‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 195 sur 247 · SON AMOUR POUR SA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

SON AMOUR POUR SA SOCIÉTÉ

possible , la vie religieuse , au lendemain et encore dans les derniers orages de la révolution. Nous fîmes ensuite de nouveau des vœux plus solennels , dans une plus touchante cérémonie , sous notre digne mère Barat. Si David a pu dire que manger à la même table est déjà un gage d'union, combien plus la Table et le Pain que nous partagions ont-ils formé entre nous des liens délicieux et indissolubles! Outre cela, nous eûmes le même Père, cet ange de paix et de mortification que je regrette encore. Nous fûmes compagnes de noviciat, compagnes de retraites célèbres, compagnes d'emplois et même de désirs, jusqu'à ce que le Japon, où nous devions aller ensemble, se fût changé pour moi en Amérique, et pour vous,. ma chère amie, en un niince département. Mais consolez-vous, vous faites plus dans votre coin que moi dans ma vaste mission et dans ma petite maison, qui va se changer en une plus petite encore. Mais elle est consacrée à saint François Régis, si obscur pendant sa vie, et dont tous ses dévots doivent rechercher l'heureux sort. »

L'amitié si élevée, si profonde, si vive, qu'autrefois la mère Duchesne avait liée à Grenoble avec la mère Thérèse, n'avait rien perdu non plus de ses ardeurs célestes. Urt jour, en l'année 1837, M""= Duchesne s'étant plainte du silence prolongé de son amie, celle-ci lui répondit ces lignes, où l'on retrouve bien son âme de feu : « Ma bonne mère, il n'y a personne avec qui je garde moins le silence qu'avec vous : il n'y a pas de jours, d'heures ou d'instants, où je ne parle de vous au Cœur de Jésus. Il me semble que les liens qui attachent nos âmes deviennent plus forts à mesure que se rompent ceux de la nature. Sans doute je voudrais bien vous écrire plus souvent, mais dans cet éloignement on ne peut dire que faiblement ce qu'on voudrait se communiquer. Je voudrais vous parler

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de mon atlection en Dieu : ce bon Maître la voit, il vous l'a fait connaître. Je voudrais vous parler du désir immense que j'éprouve de voir le Cœur de Jésus connu, servi, aimé, glorifié partout...

« Parlez-moi aussi de vous-même, chère amie. On me dit que vous avez des croix : sont-elles extérieures ou intérieures? Oh! parlez-moi à cœur ouvert : peut-être pourrai-je vous soulager. Avez -vous des secours spirituels? Votre âme est-elle au désert? C'est mon attachement qui me dicte ces questions.

« Pour moi, chère mère, mon âme se trouve dans un isolement absolu du côté de Dieu , et du côté des créatures encore plus. Avec cela, la foi me dit que Dieu me remplit. J'aime ce dénuement, quoiqu'il soit dur au cœur. J'aime les .âmes plus que ma vie; néanmoins j'ai la persuasion que mes iniquités m'empêchent d'en attirer à notre bon Maître... Vivons de Dieu, chère mère, faisons le bien par nos prières, mourons à nous-mêmes et à notre volonté propre, mettant tout sous les pieds de Jésus. Que la volonté du Maître soit la nôtre; ne cherchons plus rien ici -bas, rien, rien du tout... »

Mais si M'"° Duchesne trouvait ce retour d'affection dans ses anciennes compagnes, combien plus le rencontrait-eHe, fidèle, inaltérable dans sa première mère! Celle-ci lui écri- vait au mois de juillet 1837 : « Mon attachement pour vous n'a pu être diminué, ni par l'absence tiî par le temps. Au contraire, s'il était capable d'accroissement, votre zèle, vos longs travaux pour la Société en Amérique le doubleraient ; car je ne puis oublier ce que vous avez fait et enduré. Je voudrais pouvoir me rendre à vos désirs , en vous procui-ant ce repos que vous avez tant de droit de réclamer de notre affection, et je puis ajouter, de notre reconnaissance. Mais qui prendrais-je pour vous remplacer?... J'avais le

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