des larmes bien amères, car il faut vivre ici de continuelles privations ! Nous n'avons eu ni fête du Saint-Sacrement, ni fête du Sacré-Cœur. Souvent quatre communions perdues par semaine! Ce sont pour moi des jours de jeûne; car il m'est impossible de me résoudre à déjeuner, espérant toujours quelque coup de la Providence (|ui amènera un prêtre pour la communion ^ »

Le Père Recteur comprenait cette sainte souffrance, et s'excusait ainsi d'être dans l'impuissance de la soulager : « Soyez bien persuadée que nous désirons sincèrement faire pour vous tout ce qui est en notre pouvoir. Si les circonstances actuelles nous privent de vous servir, je me console par la pensée ([ue nous serons bientôt en état de faire plus. » Puis il l'encourageait à rester sur sa croix, pour de là attirer les cœurs à Jésus -Christ : « Je prie le Seigneur qu'il vous multiplie et qu'il daigne se servir de votre Société pour embraser les cœurs de milliers et de milliers d'hommes*. »

Quehjua temps après, des secours envoyés de France permirent à M™° Duchesne d'élever une maison en briques où une place d'honneur fut donnée à la chapelle. Cette chapelle fut desservie plus régulièrement; M'"° Duchesne rentra avec bonheur dans la familiarité de son Epoux. L'externat devint nombreux; le pensionnat ne cessa de croître. La supérieure, heureuse surtout de voir l'Evangile annoncé aux pauvres, en exprimait sa joie à la mère Barat : « Nous faisons, chaque dimanche, l'école aux mu-

1 Saint-Louis, 9 juillet 1827. — - Recueil copié par M™» Duchesne, I[e partie, lettre lxxi^

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