SA FIDÉLITÉ A SES ANCIENNES SOEURS
désir de supprimer Fleurissant : vous-même m'avez fourni de bonnes raisons pour conserver cet établissement solitaire, si propre à un noviciat. Lorsque je pourrai envoyer une maîtresse des novices , alors vous serez libre. Et qui vous empêcherait de venir mourir avec nous?... Au moins nous nous reverrions. Nous réglerons cela dans le premier conseil. En attendant, priez pour nous. Adieu, chère Philippine. »
Malgré le désir aflTectueux de M'"'' Barat. il n'entrait pas dans les desseins de Dieu que la grande missionnaire revît la mère patrie. Aucun adoucissement terrestre ne devait diminuer son mérite et sa gloire. Dans une autre circonstance, M"'° Barat, pensant que l'Amérique pourrait se passer de cette samte mère, au moins durant quelques mois, lui écrivit : « Venez, ma chère Philippine. » Cette invitation, qui eût été un ordre pour M"^'= Duchesnc, ne lui parvint jamais. Puis, presque aussitôt après, desaflaires importantes étant survenues dans sa mission d'Amérique, on lui manda de Paris de ne pas se mettre en route , s'il en était temps encore. Il faut en bénir Dieu : car en quoi ce retour en France aurait-il pu grandir la sainte missionnaire? M'"° Duchesne revenant finir tranquillement ses jours au foyer de l'amitié, dans la douceur du repos de la mère patrie, n'eùt-elle pas été une M"'^ Duchesne amoindrie, iiiutilée? Les Invalides ne conviennent pas à ces cœurs héroïques; et pour être la femme forte que nous admirons, elle devait, comme elle fit, rester et mourir sur le champ de bataille.
Le Père Varin applaudissait à ce mâle courage. Lui aussi comprenait et aimait ce noble cœur. Il lui écrivait en septembre 1839 : « Ma chère mère et toujours fille en Notre- Seigneur, il ne sera pas dit que je sortirai de ce monde sans vous avoir renouvelé l'assurance des senti-
menls que je vous ai voués en Jésus-Christ. Il y a bien (les années, presque des votre entrée dans la Société, je prévis que le divin Maître vous emploierait au delà des mers, pour y porter la connaissance et l'amour de son divin Cœur. Ses desseins se sont heureusement accomplis, et vous avez été à l'égard des nations lointaines l'instrument de ses miséricordes. Courage donc et confiance jusqu'à la fin! .Quelle consolation pour vous, lorsque le divin Maître vous appellera à Lui, de laisser après vous une nombreuse famille qui continuera de travailler avec ardeur à l'œuvre à la({uelle vous avez sacrifié. votre liberté, votre repos, votre vie! »
Il est temps de l'ajouter : la première famille de M""' Duchesne, sa famille naturelle vivait toujours dans son cœur, comme aux jours de sa jeunesse. Piien ne se perdait, dans cette âme, de ce qui était légitime et voulu de Dieu. « Dieu, dit saint Jérôme, a disposé en nous les degrés de la charité. Ces degrés, les voici : Il faut aimer Dieu d'abord; puis après Dieu, nos parents ^. » S'intéressant donc à tout ce qui regardait les siens , M'"" Duchesne leur adressait des lettres qui sont dictées par le cœur d'un apôtre autant que d'une sieur : « Ma bonne amie, écritelle à M"''' de Mauduit, je viens m'informer de tout ce (jui te touche, car il me semble que des liens particuliers m'unissent à toi : c'est sans doute notre commun amour pour saint Régis. Dis-moi si la piété d'Amélie se soutient; combien a'-t-elle d'enfants? Comment va son mari? Et toi, comment supportes-tu ta solitude? Combien je te désire cette abondance de consolations qui se trouvent dans
1 Et in Cantico canticorum legimus : Ordinavit in me charitatem. Hic ordo in omni affectu necessarius est : ama , post Deum , patrem; ama matrem, ama filios. (Hier., lib. Y in Matth. cap. x.)
