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SON ARDEUR POUR LA MISSION INDIENNE

femme disait, en étoufT"ant son enfant nouveau-né : « Je « ne veux pas que mon fils soit malheureux comme moi ! » Deux filles très grasses ont été grillées. au feu, pour, de leur graisse, arroser le maïs de la nation. Les efforts des missionnaires et des voyageurs qui allaient aux Rocheuses n'ont pu les sauver... »

Le tableau de cette misère et physique et morale inspirait à M'"'' Duchesne ces beaux élans de zèle : « Dis -moi, ma chère sœur, écrit-elle à M"»" Jouve, si on pouvait peu à peu changer tant de maux affreux qui ravagent encore les peuplades voisines eu l'heureuse situation de notre village chrétien, ne ferait -on pas plus de bien que de passer son temps à enseigner les sciences humaines dans les classes? « Et un peu plus haut, montrant tout l'héroïsme de son vieux cœur d'apôtre : « Si Alexandre , arrivé au bord de l'Océan, pleurait de ne pouvoir pousser plus loin ses conquêtes , je serais tentée de pleurer, moi aussi , de ne pouvoir, à cause de mon grand âge, tirer de la barbarie tant de pauvres gens qui se détruisent par leur inconduite *. »

Sugar-Creek formait, avec les stations indiennes avoisinantes, un contraste glorieux : « La nation, écrivait ^jme Duchesne , est à moitié catholique , faisant village à part avec les païens qui se convertissent peu à peu. Une fois baptisés, ils ne connaissent plus l'ivrognerie, ni le vol, ni le brigandage. Aucune maison ne ferme, et cependant rien n'y manque jamais. Les Potowatomies s'assemblent le matin pour la prière en commun , la messe et l'instruction; ils font de même ensemble la prière du soir'. » Certes, il restait cependant encore beaucoup à faire; et jyjme Duchesne ne voyait pas sans peine ces chrétiens im-

1 Sugar-Creek, 12 septembre 1841. — 2 Ibid., 21 juillet 1841.

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parfaitâ dévbi'ôf' sept l'epâs par jour, passant le reste du temps dans le sommeil et l'oisiveté. Mais elle n'en était pas moins montée à l'action de grâces, et elle écrivait : « J'en ai dit assez pour prouver qu'on peut avoir une vfaie vocation pour notre état, en faisant voir comment le Seigneur peut le bénir et le récompenser '. »

Les commencements de la fondation furent plus difficiles qu'on ne l'avait prévu. A défaut d'une maison qui n'existait qu'en projet , les religieuses durent accepter la cabane d'un sauvage , lequel spontanément se réfugia sous une tente , lui et toute sa famille. Elles n'en ouvrirent pas moins une école, le 19 juillet, fête de saint Vincent de Paul. L'habitation et l'école s'élevaient Sur l'émihence d'où le regard plongeait sur la plaine sans fin. L'église ou chapelle en bois était près de là, desservie par le P. Allen, dotît la charité procura aux religieuses deux vaches , un cheval et une paire de bœufs. Le laitage et le jardinage leur permirent de subsister, au sein d'une indigence qui faisait leurs délices : « Nous ne céderions pas notre place pour tout l'or du monde, écrivait ^1"^° Mathevon, tant flous sentons notre bonheur de pouvoir imiter l'adorable pauvreté de notre divin Maître*. » Au mois d'août elles eurent enfin une maison en bois , dont leur nègre avait été l'architecte et le charpentier. « Dans notre lit de sauvage, écrit M'"® Mathevon, nous dormons mieux que dans le palais des rois. Le lard , le laitage , les légumes , le riz , le pain de maïs et de blé, voilà notre nourriture. Nous avons grand appétit, et nos santés se sont améliorées. »

Bientôt cinquante jeunes filles remplirent la petite école ; les fetûines y venaient aussi apprendre à travailler. Mais

