SON DÉSIR DU CIEL
Co centuple, cette victoire, ces fondations nombreuses, cet épanouissement du règne du Sacré-Cœur, c'est la récompense du temps. M""> Duchesne touchait à celle de l'éternité.
Toute sa vie, mais spécialement sa vie de retraite à Saint-Charles, s'était passée dans la méditation des années éternelles. « Je vis ici en solitaire, écrivait cette mère, employant tout mon temps à réparer le passé pour me préparer à la mort '. » Saint Paul parle quehjue part « des regards, des saints que le chrétien étranger et voyageur sur la terre envoie vers la patrie » ». Nous les retrouvons ici à chaque pas de la vie, à chaque ligne des lettres de M"'" Duchesne.
Son cœur vivait dans le ciel. Elle aimait à parler fréquemment de la mort comme d'une délivrance, et de sa voix cassée on l'erilendait essayer de chanter ce cantique :
Quand te verrai-je , ô ma belle patrie !
A ces élans d'amour se mêlait l'appréhension des jugements de Dieu. Elle écrivait en mai 1844 : « Je suis depuis le 29 aotjt dans ma soixante-seizième année; et je désire ma fin, mais je la redoute aussi, car j'ai bien peu amassé. La vieillesse n'est pas le temps de la ferveur. Aujourd'hui, fête de la Pentecôte , est le jour anniversaire de ma première communion. Il eût été heureux pour moi de mourir alors; mais Dieu l'a voulu autrement ^ »
1 A M. Delacroix. Saint -Charles , 7 août 1842.
2 A longe eas ( repr-omissiones ) aspicientes, et salutantes, et confitentes quia peregrini et hospites sunt super terram. (Hebr. XI, 13.)
3 A M™* Joure. Saint-Charles, il mai 1844.
En 1847, écrivant à sa sœur, elle témoigne des mêmes désirs, mêlés aux effusions de sa tendresse alarmée : « Il y a longtemps que je n'ai reçu d« tes nouvelles. Il me semble que tu os morte; je ne voudrais pas te survivre; il est trop dur de voir passer devant soi tout ce que l'on aime. J'ai les mêmes craintes par rapport à M"^^ de RoUin, qui a tant de droits sur mon cœur. Sa dernière lettre était si affectueuse, qu'elle me pénétra de la crainte que ce ne fût un dernier adieu ! » Ici , se reportant à un souvenir lointain que les années et l'éloignement n'ont fait que rendre plus vif: « J'avais éprouvé, dit-elle, le même sentiment à la dernière visite que me fit autrefois mon père à Sainte- Marie- d'en -Haut. Ces dernières paroles qu'il me dit en me quittant : Adieu, Philippine, m'arrachèrent des larmes. Je pensai tout de suite qu'il ne reviendrait plus , et je ne me trompai point. Quand tu me lépondras, ne manque point de me parler de mon frère, de M""^ de Rollin, de sa sœur et de tout ce qui nous tient de plus près ^ . »
A deux ans de là, le même espoir et aussi la même crainte reparaissent dans cette autre lettre à cette sœur aimée : (i Chaque fois , ma bien chère sœur, que je t'envoie un souvenir, je pense que c'est le dernier en cette vie. L'âge me le disait, et aujourd'hui la maladie me le dit plus clairement encore... Je suis loin de fuir la mort, et je soupirerais après, si je n'avais beaucoup à craindre le jugement de Celui « f[ui juge les justices mêmes ». Cette pensée est effrayante; prie donc et fais prier, comme je le fais pour toi et pour toute ta famille. Je puis traîner encore longtemps. Dieu seul connaît le ferme'. »
Enfin, le 10 février 1830, écrivant à M. l'abbé Delacroix, rentré en Europe, et devenu chanoine de la cathédrale de
1 A Mme Jouve, 3 janvier 1847. — ^ Saint-Charles, 25 avril 1849.