LA PIÉTÉ DES POTOWATOMIKS
sauvagesse. Une Indienne racontait qu'elle avait été instruite de la religion par la sainte Vierge elle-même , qu'elle voyait souvent; et les vertus sublimes de sa vie et de sa mort confirmèrent la sincérité de son naïf témoignage. Un bon sauvage avait entendu dans la forêt son ange gardien lui parler à l'oreille, et lui apprendre ainsi tout au long l'histoire de la Passion de Jésus-Christ. M'"o Ducliesne disait, dans une de ses lettres : «. On assure que le cimetière des Potowatomies renferme des corps de saints. Aussi, dans mes promenades solitaires, je sollicite le bonheur d'avoir mes os réunis aux leurs ' ! »
La mère Duchesne se sentait réconfortée dans ce milieu de sainteté et de pauvreté. « Ma santé a beaxicoup gagné dans ce pays, écrivait-^Ile à sa sœur. J'y ai repris des forces , une meilleure vue , et je conserve l'usage de tous mes sens, malgré mes soixante-treize ans -. » Parfois même, au récit que lui faisaient, au retour de leurs courses apostoliques, tantôt le P. Allen, tantôt le P. de Smet, elle se prenait à rêver des conquêtes nouvelles. « J'éprouve , écrivait-elle à la mère générale, j'éprouve les mêmes mouvements pour la mission des Montagnes Rocheuses, ou toute autre semblable, que j'éprouvais en France pour venir en Amérique, et que je sentais en Amérique pour les pays sauvages. On dit qu'aux Montagnes Piocheuses on vit plus de cent ans. Maintenant ma santé étant rétablie, et n'ayant d'ailleurs que soixante-treize ans , je pense que je pourrais avoir encore dix années de travail. D'autres fois, je crois plus parfait d'attendre les événements qui décideront de mon sort '. »
^{me Duchesne se trompait; il n'y avait plus en elle que
1 Sugar-Creek, 21 février 1842. — ^Ibid., 4 février 1842, p. 153. 3 A Mme Barat, 23 février J842.
le cœur qui festât jeune; et elle dut constater que ces rudes travaux n'étaient plus de son âge. Il lui fallut d'abord renoncer à jamais pouvoir se faire enten(j[re dans la langue indienne : « Elle est difficile et tout à fait barbare , écrivait-elle à sa sœur. Des mots interminables de 'huit à dix syllabes, point de dictionnaire, point de grammaire, pas de livre. Je ne crois pas pouvoir apprendre une telle langue ^ »
Mais il y a, dans notre religion , un autre apostolat que celui de la parole. H y a premièrement celui de la prière. (7avait été l'exercice de la vie entière de M"'*' Duchesne : ce fut exclusivement celui de son séjour chez les Potowatomies. « La pauvre mère prie tout le jour, écrivait j\Ime Mathevon, ne pouvant presque plus rien faire que tiicoter-. » On raconte, en elTet, qu'elle passait ordinairement quatre heures de la matinée et quatre heures de la soirée dans la chapelle qui servait d'église paroissiale. Là était son domicile. La voyant immobile devant le Tabernacle, les sauvages, saisis d'un religieux respect, s'approchaient d'elle en silence, et baisaient par derrière le bord de son vêtement. Habitués à nomnier les personnes par leur trait le plus caractéristique, ils avaient appelé celle-ci la femme qui prie toujours. Le dimanche. M™*' Duchesne ne quittait pas le pied de l'autel, demeurant à l'église, même entre les offices, hors le temps de son dîner. Encore ce pauvre repas de légumes et de fruits, elle se le faisait apporter, et le pi^en&it sur le seuil de la maison de Dieu. Quelquefois, après vêpres, elle consentait à faire une promenade dans la prairie; c'était pour prier encore. Elle se dirigeait alors, soit vers le cimetière des sauvages,
1 Sugar-Creek, 2 septembre 1841. Recueil, p. 149 et 150.
2 I/jid., 2 août 1841. Recueil, p. .30.