SON AFFAIBLISSEMENT ET SES ADIEDK
traitements de mes sœurs, que je vous prie de comprendre dans les prières que je sollicite pour moi. » Enfin, en terminant : « Je vous demande de nouveau pardon de toutes les peines que je vous ai données; et je suis à vos pieds, ma révérende mère, votre tout indigne fille. »
L'état mental qu'elle redoutait lui fut épargné. Sa raison garda jusqu'à la fin sa clarté , comme son caractère garda son énergie. Mais les forces corporelles déclinaient chaque jour; le vieil édifice ne se soutenait plus.
Le 16 août, M"^'' Duchesne, craignant de succomber dans une défaillance, demanda et reçut les derniers sacrements. Elle estima que dès lors elle ne devait plus vivre que du ciel et de Dieu. Le lendemain donc, d'un esprit rassis comme d'une main sûre, elle écrivît trois lettres. C'était un triple adieu à ce qu'elle avait eu de plus cher en ce monde : le Sacré-Cœur, sa famille et les missions indiennes.
Elle écrivit premièrement à M"i° Barat, comme à la représentante de sa Société : « Ma révérende et chère mère, c'est, selon toutes les apparences, la dernière fois que je pourrai vous écrire. Hier j'ai reçu les derniers sacrements. Mais peut-être Dieu voudra-t-il me faire attendre encare le bonheur de le voir ! Les égarements d'esprit que j'ai eus ne venaient que d'ime forte fièvre, avec laquelle j'allais toujours. Je ne sais à présent quand arrivera la fin. Je viens encore me mettre à vos pieds, et vous assurer de mon profond respect. »
Le second mouvement de son cœur se tourna vers ses parents, desquels elle disait : « Mon cœur est plus souvent en France qu'en Amérique , tant je suis préoccupée de ma famille chérie'. » Elle écrivit donc à M"'" Jouve, la seule
1 A M™e Jouve , sa sœur, 24 septembre 1843.
survivante de ses sa'urs : « Ma chère et bien bonne sœur, je viens de recevoir une de tes lettres , et le temps presse pour y répondre. J'ai reçu hier les derniers sacrements. Je pars avec la douleur de te laisser dans la solitude. Mais Dieu ayant promis le centuple à ceux qui quittent pour lui père et mère, tu peux avoir l'espérance d'obtenir, toi aussi, ce centuple, car tes sacrifices surpassent ceux qu'ont pu faire tous tes enfants. Toutes les bonnes œuvres qu'ils opèrent, tu en partages le mérite. Courage donc. Dans les sacrifices que Ton fait pour Dieu , il y a toujours à gagner. Fais prier pour moi tes pieux enfants. Leur souvenir et le tien m'accompagneront dans l'éternité. Adieu, bonne et chère sœur. »
Enfin, elle se souvient des missions, des Indiens, et, s'adressant à celui qui, par ses vastes travaux, personnifiait éminemment ce cher apostolat , elle écrivit le même jour au Père de Smet une lettre que nous transcrivons sur l'autographe même : a Mon Révérend Père, vos bontés à mon égard me donnent l'assurance que j'en recevrai le complément à la fin de ma vie. J'ai reçu hier les derniers sacrements, et j'espère que vous ne m'oublierez pas dans vos prières. Ce serait de votre part une grande charité d'en quêter pour moi. Si le bon Dieu me fait miséricorde, je vous les rendrai auprès de lui. Je vous prie de me bénir, et suis votre humble servante. »
Le Père de Smet , accueilli , soutenu et secondé depuis son noviciat par M™° Duchesne , se regardait comme son fils. Il lui adressa en son nom, et au nom de ses néophytes indiens, la réponse suivante : « Madame, certainement je prierai le bon Dieu pour vous. Samedi et dimanche, j'ai offert le saint sacrifice à votre intention, et je vous ai recommandée particulièrement aux prières de tous mes confrères de Saint-Louis. C'est moi. Madame, et