1 Sugar-Greek, 12 septembre 1841.

2 Lettrés annuelles de h Sr>ciéié du Sacré-Cœur, 184'f, p. ^2/

ÉDUCATION DES POTOWATOMIES 447

le plus difficile était do les entendre et de les entretenir ; car rien ne ressemble moins à nos lî^ngues d'Europe que les dialectes rudimentaires et rauques des peuplades indiennes. Les maîtresses commencèrent donc par se faire écolières : « Deux sauvagesses nous apprirent le potowatomie, écrit M°»^ Lucile, et au bout de quinze jours nous pouvions chanter des cantiques en cette langue; mais nous n'en savions pas assez long pour parler, » Ml"'' Mathevon ajoute : « Dès que cela nous fut possible , nous apprîmes les prières de l'Eglise à nos Indiennes, et, en particulier, les litanies de la sainte Vierge, que l'on a coutume de chanter le dimanche après vêpres. Bientôt, notre cabane n'étant pas assez grande pour Contenir toutes nos élèves , nous avons fait une salle avec des branches d'arbres. Nos enfants sont intelligentes et saisissent facilement tout ce que nous leur montrons. Elle font tout ce qu'elles veulent de leurs doigts ' . »

On les appliqua donc au travail manuel. Pendant que les Pères Jésuites tenaient école de culture , le Sacré-Cœur tint école de cuisine, de couture, de filage et de tissage. On apprit aux femmes à se faire des vêtements. Le costume adopté , depuis qu'elles étaient chrétiennes , consistait simplement en deux aunes de drap bleu roulées autour du corps. On confectionna aussi, à l'usage des hommes, de longues chemises avec lesquelles ils pouvaient assister à l'office divin. Les sœurs ont raconté que, dans les commencements , elles avaient bien de la peine à retenir leur rire, en voyant ces braves gens s'avancer gravement à la table sainte dans cet uniforme sommaire ; et elles avaient besoin, pour ne pas éclater, de se rappeler la robe blanche des néophytes d'autrefois.

< SUgar-Creék, 9 août 1841, passinti

Un redoublement de piété dans ces âmes simples et dociles fut le fruit des travaux de leurs institutrices : « Nos femmes sont presque toutes de nouvelles converties, et elles ont encore la ferveur de leur baptême, écrivait M^^ Lucile, je n'ai jamais vu tant de foi et de simplicité. » Celle des hommes n'était pas moindre. Une des promesses de leur baptême avait été de s'abstenir de boissons enivrantes : ils Y étaient fidèles, et le chef ne se gênait pas de chasser tout homme blanc qui venait leur apporter de la liqueur de feu. Quand le Père était absent, un sauvage le remplaçait pour faire non seulement la prière, mais le sermon. D'autres le secondaient dans l'apostolat de leurs frères : « Tu serais touchée de la piété de cette bonne nation , écrivait J\H° Duchesne à sa sœur, M'"^ Jouve. Le prêtre appelle souvent un de ses catéchistes, qui s'avance aussitôt tête baissée, et commence d'abord à parler timidement, enveloppé dans sa couverture. Puis, bientôt il s'anime, sort son bras, et achève son discours en orateur, sans que rien l'intimide. » La mère Duchesne observait que le christianisme transformait non seulement l'âme de ces sauvages, mais aussi les traits de leur physionomie , à ce point qu'un païen était toujours reconnaissable à son air farouche et misérable. Le samedi on assiégeait le confessionnal , dont chaque paroissien s'approchait tous les mois. Le dimanche on comptait régulièrement plus de cent personnes à la sainte Table ^ .

La vie surnaturelle débordait dans ces âmes dignes de l'âge d'or de la foi. Dieu se plaisait en elles, et plus d'une s'élevait à une haute sainteté. M'"^ Mathevon rapporte que deux fois la sainte Hostie, s'échappant des mains du prêtre, était allée d'elle-même se placer sur les lèvres d'une pauvre

1 A M"* Jouve , 24 avril 1842. Lettres à sa famille , p. 155 et suiv.

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