SON AFFECTION l'OUU SA FAMILLE 411'
1<^ Cœur do Jésus, et qui tlédumniagent des privations les plus pénibles à la nature! Je suis souvent occupée de ma bonne sœur, et je ne cesse de lui souhaiter tout le bonlfeur qu'elle mérite, et que son âme sensible voudrait donner aux autres. »
Éloignée à jamais de tous les siens sur la terre , elle ne s'en consolait que par l'espérance de les retrouver dans le ciel : « J'ai appris, écrit-elle dès 1828, tant de morts dans notre famille depuis que je suis en Amérique , et de morts de personnes plus jeunes que nous, que je ne sais plus si je dois compter parmi les vivants tous nos amis d'enfance. Les uns et les autres nous nous sommes attendus à un adieu pour cette vie. Il ne nous reste donc qu'à soutenir par de bonnes œuvres le doux espoir de nous réunir pour toujours dans l'autre ' . »
Elle les exhortait à en prendre le chemin. A ceux qui s'en écartaient elle rappelait le grand but : « Pense -t- il à imiter sa pieuse mère ? demandait-elle en parlant d'un de ses proches. C'est là le premier de nos vœux, et l'objet de mes prières, car il vieillit-. » A ceux qui marchaient dans les sentiers du ciel, elle disait d'y avancer chaque jour davantage. Elle écrivait à sa nièce M""^ Constance Jouve : « Ma bien chère amie, je veux te presser de plus en plus d'imiter ta sœur aînée, Aloysia, dont la vertu et la mémoire nous consolent. Sa protection dans le ciel nous sera utile, si nous marchons sur ses traces. Attire-toi, comme elle, la confiance et l'amour de tes bons parents, ainsi que les grâces de Dieu les plus spéciales par ta généreuse fidélité. Prie beaucoup pour moi ^ »
Constance et Joséphine, à l'imitation de leur frère Henri
1 A M-^es Jouve et de Mauduit. Saint -Louis, 3 juin 1828. — - Saint-Louis, 23 juin 1828. — * Fleurissant, 10 mai 1825,
et de leurs sœurs Aloysia et Amélie, entrèrent en religion. En apprenant celte nouvelle, le premier mouvement de M^^ Duchesne fut de rendre grâces à Dieu; le second fut de consoler une mère privée ainsi de cinq de ses enfants. Elle écrivait à sa sœur, en 1829 : « Je sens combien le sacrifice de ta Constance est grand et combien tu te trouves isolée après avoir élevé de si nombreux enfants. Mais considère qu'ils sont plu^ à Dieu qu'à toi-même; aide-toi aussi de ces considérations que, même dans ce monde, les enfants goûtent plus de bonheur au service de Dieu que dans les plus brillants établissements du siècle'. »
Puis, quelques années plus tard, en 1836, parlant de Joséphine et de sa vocation : « J'ai de la peine à le voir seule; mais c'est en multipliant les sacrifices pour le salut de tes chers enfants que tu augmenteras tes mérites, et assureras plus certainement leur vrai bonheur. Le monde a été sauvé par la croix , et les vertus ne sont solides qu'à son ombre-. » Et enfin l'année suivante, 1837, apprenant l'entrée en religion de cette dernière nièce : « 31a bien chère steur, si la grandeur de l'oblation d'Abraham a été tant exaltée, si Dieu lui-même l'a récompensée et louée si noblement, que ne fera- 1- il pas pour toi qui as offert cinq victimes choisies à son cœur reconnaissant? Ce n'étaient pas des rebuts de famille, que l'on a conduits à l'autel, pour mieux établir des frères plus aimés; ce sont les plus belles prémices, tes premiers fruits, les dons d'Abel et de Salomon ; ce sont des enfants qui auraient pu briller dans le monde, et jeter du lustre sur leurs parents, en s'y établissant avantageusement : c'était vraiment la moelle de l'holocauste. Si tu reçois déjà le centuple en ce monde, par la bonne réputation de ceux que tu as donnés
