SES ADIEUX DES DERNIERS JODRS
tous nos Indiens, qui vous avons de grandes obligations pour tant de prières que vous avez adressées pour leur conversion, et tant de charités exercées envers eux... Après avoir rempli la sainte volonté du Seigneur ici -bas, puis avoir reçu au ciel le prix de vos travaux , vous prierez là surtout pour nos malheureux Indiens. Quant à moi, j'ai la confiance que vous ne m'y oublierez pas, et je conserve précieusement la promesse que vous daignez m'en faire dans votre lettre ^ »
Ces lignes apportèrent à M"'" Duchesne une joie qu'elle s'empressa d'exprimer au Père de Smet par ce second billet : « 11 faut que Dieu soit bien bon, puisqu'il me donne auprès de lui un tel intercesseur. Je vous prie de continuer à protéger mon âme ; car si • Dieu veut encore prolonger ma vie parmi les infirmités de l'esprit et du corps, je serai exposée à bien des tentations... » Cette lettre était signée : « Philippine Duchesne, qui a atteint sa quatrevingt-troisième année le 29 août. »
]\Imc Duchesne survécut quelques mois à la crise qui avait failli l'emporter en août. Ces dernières semaines offrirent chaque jour un spectacle qui n'était plus de ce monde. M™^ Duchesne ne vivait plus que de Jésus-Christ et pour Lui. Chaque matin à l'heure de la messe, on voyait la malade entrer à la chapelle, portée par deux sœurs, qui la faisaient asseoir auprès de la balustrade. Elle y communiait avec une vive ardeur. Cette communion sur le seuil de l'éterxiité rappelait celle de saint Jérôme, telle que l'a peinte le Dominiquin , lorsque le vieil athlète du désert, expirant soutenu par deux anges, salue l'Hostie divine de son regard de feu, et semble adresser à la mort qu'il appelle ces paroles du Cantique, qui furent son adieu
1 Université de Saint-Louis, 23 août 1850 (traduit de l'anglais).
en ce monde : « Viens , ma colombe , mon amie , montremoi Celui que chérit mon âme, montre-moi où mon Epoux paît le troupeau des élus et où repose mon Roi. »
Quand M™" Duchesne avait fait son action de grâces, les deux sœurs la reportaient à sa petite chambre. Cette nourriture céleste l'avait tellement dégoûtée de toute autre qu'il fallait recourir à divers expédients pour la sustenter. Comme l'ange de Tobie, elle avait un aliment immatériel, invisible, et comme lui aussi elle se tenait déjà devant le trône de Dieu.
Cependant elle sentait l'approche de l'heure suprême. Au commencement d'octobre, elle l'annonça au Père de Smet par ces simples et fortes lignes : « Mon très cher Père, je ne puis point quitter cette vie sans vous exprimer ma reconnaissance. N'oubliez pas, après sa mort, celle que vous avez favorisée de vos bontés sur la terre. Elles sont pour moi un appui auprès du souverain Juge, que j'ai tant offensé... Je me crois bien près d'entrer dans mon éternité : c'est ce qui me porte à me rappeler à votre charité. » Suivait encore la promesse de prier pour les sauvages et surtout pour leur bon Père '. Les missions furent donc la dernière pensée de M"*° Duchesne comme elles avaient été la première ambition de cette âme d'apôtre.
Le mardi 16 novembre, M"^'' Duchesne voulut se lever comme à l'ordinaire pour assister à la messe. Mais elle était si faible jcju'on l'en empêcha. Ce même jour fut pour elle le jour d'une grande grâce. Dieu, qui l'aimait, voulant l'aimer jusqu'à la fin , lui envoya une visite qui , dans ses desseins providentiels, avait un grand sens, outre qu'elle était destinée à donner à la mourante la plus désirée des consolations.
1 Octobre 1852 (sans date de jour).