‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 184 sur 247 · ELLE EST MAINTENUE A SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

ELLE EST MAINTENUE A SAINT-LOUIS

j'aime à me trouver d'accord avec lui. D'après cotte décision, nous ne changerons rien. »

La cliarge retombait donc sur M"^" Duchesne; il n'était pas temps encore d'en être soulagée. Aussi bien, des souffrances de la maternité spirituelle elle n'avait encore connu que la moitié : les privations, les travaux, les difficultés.. Elle allait désormais en connaître les plus profondes, les plus poignantes douleurs : les ruines, les grands deuils, les coups inguérissables de la séparation et de la mort.

En 1832, la maison de la Fourche dut être supprimée : ce fut la première blessure faite à son cœur de mère. Cette maison , devenue un fardeau écrasant pour la Société, fut remise aux mains de l'évèque de la Nouvelle-Orléans, qui plus tard y établit une autre communauté , et parvint ainsi à la faire revivre, dans des conditions plus fructueuses de personnel, de fonctionnement et de gouvernement.

Une plus grave épreuve fut celle du choléra. Au milieu d'octobre 1832 , M"^° Duchesne écrivait à la mère générale : « Le choléra est à Saint -Louis. Après avoir fait plus de ravage au Canada qu'à Paris, toutes proportions gardées, il en fait encore davantage à Saint-Louis, eu égard à la population. Nos enfants sont dispersées depuis l'invasion du mal; et on en fera durer la crainte plusieurs mois, selon les apparences. » A quoi M">° Duchesne ajoutait, comme Job : « Dieu soit loué de toul, il est toujours père et bon. Au milieu des afflictions, il montre sa providence particulière sur nous ; car tandis que tout tombe autour de nous, la mort n"a pu entrer dans aucune de nos trois maisons depuis notre arrivée. »

Hélas ! il ne devait pas en être ainsi longtemps. Au mois de juin suivant 1833, AI™° Duchesne apprit que le terrible fléau ♦sévissait à Saint-Michel, et que quatre religieuses venaient de succomber. « Cette nouvelle m'a été annoncée

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par une sœur venue des Opelousas, écrivait-elle le "23, à la mère générale. Mais comme il faut un mois à la poste pour venir de Saint-Michel à Saint-Louis, je ne sais encore rien de M'"'' Eugénie , pour laquelle je tremble , et pour tout son pensionnat, car le choléra règne parlout le long du fleuve. »

Une lettre de M""' Aude lui fit bientôt connaître h; lamentable désastre de cette maison. Saint-Michel possédait environ deux cents personnes, religieuses et élèves, lorsque, le 30 mai 1833, dans l'après-midi, une maîtresse, \jiiic Vandamme, avait senti les premières atteintes d'un mal violent. Une autre religieuse, AI"^ Thérèse Delchemendy, puis la sœur Bariot , furent prises également dans la même journée. Avant la fin de la nuit, M""^ Vandamme n'était plus, les deux autres expiraient. Le courage de la mère Eugénie Aude se surpassa dans cette crise. Eloignant ses sœurs du chevet des malades, de peur de les exposer à la contagion , elle se réserva à elle seule la douloureuse tâche de soigner ses filles le jour et la nuit. Elle s'y épuisa. Comme on la suppliait avec instances de quitter ce poste si exposé : « Nous séparer, répondit-elle , serait pire que la mort. Dieu nous ayant réunies au pied de ses autels, nous devons y vivre et y mourir. » Ses amis, alarmés, revinrent à la charge : une maison l'attendait prête à la recevoir, elle et ses élèves ; un bateau à vapeur était loué pour le transport. Elle ne voulut entendre à rien. « On m'aurait mise en pièces, écrivait-elle ensuite, plutôt que de me faire quitter le chevet de mes pauvres sœurs. »

Cinq autres religieuses et deux orphelines furent encore atteintes. M™'' Aude, placée entre les morles et les mourantes, fut l'ange des dernières heures pour ces pieuses \ictimes. « Je ne sais, écrivait une religieuse de Saint- Michel à M""^ Duchesne, si je dois vous dire quelque chose

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