1 Saiut-Louis, 29 aoàt 18!29. — a A M"" Jouve, 20 mars 1830.
SES NIECES RELIGIEUSES 421
à Dieu , quelle sera ta joie de les retrouver au ciel , couronnés de gloire, bénissant la main qui les a guidés, et lui faisant escorte par reconnaissance ! »
Heureuse, par-dessus tout, d'appartenir au Sacré-Cœur, c'était naturellement vers la Société dont elle était la fille que M""' Duchesne inclinait les préférences de ses parentes appelées à la vie religieuse '. Rien d'exclusif toutefois dans ce zèle filial de M'"° Duchesne; et parlant de Joséphine, qui avait fait choix de l'Adoration perpétuelk' du saint Sacrement : « Ne crains pas, écrit sa tante, que pour cette raison j'aime moins Joséphine (jue mes autres nièces. C'est Dieu qui a fait toutes les sociétés religieuses; il s'y prépare dans toutes des âmes privilégiées. Les voies sont di (Térentes, mais elles vont au terme qui nous réunira, j'espère -. »
L'amour de sa famille, de sa famille religieuse et de sa famille du monde ne suffisait pas au cœur de M"" Duchesne. Jésus-Christ vit dans l'Eglise. L'Eglise universelle avec son chef, ses œuvres, ses combats, ses souO'rances, vivait dans le grand cœur de la servante de Dieu. Elle aimait le Saint-Siège : « Elle cherchait soigneusement dans les journaux catholiques des nouvelles de Rome, nous écrit-on d'Amérique, mais elle n'y. lisait jamais d'autre article. En récréation, elle avait habituellement
' C'est ce bonheur qu'elle souhaitait à sa meilleure amie, M"»" de Rollin , eu apprenant son veuvage. . « Je voudrais que M™* de RoUin, après avoir si bien rempli tous ses offices aii milieu du .monde, dans les obligations d'épouse et de fille, se consacrât aujourd'hui à raimahlc Cœur de Jésus. Sa plaie est trop profonde pour lui proposer maiutenant un semblalile appareil; mais je ne m'étonnerais pas qu'elle en eût la volonté un jour, et qu'elle ne fût utile dans la Société. (Lettres à sa famille. Fleurissant, 19 février 1834.)
2 Fleurissant, il juiu 1837.
quelque chose à dire du Saint-Père, de Uome et de la Société : tout autre sujet était sans intérêt pour elle. Elle ne parlait jamais qu'avec dévotion du Souverain Pontife, qu'elle appelait avec amour : notre Jésus sur la terre. » Sa lecture de prédilection était les Annales de la propagation de la Foi. Aussitôt qu'elle les connut, elle les voulut recevoir, elle en encouragea et propagea la traduction : c'étaient, lui semblait-il, les Actes des Apôtres qu'elle voyait renaître sous cette nouvelle forme.
Mais dans ce grand amour embrassant l'Eglise entière , le premier intérêt de M™*^ Duchesne se portait sur l'Amérique. Le progrès continu qu'y faisait le catholicisme devenait son propre triomphe. Le premier concile de Baltimore en avait été le signal. Les conciles qui se succédèrent périodiquement accélérèrent ce mouvement. Le Missouri, un moment désorganisé par le départ inopiné de M^"^ Dubourg, s'était reconstitué : « Quel bonheur, écrivait M='' Rosati dès 1833, quel bonheur pour moi de pouvoir vous annoncer que", grâce aux bienfaits de la Providence, je puis compter dans mon diocèse quarante prêtres, deux collèges très florissants, un séminaire, un hôpital , deux maisons d'orphelins , neuf communautés de iilles vouées à l'éducation, et plus de vingt églises '. »
En effet, Saint-Louis possédait depuis 1831 un collège de jésuites, sous la direction du Père Verhaegen, un des anciens novices de la ferme de Fleurissant. Saint-Charles, Dardennes, le Portage-des-Sioux, ne suftisaient plus au zèle des Pères missionnaires. Autour d'eux Eroye, la Nouvelle-Londres , Palmyre , la prairie de Hautcocq , Maramée. Fui ton. Côte -Sans -Dessein, Jefferson, Colombia, Franklin , Boonsville s'étaient petiplés de catholiques aux-
