‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 180 sur 247 · FRUITS DD CONSEIL DE SAINT -MICHEL · texte numérisé non relu

FRUITS DD CONSEIL DE SAINT -MICHEL

dans les mauvais pas. A chaque instant le prêtre s'arrêtait pour dire à M°^^ Duchesne : « Voyez cette place verte. Madame, c'est un gouffre ! v Et à un autre endroit : « Voilà la place où j'ai vu un wagon embourbé pendant six heures. Là j'ai été attaqué de nuit par un nègre*. » Depuis son triste voyage de 1822. toute cette contrée semblait à M'"" Duchesne une région maudite.

A Saint -Michel, elle entra en connaissance particulière avec un missionnaire récemment revenu du Nord et de l'Est: et le tableau qu'il lui tit de son voyage dans les Etats la replaça au centre de ses affections. Ce missionnaire était M. l'abbé Jeanjean, vicaire général de M^- Nekere, évèque depuis peu de la Nouvelle-Orléans : â M. Jeanjean. dit la même lettre, revient du Canada, attendri et embaumé de tout ce qu'il a vu. Clergé nombreux et instruit, maisons religieuses et écoles fréquentées, foi conservée dans les diverses classes de la société. Il a célébré la messe dans la célèbre congrégation des Iroquois, fondée par les Pères Jésuites, dont les seules traces leur inspirent la vénération. Le matin, au son de la cloche, tous les sauvages se rendent à l'église, les hommes d'un côté et les femmes de l'autre ; la doctrine chrétienne est chantée en iroquois. M. l'abbé Jeanjean a vénéré le tombeau de la sainte Iroquoise, Catherine Tegacuitha, et le crâne du Père Brébeuf. Il a logé dans la demeure du Père Charlevoix. Il a visité également tout l'Est, où il a vu les beaux établissements des sœurs de la Charité à Emettsburg et à Baltimore , de la Visitation à Georgetown , des Ursulines à Boston. » Ces récits consolants étaient la réponse du Cœur de Jésus à son épouse. Si son amour rigoureux la tenait dans les épreuves , il n'en faisait pas moins l'œmTe de ses dé-

* SainMiichel, 20 janvier 1830.

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sirs; et tout en rexcrçanl , il exauçait ses prières et lui en montrait le fruit.

L'Eglise d'Amérique entrait, en effet, dans une nouvelle phase : elle venait d'inaugurer ses conciles provinciaux, destinés à relier entre eux les évêcliés épars que nous avons vus naître. Le prêtre (|ue nous venons d'entendre revenait lui-même alors d'assister, comme théologien, à celui de Baltimore. Le 4 octobre 1828, six évêques en personnes, quatre par représentants, un évêque administrateur et onze théologiens, tous de patrie différente, Américains, Français, Polonais, Irlandais, Italiens, Allemands, s'étaient trouvés réunis dans la cathédrale de cette ville, sur la convocation et sous la présidence de son archevêque, M*"" Withfield. C'était la première fois que l'Eglise d'Amérique tenait sa cour plénièrc, et elle pouvait constater les accroissements prodigieux que Dieu lui avait donnés depuis l'érection de l'évêciié de Baltimore en 1789. Nous connaissons ceux de l'Ouest. Dans l'Est, New-York avait trente-trois mille catholiques, quatre églises, dix prêtres. Philadelphie comptait vingt-trois mille catholiques, quatre églises, neuf prêtres; Baltimore, dix-huit mille catholiques, quatre églises y compris celle du séminaire, cinq prêtres dans le ministère, huit dans l'enseignement; Boston, cinq mille catholiques, trois églises, quatre prêtres *.

C'était bien peu encore. Mais le concile venait de concerter les moyens de procurer une plus abondante diffusion de la foi. L'éducation de la jeunesse, et en particulier la multiplication des écoles de filles, avait paru aux évoques le premier et le plus sûr moyen d'y parvenir. Unité dans la prière et la Liturgie, uniformité dans le catéchisme,

1 Voir la lettre de M. Antoine Blanc, théologien dn concile. — Bàton-Rouge, le 6 janvier 1830. {Annales de la propagation de la Foi.)

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