LES PAUVRES SONT ÉVANGÉLISÉS
lâtresscs, après l'office de la paroisse, afin de les instruire de leur religion. Nos élèves pensionnaires, orphelines et externes, la plupart gratuites, dépassent le nombre de soixante. C'est donc plus de soixante enfants à qui nous avons la joie de faire connaître le sacré Cœur de Jésus. La peine passe sans doute le profit temporel ; mais pour le ciel n'est-ce pas un bien de plus? Oui, et je m'en réjouis 1. »
Saint-Louis étant fondé, c'était désormais la vallée entière du Mississipi jusqu'au Missouri qui se trouvait sinon occupée encore , du moins jalonnée par une première ligne de maisons du Sacré-Cœur. Dix ans de travaux obscurs et persévérants avaient réalisé ce premier plan de conquête de M">" Duchesne; et de quelque côté qu'elle la considérât, elle y voyait établi pauvrement mais fortement le règne de son divin Roi.
A commencer par Fleurissant, les écoles d'Indiennes y faisaient l'espérance et déjà la joie de la supérieure M""* Lucile Mathevon , qui en rendait ainsi témoignage par lettre : « Mes sœ.urs envient mon sort; j'en suis toute glorieuse. Je n'ai pas d'autre plaisir que celui de me trouver parmi mes sauvagesses ou de faire le catéchisme aux petits garçons, qui m'appellent leur mère et me reçoivent en battant des mains. » Tout le village en ressentait l'édification; les parents se convertissaient; cent cinquante personnes avaient été baptisées en 1826, et le nombre des communions s'était accru d'un tiers dans toute la contrée ^
Le Grand -Coteau florissait sous le gouvernement de jjme ]\iurphy. La généreuse donatrice M™« Charles Smith redoublait de dévouement pour cet établissement de sa
' Saint-Louis, 23 mars 1S28. — 2 Fleurissant, 8 mai et 3 juillet
prédilection. Un jour, quittant cet asile pour un lointain voyage, on l'avait entendue dire, en embrassant en larmes le marchepied de l'autel : « Chère maison, c'est ici que je laisse mon cœur\ » Les familles protestantes, attirées par les vertus aimables de la supérieure, lui confiaient leurs tilles et disaient hautement : « Nous aimons la vertu de ]\|mo Murphy*. » Le Père Van Quickenborn lui-même, si peu louangeur qu'il fût, lui en adressait ses félicitations; et l'évèque de Saint-Louis, M"' Rosati, au retour d'une visite aux Opelousas, en écrivait en ces termes à jM'"° Duchesne : « Quelle consolation pour tous les amis de l'Eglise de voir la prospérité que Dieu donne à ces maisons , et les bénédictions qu'il y répand en abondance! Quand, dans le cours de ma visite , je n'aurais recueilli d'autre satisfaction que celle de voir le bien qui se fait en ce lieu , je m'estimerais assez récompensé de mes peines. Baptême administré à trois demoiselles devenues catholiques, confirmation donnée à quinze pensionnaires; partout beaucoup de piélé, beaucoup de régularité, grand contentement : que voulez-vous davantage? Voilà comme Dieu nous soutient ^ »
Dans la Basse- Louisiane, Saint -Michel, quoique de fondation récente, faisait déjà des recrues pour la Société : « Il paraît que la maison de la mère Aude, écrivait ]\/Imc Murphy, est prédestinée à faire des épouses du Sacré- Cœur, et la nôtre des chrétiennes ; mais tout pour le même but : la plus grande gloire de Dieu*. » M°' Rosati, après une visite faite à cette fondation , en exprimait ainsi son admiration à M'"° Barat : « Dieu soit béni, Madame; on voit bien qu'il a des vues de miséricorde sur ce pays,
1 Lettre de M"'e Murphy, 19 avril 1826. — 2 M"'* Duchesne, Saint- Louis, 18 août 1827. — 3 a'M"»» Duchesne, 12 mai 1828. — -* Grand-Coteau, 27 février 1827.