1 Annales de la propagation de la Foi, t. VII, p. 127.
LES PROGRÈS DE l'egLISE AUX ÉTATS 423
quels ces missionnaires allaient distribuer la parole de Dieu : a Tous les jours, éci-ivait l'évèque de Saint- Louis, nous voyons arriver ici des chariots chargés d'émigrants , avec leur mobilier, leurs femmes, leurs enfants, suivis de chevaux et souvent de bestiaux qui viennent de plusieurs centaines de lieues. Les émigrants catholiques forment ainsi des paroisses qu'il faut all§r visiter. »
Plus loin les missionnaires s'étaient élancés à la conversion des sauvages. Les uns, comme le Père Van Quickenborn, s'étaient cantonnés parmi les Osages, où ils arboraient la bannière de Marie, dessinée et peinte par lyjmo Duchesne. « 11 serait aisé d'avoir là, disait ce Père, un établissement pour l'éducation des filles. Les dames du Sacré-Cœur y travailleraient avec fruit \ » D'autres s'étaient enfoncés dans les forêts des Tètes -Plates, au delà des montagnes Rocheuses, aux sources du Missouri, à plus de cinq cents lieues au-dessus de Saint-Louis. « Si Dieu nous envoie des secours, écrivait le Père de Theux, je ne doute pas que la Société de Jésus ne fasse pour le bien des Indiens du Misëouri ce qu'elle fit autrefois pour les Indiens du Canada et du Paraguay. »
L'Amérique tout entière entrait dans ce mouvement, L'Eglise ne procédait plus à sa sainte mission par des eflbrts isolés et individuels, mais par des institutions qui en assuraient la force et la stabilité. Chaque évêché nouveau devenait un ardent foyer d'apostolat rayonnant en tous sens sur une contrée entière. La grande arme de ces conquêtes était l'éducation. Pour ne parler ici que des écoles de filles, outre le Sacré-Cœur, les Filles de la Charité de M"'" Seton, les Loretaines, les Dominicaines, les Ursulines, les Visitandines, les sœurs de Notre-Dame de
1 Annales, t. Ill, p. S12; t. IV, p. 57-2 et 589.
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la Merci, même les Carmélites, autorisées par le Pape, s'étaient vouées à cette œuvre. A l'enseignement oral se joignait une prédication plus puissante peut-être et plus universelle : celle de la presse catholique. Le Pasteur de la Vallée publié à Saint-Louis, le Télégraphe catholique publié à Cincinnati, les Mélanges catholiques imprimés à Charleston, sans compter plusieurs autres feuilles ou revues analogues, luttant avec avantage contre les Tracts protestants, éclairaient le combat et harcelaient l'ennemi. La charité comme toujours décidait la victoire. Le choléra de 1833 l'avait mise en lumière. Il en avait coûté à l'Eglise un grand évêque, M^ Fenwick, plusieurs prêtres et un grand nombre de sœurs de Charité; mais sur ce terrain du dévouement sacerdotal, exercé parmi les épidémies au péril de ses jours, le protestantisme était en fuite. En vain ses revivais et ses camp meeting essayaient-ils de ranimer le fanatisme religieux : Dieu était avec nous. Un citait même des miracles qui en étaient le signe et qui faisaient monter l'espérance dans tous les cœurs.
