‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 177 sur 247 · LE CONSEIL DE SAINT -MICBKL · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DE SAINT -MICBKL

écrivail-olle, la bonne mère Duchcsnc sur les choses de sainteté, car c'est eji quoi elle excelle. » Mais là se bornaient ses consultations. Devant une situation déjà si délicate, M*''' Duchesne n'apportait, à l'appui de ses conseils ou de ses décisions, qu'uj) mandat mal défini, émanant uniquement d'un désir personnel de la supérieure générale, sans fondement dans les statuts comme sans précédent dans la Société. De là les répugnances de sa sagesse non moins que de son humilité pour une présidence qui , en réalité, n'était qu'une préséance d'honneur; et appelée simplement à siéger dans un conseil où tout devait être décidé à la pluralité des voix, il ne lui restait plus d'autorité que celle de son expérience, dont elle avait le droit d'invoquer les lumières, mais dont elle ne pouvait guère alléguer les heureux fruits. Elle n'avait donc que trop raison d'appréhender que son action ne fût trouvée bien sévère, alors que celle plus facile de M"'" Aude obtesait à Saint-Michel des résultats si séduisants. « Qujel crédit, écrivait-elle à M""*^ Barat, quel crédit pouvais-je attendre dans une maison où tout est admiration au dedans et au dehors , tandis que je suis dans une position toute contraire? J'ai dit mon avis sur tout; mais j'ai été persuadée ^e je devais me tenir entièrement de côté, sans m'ingérer en rien que par amitié de sœur ». » Elle n'en demanda pas moins que désormais on supprimât, dans les pensionnats IjÇS représentations, examens publics et distributions solennelles des prix, déjà prohibés par les arrêtés des conseils généraux, et ([u'une circulaire de la mère générale interdit de nouveau et plus spécialement aux maisons d'Amérique, ep 1835.

La seconde visite de M'"'' Duchesne fut pour Bayou -la-

* Saint-Michel , 22 décembre 1829.

Fourche. Celle maison, destinée, comme nous l'avons vu, à n'être que secondaire, soit par la nature de son enseignement, soit par le nombre et le rang de ses pensionnaires, était accusée de prendre, au prix de dépenses ruineuses, un caractère de grandeur également préjudiciable et à son avenir et à celui de Saint- Michel. La justification prétendue ou réelle de cet état de choses était dans l'esprit égalitairede la nation, comme on le répondait à M""*^ Duchesnc et à M'"*^ Baral : « Sans doute, disait-on, les enfants orphelines des pauvres Acadiens devraient, dans l'intérêt de leui avenir temporel, être occupées ici à faire des toiles de coton, hier, carder, travailler aux champs, soigner les animaux. Mais ce serait assez que nous fissions faire quelquesunes de ces choses à nos orphelines, pour révolter le public qui veut l'égalité ' . » Malgré ces raisons plus spécieuse^ que solides, et les autorisations que la supérieure alléguai! avoir reçues directement de Paris , M'^o Duchesne déclaro s'en rapporter uniquement à ce que la mère générale lu avait écrit à elle-même sur ce sujet; et, réglant conséquemmGnt les études, l'uniforme et le travail de la maison , elle ne négligea rien pour la tenir dans la modestit*,^ qui devait être le caractère de cette fondation.

Du 20 décembre 1829 au 19 janvier 1830, 3I"'<= Duchesnt visita l'établissement du Grand-Coteau, où 31""^ Murph était supérieure : « M'"^' Murphy est celle avec qui moÉJ esprit se lie davantage, écrivait la mère Duchesïie. Nom n'avons pu nous empêcher de témoigner le désir d'uE rapprochement à Saint -Louis; mais comment combler U vide que cette mère ferait aux Opelousas ^ ? »

