‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 182 sur 247 · M""= DUCIIESNE QUITTE SAINT- LOUIS · texte numérisé non relu

M""= DUCIIESNE QUITTE SAINT- LOUIS

Dieu, qui aime les âmes, n'a rien de plus à cœur que de les rendre conformes à sa divine image. Et comme ce grand Dieu fait homme a placé son court ministère en ce monde entre une phase d'ohscurité et une phase de souiTrances, de même arrive- 1- il souvent qu'après les déhuts de ses plus hraves ouvriers, il se hâte de les retirer de la carrière apostolique en les replongeant dans l'oubli, pour des desseins finalement miséricordieux. Le premier de ces desseins est de perfectionner la vertu par l'épreuve; et, en lui retirant l'éclat de la gloire terrestre, de lui réserver son mérite pour l'éternité. Le second est de l'employer plus etficacemeat à la rédemption de son peuple, s'il est vrai qu'il y a, pour le rachat des âmes, quelque chose de plus salutaire que de leur parler de Dieu , qui est de souffrir pour elles en s'immolant comme Lui.

Ce mystère d'immolation commença pour M"^® Duchesne par le dépouillement extérieur et le détachement intérieur de ce qui pouvait encore lui être un lien en ce monde.

Elle-même courait au-devant. A la suite de sa visite dans la basse Louisiane, elle se reprit à demander à la mère générale sa déposition , avec une insistance cette fois justifiée par l'insuccès apparent de sa dernière mission. Apprenant qu'une religieuse d'un solide mérite devait incessamment être envoyée de France : « Nommez-la supérieure ici, s'empressa d'écrire M"'^ Duchesne; je me tiendrai si bien dans mon coin que je ne la contrarierai point. J'ajouterais que je suis prête à aller partout, si je ne sentais que partout je gênerai à cause de mon âge et de mon ancienneté, et parce que je ne puis correspondre avec les parents. Les Anglais ne m'entendent pas, les créoles veulent de l'extérieur. Le mieux est que je me perde ou à faire une classe ou à soigner les malades. Je vous dis ceci en toute sincérité , comme je le ferai ^ »

Tant d'instances commençaient à faire impression sur ]\jmo Barat. Elle inclinait à croire aux lettres d'Amérique qui prétendaient que l'humble mère laissait le Sacré-Cœur de Saint-Louis dans un état d'abjection qui en éloignait les meilleures familles. On disait que les yeux fixés invariablement sur les premières maisons qu'elle avait connues en France , M'"" Duchesne se faisait une loi d'en reproduire la forme toute rudimentaire, sans tenir compte des progrès et des besoins nouveaux. Or, si cette immobilisation d'une institution dans sa première enfance est un péril partout , combien plus en Amérique, où tout est mouvement et transformation !

1 Samt- Louis, 28 août.

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