Cependant à ces triomphes se mêlaient pour l'Eglise des douleurs dont le coup retentissait dans l'âme de ]\[mc Duchesne. A cette époque l'Amérique subissait la désastreuse et impie présidence d'Andrew Jackson. Ce fut une crise pour la religion, non moins que pour l'Union. Sous son gouvernement, les violences exercées contre les catholiques étaient assurées d'une impunité qui équivalait à un encouragement. M'"® Duchesne en témoigne. Au milieu de l'été 1836, un incendie dévora la vieille église de Fleurissant en menaçant la nouvelle. On avait entendu dire à des protestants : « L'évêque catholique est trop fier de son église : cela lui coûtera cher. » A Boston , le couvent des dames ursulines était réduit en cendres : « C'est un attentat plus affreux que ceux de la révolution fran-
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çaise, » écrivait M""^ Duchesne, et elle ajoutait : « Un tel crime commis au centre d'une grande ville, sans que les coupables aient eu aucune punition, peut tout faire craindre pour l'avenir. » Les gazettes protestantes désignaient aimablement les maisons du Sacré-Cœur sous le nom de « maisons du diable ». On ne manquait pas de dire qu'une armée de Jésuites, ne comprenant pas moins de cent quatre-vingts religieux au service de l'étranger, était incompatible avec l'existence d'un gouvernement libre et démocratique. On devait dénoncer au Congrès américain une formidable coalition d'au moins cent cinquante mille catholiques réunis dans le Sud pour la destruction universelle! Il s'agissait de frapper la France et l'Irlande, en arrêtant le cours de cette émigration . On s'aperçut à temps que c'était amener la ruine des Etats, et que Jackson faisait courir au pays un péril plus dommageable que celui dont il menaçait l'Eglise.
L'Église, en effet, poussait de nouvelles branches sous la hache qui la taillait. C'était au lendemain même de cette déplorable crise que M'"^ Duchesne mandait à M""" Barat : « Ce m'est un vrai plaisir de vous parler de l'érection de trois nouveaux évêchés à Natchez, à Nashville et à Dubuque, au nord de l'État du Missouri. Monseigneur nous a dit , en revenant du troisième concile de Baltimore , que les établissements prospéraient partout. Ils sont particulièrement prospères à Mobile. » Une autre lettre du 2 juillet 1840 donnait cette statistique du diocèse de Saint-Louis : « La population catholique est de cinquante mille âmes : les églises sont maintenant au nombre de quarante , dont neuf sont en pierre. Seize se commencent cette année, ce qui fera cinquante-six. Il y a deux collèges, dont un de Jésuites, et six écoles de garçons, en tout douze cents écoliers. On compte soixante-six prêtres, cent religieuses
et dix couvents , trois du Sacré-Cœur, deux des sœurs di; la Croix, deux des sœurs de Saint- Joseph et de la Visitation. Un hôpital à Saint-Louis a reçu l'année dernière six cents malades. L'asile des orphelins en contient cent cinquante-trois, et deux autres maisons contiennent vingt orphelines. 11 y a eu plus de cent adultes baptisés. »
Celle qui aimait ainsi l'Eglise , les âmes , ses sœurs , sa Société , sa mission , en vue de Jésus-Christ , aspirait pardessus tout à se réunir à Lui ! C'était là encore un de ces amours supérieurs dont elle était possédée ; ou plutôt c'était le terme de tous ses autres amours. Il y avait chez elle des moments de langueur, de maladie, d'épuisement qu'elle saluait comme l'annonce de cette réunion céleste ; et on la voit ainsi s'élancer sans relâche, par ce chemin de souffrances, vers le but qu'elle croit toucher, mais qui recule toujours.
En 1835, elle eut une fièvre bilieuse qui la « mena, dit-elle, à grands pas vers sa fin, depuis la fin d'août jusqu'au jour de la Toussaint; elle craignait bien, dans ce jour, de ne pouvoir célébrer l'office des Morts en ce monde ». Elle était prête à partir : « Tout désir est éteint en moi, faisait-elle savoir à sa mère générale, excepté celui de jouir de Dieu'. » Celle-ci l'encouragea à vivre pour ce même Dieu , en se sanctifiant : « Vous avez beaucoup souffert , ma chère Philippine ; mais Dieu vous a donné un tempérament fort. J'ai donc la confiance que vous vous remettrez , et que nous aurons la consolation de vous conserver quelques années encore, pour achever votre sanctification et consolider l'œuvre de votre fondation -. »
* Fleurissant, 20 juin et 8 novemire 1835. — 2 ibid., 25 décembre 1836.