11 était impossible, en effet, de trouver une âme plui

1 M""^ Dulour à M"^ Barat, 27 décembre 18ii9.

2 Suint-Michel, 22 décembre 18-29.

SA VISITE AU GRAND -COÏEAl 3bU

sympathique que cette Irlandaise. Elle avait Tingénuité -ciluisante d'un enfant, le zèle d'un apôtre, le courage tl un martyr. Le temps qu'elle avait passé au noviciat de Paris l'avait comme soudée indissolublement à M'"" Barat. Chaque fois qu'elle lui écrivait, elle ne savait pas finir, comme elle s'en excusait dans un langage encore ù demi Kritannique : « Il me semble, chère mère, que je suis à vos pieds sur vne petite tabouret, et que arrive quelqu'une qui frappe à votre porte , disant presque tout . haut que lette transatlantique fille est trop longue avec vous. Mais laites grâce , ma mère , car vous avez toujours pauvre moi rarement. » Et dans une autre lettre : « Faut-il que je termine? Hélas! je trouve tous les mots plus faciles à

■ écrire que celui d'adieu'. » Mais sous cette grâce aimable, quelle énergie de foi! La pauvreté était son attrait dominant, et elle, si délicate, confiait à sa mère générale que, depuis quatre mois, elle portait avec une joie délicieuse les souliers usés de ses enfants. Dans un état de souffrance presque continuel causé par le climat, elle protestait de sa paix et elle écrivait : « J'éprouve de la difficulté à faire cette lettre, à cause de la fièvre que j'ai presque continuellement. Je sens en moi plus de force d'âme que de corps, car du moins mon esprit est toujours tranquille. Il

[me semble que plus je suis imparfaite, plus Dieu m'aime '. » En 1829, au moment de la visite de M"'" Duchesne, cet état maladif n'avait fait que s'aggraver; mais, son courage s' élevant à mesure, elle disait : « Les fièvres continuelles m'affaiblissent beaucoup; mais pour le bien de la maison, une supérieure doit souffrir : une épouse du sacré Cœur doit être une épouse de sang. Priez, chère mère, pour que

' Recueil des lettres, p. 64 et 123.

■ ' Grand- Coteau, 19 octobre 1827, fin.

Dieu ttie donne la force d'être tout à fait immolée à sa gloire ^ »

Sous une telle maîtresse, le Grand-Coteau rivalisait avec Saint- Michel pour les bonnes études et les fortes vertus, j Les parents avaient en elle une telle confiance, que tous voulaient lui confier leurs enfants. Ils les lui amenaient de toutes les parties de l'Etat; et lorsque les bâtiments, quoique agrandis déjà, ne permirent plus de recevoir de nouvelles élèves, pères et mères tombaient à genoux devant la supérieure pour la supplier : « Laissez ma fille coucher à terre , n'importe où , pourvu qu'elle soit près de vous, au Sacré-Cœur! » — « Et nous dormions à terre, au grenier, dans les cabanes et les infirmeries, raconte une ancienne élève. Mais nous étions heureuses, et il n'y avait pas de chez moi, si doux et même si luxueux fùt-il, qui pût nous engager à quitter notre cher couvent-. »

Si familles et enfants se louaient ainsi de la maîtresse, la maîtresse ne se louait pas moins de ses élèves : « Je suis continuellement avec les enfants, écrivait M'"° Murphy, et un regard suffit avec elles, tant elles sont dociles...^ La maison a pris un élan tout à fait extraordinaire... Nous avons fait cette année scolastique avec gloire ^ » Plusieurs enfants protestantes abjuraient Terreur; d'autres, empêchées de le faire, emportaient dans leurs familles le dessein arrêté de devenir catholiques, et les Annales de la propagation de la Foi racontent l'énergie persévérante d'une de ces anciennes pensionnaires du Grand -Coteau, jeune fille d'environ vingt ans , qui , profitant d'une visite, d'un missionnaire dans la maison de ses parents, l'avait forcé de lui conférer le baptême *.

1 Grand -Coteau, 16 août 1829, p. 129.

2 Notes traduites de l'anglais, p. 16. — 3 Recueil, p. 38, 49. '> a État du Missouri, septembre 1831.— Je commencerai par

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