MORT DE MADAME OCTAVIE
vaient en noir, puis les externes et nos sœurs. Quatre Filles de la Charité nous ont aidées à porter le corps, à cause de la faiblesse de nos mères, qui sont presque toutes d'une santé chancelante. »
Une particularité de ces apprêts funèbres était restée gravée dans la mémoire et le cœur de M'"'' de Kersaint : « Comme nous n'avions personne pour' descendre le corps, avant de le mettre dans le cercueil, ma inère Duchesne me dit : « Nous le porterons à nous deux. » Arrivées au milieu de l'escalier, nous vîmes , par un mouvement sans doute simplement naturel, mais que je n'oublierai jamais, la tète de la mère Octavie se pencher vers sa révérende mère Duchesne. On eût dit qu'elle voulait la remercier encore. — Le jour de cette précieuse mort , ajoute M"^'^ de Kersaint, était la veille de la distribution des prix de nos enfants, de sorte qu'avant l'enterrement le cercueil fut déposé au milieu de la salle déjà ornée de guirlandes. Notre Octavie était couronnée la première. »
On pourra apprécier diversement le sacrifice de M™° Berthold. On pourra se demander si, au lieu d'appeler l'anéantissement de tant de dons charmants, il n'eût pas été meilleur de les faire tourner à l'honneur de Dieu, en lui gagnant des' âmes? Ce dévouement, cette vie brisée, comme le vase de Madeleine , sur les pieds de Jésus-Christ , est-ce autre chose qu'une perte : Vt quid "perditio hœc? se demanderont quel(fues-uns. Mais non, c'est le gain suprême. Le Ciel l'admire, les anges l'envient, Jésus- Christ l'encourage, les âmes en sont le prix. Sans doute tous ne peuvent s'élever à l'intelligence d'un si haut mystère : il n'est guère donné à une âme terrestre de concevoir cet amour jaloux des regards de Dieu seul , et ('échappant au monde et à ses périls par la belle porte du martyre. Mais aux fils de la croix, il est permis d'admirer, ne fût-ce qu'en frissonnant^
le courage d'un C(cur qui, sur les ruines de tout son ètir, s'élève par un libre choix jusqu'à la générosité rédemptrice de (I Celui qui , étant le plus beau des enfants des hommes, a paru comme un lépreux, ainsi que l'a vu le prophète; sans beauté, sans éclat, l'homme de douleurs, la victime blessée pour nos iniquités, et broyée pour nos crimes ».
La loi du dépouillement s'accomplissait cependant de plus en plus rigoureuse pour M""" Duch^snc. l'o ses deux premières compagnes, le Ciel venait de reprendre l'une; à peu de temps de là, la France lui ravit la seconde. En 1833, le Conseil général, éclairé par l'expérience de M'"'' Duchesne et le rapport qu'elle avait fait sur la réunion de Saint-Michel en 1829, résolut d'emprunter aux maisons d'Amérique une assistante générale, chargée de représenter et de gérer les intérêts de cette lointaine colonie. Le choix des conseillères tomba sur M""^ Aude , qui reçut l'ordre de se rendre aussitôt à Paris, auprès de la mère Barat. Celleci lui disait par lettre du 2 novembre 1833 : « Nous vous enjoignons, ma fille, d'accepter ce fardeau que Jésus vous aidera à porter. Aussitôt celte lettre reçue, si votre santé vous le permet, procédez à la visite de ces quatre maisons, les Opelousas, Saint-Louis, Saint-Charles, Fleurissant; puis embarquez-vous et venez en France nous rendre compte de votre mission. Nous voas retiendrons le moins possible; mais il est important que ce voyage ait lieu, dès que vous le pourrez. »
La réponse de M'"" Aude fut un cri de joie et de reconnaissance : « Quoi! ma mère, est-il donc vrai que je vous verrai! que, sous peu, je ne dirai plus : Je vous verrai, mais je vous vois ! Ah ! si le bonheur existe quelque part, c'est dans le cœur de votre Eugénie (|u'il se trouvera alors ! » Dans sa pensée comme dans celle de sa supé-