‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 202 sur 247 · ELLE OBTIENT D'ÊTRE ENVOYÉE AUX INDIENS · texte numérisé non relu

ELLE OBTIENT D'ÊTRE ENVOYÉE AUX INDIENS

struirc des élèves qui gardent si pou de piété quand elles rentrent dans leurs familles , combien il y aurait plus de gloire pour Dieu et de consolation pour nous à instruire des âmes neuves qui restent dans l'innocence ! Qu'il est doux de servir Dieu gratuitement et à ses frais! Si on avait seulement quatre cents piastres pour commencer, on irait au printemps, ^^os vastes maisons de la Louisiane peuvent bien regarder ce don minime comme une obole, en comparaison des grands frais de leurs bâtiments , auxquels il serait glorieux , pour Dieu , de retrancher quelque beauté, afin de fournir l'indispensable à nos pauvres Indiens. »

Cinq cents piastres (environ 2,600 francs), recueillies par le Père de Smet, furent portées par lui à ÎM"^'' Galitzin, pour les premières dépenses. L'expédition était désormais décidée. Mais restait à savoir si M"^" Duchesne pourrait en faire partie , car elle semblait « n'avoir plus qu'un souffle de vie ». Pour cette cause M"-'' Galitzin, de moins en moins favorable à son départ, en référa à la mère générale. Celleci en jugea d'autre sorte. Passant par -dessus toutes les considérations d'ordre temporel pour ne suivre qUe l'inspiration manifeste de Dieu, elle donna sans hésiter son consentement au désir de M™^ Duchesne : « Comprenez bien, écrivit- elle à son assistante, que les fondations de la Louisiane ne furent pas notre pï'emier objet. Ce fut pour les sauvages que la mère Duchesne se sentit inspirée d'entreprendre cette œuvre. »

La nouvelle que cette grâce lui était accordée transporta la sainte mère. Profitant du départ de M. l'abbé Timon, plus tard évèque de BufTalo, qui se rendait en France, elle écrivit le 18 mai à la mère générale une lettre Où déjà s'enflamme son enthousiasme pour sa chère tribu ;^« 11 y a là, disait-elle, des métis qui sont des saints. 11 y en a

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aussi de grands parmi les sauvages. On voit dans cotte mission ce qui ne se voit point ailleurs, tant la foi qui y règne rappelle les premiers temps de l'Eglise. » Elle citait à l'appui plusieurs traits édifiants : cette famille était sienne, elle avait déjà pour elle des entrailles de mère.

Sur ces entrefaites, on apprit par une lettre de M""" Rosati, que le pape Grégoire XVI avait fait savoir à la mère générale combien il serait heureux de voir le Sacré-Cfpur aller s'établir parmi les Indiens. Ce désir du Saint-Père, exprimé précisément dans ces conjonctures, fut le dernier coup de lumière qui rendit évidente la volonté du Ciel : « Nos sœurs fussent volontiers parties aussitôt, sans sac ni bâton, écrit une des religieuses, pour courir où les appelait Notre -Seigneur Jésus-Christ. »

M™'= Lucile Mathevon, supérieure de Saint-Charles, aspirait, elle aussi, depuis de longues années, à cet apostolat, que lui avait autrefois prophétisé et souhaité la mère générale. Elle demanda à cette mère d'exaucer ses vœux : « Ma révérende mère, donnez-nous votre consentement, et nous partons de suite. » Elle fut nommée supérieure. Une Irlandaise, sachant l'anglais et le français. M™'' O'Connor, déjà employée au ministère des sauvagesses dans l'école de Saint- Charles; une Canadienne, la sœur Louise Amyot; un nègre nommé Edmond, homme de ressources et d'industrie, s'enrôlèrent pour la mission. A ceux qui objectaient le dénuement du pays : « Nous y vivrons de laitage, » disait M""" Duchesne. Elle brûlait de partir.

Cependant son état de langueur ne faisait que s'aggraver. Elle-même écrivait en France : « Mon écriture et mes ratures annoncent la faiblesse de ma tète et de ma main. Le miracle n"est pas fait, j'attends la volonté de Dieu. » Huit jours auparavant, 10 mai, la mère Lucile mandait à la mère générale : « M""" Duchesne baisse beaucoup; je

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