SON ZÈLE POUR LA KÈGLE
Four tout ce quo nous venons do dire, M"''^ Duchesne témoigna à ses filles chéries sou plein conlcntement. Mais, passionnée saintement pour la régularité, et ne pouvant oublier qu'elle en était, par devoir, la gardienne responsable, elle regretta, dans les maîtresses et leurs pensionnaires, un esprit de liberté vers lequel inclinait déjà trop ce pays. Elle s'étonna de voir que les unes et
vous raconter un trait d'une jeune personne protestante dont les parents restent aux Rapides , petit endroit sur la rivière Ronge , à vme distance d'environ quatre-vingts lieues de la Nouvelle-Orléans. Ses parents l'avaient envoyée pour faire son éducation dans le pensionnat des sœurs du Sacré-Cœur, au Grand -Coteau, à trois lieues des Opelousas. A peine y avait-elle demeuré cinq à.six mois , qu'elle témoigna le désir d'être baptisée. Après quelques semaines d'épreuves et d'instructions , ces dames lui permirent d'écrire à ses parents pour obtenir leur permission ; car elles ont pour principe de ne rien faire , dans de semblables circonstances , sans le consentement des parents. Ce fut inutilement ; le père répondit qu'il n'y consentirait jamais. Cette jeune fille, qui avait alors une vingtaine d'années, lenouvela ses sollicitations pendant plus de dix -huit mois qu'elle passa au Sacré-Cœur. Elle fut obligée de retourner dans la maison paternelle sans avoir pu obtenir le baptême , objet de ses désirs. Quelques années après , M. Rossi, curé des Opelousas , passant aux Rapides, alla loger dans la maison de ce protestant, qui le reçut parfaitement bien. Après le diner, M. Rossi se retira dans sa chambre pour dire son' bréviaire. Cette demoiselle, profitant du moment où il était seul , y entre , se jette à ses pieds , et lui demande en grâce de lui donner le baptême. M. Rossi lui représente que, recevant l'hospitalité de son père, il ne voulait rien faire contre sa volonté. Ayant insisté de nouveau et sans plus de succès, la jeune fille , voulant en finir, saisit le bras du curé , l'entraîne •vers la cheminée, lui met dans la main un vase d'eau qui s'y trouvait, se jette à genoux, et, conduisant la main du prêtre, le force à répandre l'eau sur sa tête. M. Rossi, vaincu par ce désir persévérant, combla enfin ses vœux, en la baptisant au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit. »
(Annales de la propagation de la Fui, t.VllI, u" xxix, p. 393.)
les outres se penneltaient tic sortir et de se promcn(>r ù travers les bois et les champs du domaine, où, faute d'enceinte, elles étaient exposées quelquefois à la rencontre des passants. Elle s'inquiéta surtout de la facilité que le Grand-Coteau montrait à l'égard des (mfants encore protestantes, dans le but de les convertir. Le pape consulté avait, il est vrai, autorisé l'admission des enfants de cette religion dans les pensionnats. L'assistante du Grand- Coteau, M"^'' Dorival , écrivait à ce sujet, peu de temps auparavant : « Beaucoup de familles protestantes nous donnent leurs enfants à cause de la liberté d'esprit et de croyance qu'il faut avoir l'air de professer ici; et, par ce moyen, plusieurs embrassent la vraie foi ^ » Mais n'y avait-il pas, dans la pratique et le degré de cette condescendance, un excès qui tournait à la diminution de l'esprit religieux dans le pensionnat? Telle fut du moins l'impi'ession de M"^" Duchesne. Sa grande foi s'oflensa du peu de place que la religion occupait généralement chez toutes les écolières, desquelles elle écrivait le 20 janvier 1830 à la mère Barat : « J'ai honte de le dire : on n'ose leur parler de Dieu. On craint d'insister sur le catéchisme; et ces enfants ont ri en me voyant dire le Ve7ii, sancte Spiritus, à genoux. Le mélange des religions produit, pour la véritable, une langueur qui est déplorable. »
Depuis lors le Sacré-Cœur a précisé sur ce point difficile et délicat sa législation, n'admettant les protestantes dans ses pensionnats qu'en vue de leur salut, toujours en moindre nombre que les élèves catholiques, et à la condi- ■ tion pour toutes de se conformer au règlement commun pour les instructions et exercices religieux. En attendant,
1 Grand-Coteau, 19 octobre 1S27.